HAUT-RHIN

Le jeu politique est davantage ouvert dans le Haut-Rhin que dans son voisin du nord. Le gaullisme s'y est imposé plus tôt, au détriment de la démocratie chrétienne, la gauche y possède des fiefs plus durables, les écologistes sont davantage implantés et l'extrême-droite, bien que très présente, assez divisée.

Ainsi, la gauche a pu se constituer deux bastions: le 5e circonscription, recouvrant les banlieues populaires de Mulhouse, et la 7e, autour de la ville ouvrière de Cernay. Des secteurs cependant trop fragiles pour résister aux vagues bleues de 1993 et 2002.

Ailleurs, le PS a littéralement été balayé en 1993. Lorsque la droite ne repassait pas au premier tour, comme dans la 3e, ou se retrouvait seule au second tour, comme dans la 1ere, ou face aux écologistes, dans la 2e, elle battait largement le FN.

Malgré le retour à gauche de Mulhouse Sud et de Cernay, dans des triangulaires avec le FN et la droite, et la chute de Jean-Paul Fuchs à Kaysersberg, due à l'usure, au profit de Marc Dumoulin, divers droite nouveau venu en politique, le scrutin de 1997 est marqué par une grande stabilité. La droite a cependant senti passer le vente du boulet à Mulhouse Nord, le fief du président UDF du conseil général Jean-Jacques Weber. Talonné au premier tour par le maire PS de Kingersheim Joseph Spiegel, il doit en plus faire avec la présence du FN Aldo Zasio au second tour. Une triangulaire de tous les dangers qu'il gagne de 651 voix.

Le retour de balancier de 2002 emporte une nouvelle fois les socialistes Jean-Marie Bockel et Jean-Pierre Baeumler. Et comme en 1997, les autres circonscriptions ne subissent aucun changement, mis à part celle de Kaysersberg, où l'UMP Jean-Louis Christ réussit la succession de Marc Dumoulin en battant assez largement le divers droite Pierre Hussherr. Gilbert Meyer, dans la 1ere, et Jean-Luc Reitzer, dans la 3e, sont reconduits au premier tour. Dans la 6e, l'UDF Francis Hillmeyer, qui avait succédé à Jean-Jacques Weber lors d'une partielle en 2000, a facilement raison du FN au second tour.

Les législatives de 2007 sont marquées par une forte domination de la droite. Les sortants retrouvent leur siège au premier tour dans toutes les circonscriptions, sauf à Colmar et Mulhouse-Sud. Dans la préfecture, comme en 1993, la primaire de droite voit la victoire du challenger Eric Straumann sur le tenant du titre, le maire Gilbert Meyer, qui, quatorze après avoir détrôné son prédécesseur centriste Edmond Gerrer, chute à son tour de la même façon. Dans la 5e circonscription, la réélection d'Arlette Grosskost n'est qu'une formalité après les 46,07 % obtenus au premier tour.

La droite domine largement le conseil général, même si elle a perdu six sièges entre 1992 et 2008. Une domination qui cache une géopolitique plutôt ouverte.

Ainsi, la séquence de 1994 voit-elle l'élection d'un Vert à Ribeauvillé. Les écologistes sont également présents au second tour à Lapoutroie, mais le Vert Philippe Girardin est largement battu par Jean Schuster, qui réussit la succession du sénateur gaulliste Hubert Haenel. La gauche n'est pas en reste. Elle prend à la droite Soultz, Thann et surtout Mulhouse Nord, où Jean-Marie Bockel bat le FN Gérard Freulet de 63 voix dans une triangulaire. L'extrême-droite provoque une autre triangulaire à Mulhouse Est et se retrouve en duel face à la droite à Cernay et Mulhouse Ouest.

Contrairement au Bas-Rhin, où elle est bien implantée en zone rurale, l'extrême-droite possède surtout des points d'appui dans les villes et les centres industriels. Ainsi, la partielle de 1995 voit-elle l'élection de Gérard Freulet à Mulhouse Nord. En 1998, le FN n'est présent au second qu'à Sainte-Marie-aux-Mines, dans une quadrangulaire gagnée par le divers droite Raymond Hestin. Les Verts parviennent au second tour à Kaysersberg et Wintzenheim, sans toutefois réellement inquiéter la droite. Les autres cantons demeurent stables, à l'exception de Saint-Amarin, remporté par le candidat sans étiquette François Tacquard, au détriment de l'UDF.

Un scénario qui va se répéter au troisième tour de cette séquence, à savoir la désignation du président du conseil général. Les déboires judiciaires ont aiguisé les ambitions au sein de l'UDF, ainsi que celles du conseiller divers droite d'Andolsheim Constant Goerg. C'est ce dernier qui l'emporte, soutenu par les élus sans étiquette.

Ceux-ci marquent encore des points en 2001, en gagnant Ferrette sur la droite et en remportant la triangulaire d'Hirsingue contre le maire Armand Reinhard et le président du MEI Antoine Waechter. De son côté, le divers gauche Gilbert Buttazzoni reprend Mulhouse Nord à Gérard Freulet, passé au MNR de Bruno Mégret. La gauche empoche aussi Neuf-Brisach dans une triangulaire avec le conseiller sortant UDF André Siebert et l'autonomiste André Mann.

Eliminée en 2001, l'extrême-droite reprend pied au conseil général en 2004. Membre d'Alsace d'Abord, mouvement autonomiste de l'ancien FN Robert Spieler, Christian Chaton est élu dans une triangulaire à Sainte-Marie-aux-Mines. Les Verts s'imposent également, dans une triangulaire cette fois-ci, à Kaysersberg. Ces dernières sont d'ailleurs monnaie courante: Altkirch, Ensisheim, Guebwiller, Masevaux, Saint-Amarin et Wintzenheim. Constant Goerg ne se représentant pas, c'est l'UDF Charles Buttner qui est élu au fauteuil présidentiel.

Le scrutin de 2008 ne met nullement en péril la majorité de droite, même si celle-ci voit un nouveau renforcement de ses élus sans étiquette. Ceux-ci se concentrent désormais dans la plupart des cantons ruraux de l'Ouest, l'UMP se cantonnant à la vallée du Rhin, et aux centres industriels et administratifs. A Mulhouse, l'équilibre des forces reste le même (deux cantons de droite et deux cantons de gauche), malgré le ralliement de Jean-Marie Bockel à Nicolas Sarkozy. En revanche, la gauche bouscule la droite à Colmar-Sud, pris par les Verts, ce qui compense la perte de Ribeauvillé au profit de l'UMP. A noter qu'Antoine Waechter, en se maintenant au second tour à Hirsingue, fait une nouvelle fois passer la gauche.

Au niveau municipal, le PS est parvenu à conserver ses conquêtes de 1977 et 1989, et même à en effectuer de nouvelles en 2008. En 1995, l'alerte fut chaude à Mulhouse, administrée par l'équipe de centre-gauche de Jean-Marie Bockel. Avec 30,52 %, Gérard Freulet talonne de 2226 voix la liste du maire. Les deux candidats de droite, l'UDF modéré Joseph Klifa et le RPR Pierre Arnaud, ont la possibilité de se maintenir au second tour. Mais seul ce dernier le fera, M. Klifa préférant former une liste de front républicain avec la gauche, permettant ainsi à Jean-Marie Bockel de gagner la triangulaire à la majorité absolue.

Avec 45,08 % au premier tour, ce dernier résiste plutôt bien à la vague bleue de 2001. L'UDF Bernard Stoessel fait moins bien que le total des listes de droite de 1995 et Gérard Freulet, gêné par la liste FN de Patrick Binder, fait tout de même 20,11 %. A noter aussi les 5,4 % de LO. Au second tour, Jean-Marie Bockel retrouve son étiage de 1995. Bien qu'arrivé troisième, Gérard Freulet empoche un siège supplémentaire. 

L'entrée de Jean-Marie Bockel dans le gouvernement Fillon, en 2007, redistribue les cartes. Il se présente en 2008 sous l'étiquette Gauche moderne à la tête d'une liste UMP, réunissant un peu plus de 40 % des suffrages au premier tour et distançant de près de 2200 voix la tête de liste socialiste Pierre Freyburger. Patrick Binder passe la barre des 10 %, contrairement à Gérard Freulet, qui ne réunit que 7,75 % sous l'étiquette MPF. La triangulaire du second tour est très serrée, Jean-Marie Bockel ne l'emportant que de 168 suffrages.

La gauche se maintient également bien dans les communes de la périphérie de Mulhouse, gagnées en 1977. En 2001, elle se permet même de prendre, dès le premier tour, Wittelsheim à la droite. En 2008, c'est Rixheim qui tombe dans son escarcelle.

A Colmar, la seule révolution depuis 1989 fut le passage de l'UDF au RPR. En 1995, Gilbert Meyer, qui avait déjà éliminé le maire Edmond Gerrer aux législatives de 1993, distance de plus de 8000 voix le candidat UDF au premier tour. Bien que le socialiste Serge Rosenblieh ait fait une partie de son retard, il est coiffé au poteau de près de 1400 voix, malgré la présence du FN au second tour. En 2001, malgré l'émiettement des candidatures (sept listes), Gilbert Meyer passe au premier tour avec 50,73 %. En revanche, la partie est plus serrée pour lui en 2008. Au premier tour, il rassemble un peu plus d'un tiers des voix devant deux listes UMP dissidentes, la gauche étant éliminée au passage. Au second, il est réélu de justesse (149 suffrages) face à son ancien adjoint Roland Wagner.

Les autres villes importantes du département sont solidement ancrées à droite, telles Saint-Louis et Illzach, dans la zone des Trois-Frontières, fief du villiériste passé ensuite au MODEM Frédéric Striby, ou Cernay. C'était également le cas, jusqu'en 2008, de Guebwiller, dans le vignoble, mais les divisions entre l'UMP, le MODEM et les divers droite fait passer au second tour, dans une quadrangulaire, le socialiste Denis Rebmann, la gauche frôlant les 60 %, alors qu'elle dépassait à peine 35 % au premier tour.

Les bons résultats aux municipales de 2001 permettent à la gauche de prendre deux sièges à la droite aux sénatoriales de 2004. Un succès amplifié par le passage au scrutin proportionnel et la division de la droite, qui aligne cinq listes. Celle de l'UMP, conduite par le sortant Hubert Haenel, parvient à élire deux candidats. En revanche, Jean-Louis Lorrain est battu, tout comme Gilbert Meyer et Charles Buttner. Deux ans après sa défaite aux législatives, Jean-Marie Bockel retrouve le Parlement. A sa nomination au gouvernement, en 2007, c'est le maire (Vert) de Wattwiller Jacques Muller qui lui succède. Avec deux nouvelles venues, Catherine Troendlé (UMP) et Patricia Schillinger (PS), le Haut-Rhin respecte la loi sur la parité.

 

Sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

Sources: Le Monde, Assemblée nationale

Chronologie des députés

1 COLMAR

1988 Edmond GERRER (Un. du Centre)

1993 Gilbert MEYER (RPR)

2007 Eric STRAUMANN (UMP)

2 KAYSERSBERG

1988 Jean-Paul FUCHS (Un. du Centre)

1997 Marc DUMOULIN (app. RPR)

2002 Jean-Louis CHRIST (UMP)

3 ALTKIRCH, THANN

1988 Jean-Luc REITZER (RPR)

4 HUNINGUE

1988 Jean UEBERSCHLAG (RPR)

5 MULHOUSE EST, OUEST, SUD

1988 Jean-Marie BOCKEL (soc.)

1993 Joseph KLIFA (UDF)

1997 Jean-Marie BOCKEL (soc.)

2002 Arlette GROSSKOST (UMP)

6 MULHOUSE NORD

1988 Jean-Jacques WEBER (Un. du Centre)

2000 Francis HILLMEYER (UDF)

7 CERNAY

1988 Jean-Pierre BAEUMLER (soc.)

1993 Michel HABIG (RPR)

1997 Jean-Pierre BAEUMLER (soc.)

2002 Michel SORDI (UMP)

 

Sénateurs

Hubert HAENEL (UMP); Jacques MULLER (app. soc.), Patricia SCHILLINGER (soc.); Catherine TROENDLE (UMP)

 

Conseil général du Haut-Rhin

10 divers droite, 9 UMP, 5 PS, 4 divers gauche, 2 Verts, 1 MODEM

président: Charles BUTTNER (UMP)

 

Maires

MULHOUSE: Jean-Marie BOCKEL (divers gauche)

COLMAR: Gilbert MEYER (UMP)

SAINT-LOUIS: Jean UEBERSCHLAG (UMP)

WITTENHEIM: Antoine HOME (PS)

ILLZACH: Daniel ECKENSPIELLER (UMP)

RIXHEIM: Olivier BECHT (PS)

RIEDISHEIM: Monique KARR (divers droite)

KINGERSHEIM: Joseph SPIEGEL (PS)

GUEBWILLER: Denis REBMANN (PS)

CERNAY: Michel SORDI (UMP)

WITTELSHEIM: Denis RIESEMANN (divers gauche)

THANN: Jean-Pierre BAEUMLER (PS)

PFASTATT: Francis HILLMEYER (NC)

WINTZENHEIM: Serge NICOLE (divers droite)

ENSISHEIM: Michel HABIG (UMP)

SOULTZ-HAUT-RHIN: Thomas BIRGAENTZLE (NC)

SAINTE-MARIE-AUX-MINES: Claude ABEL (UMP)

LUTTERBACH: André CLAD (divers droite)

BRUNSTATT: Francis FLURY (MODEM)

SAUSHEIM: Daniel BUX (NC)

ALTKIRCH: Jean-Luc REITZER (UMP)

HORBOURG-WIHR: Robert BLATZ (divers droite)

RIBEAUVILLE: Jean-Louis CHRIST (UMP)

MUNSTER: Pierre DISCHINGER (divers droite)

HABSHEIM: Gérard LAMY (NC)

ROUFFACH: Jean-Pierre TOUCAS (UMP)

INGERSHEIM: Gérard CRONENBERGER (divers gauche)

KEMBS: Gérard KIELWASSER (divers droite)

TURCKHEIM: Jean-Marie BALDUF (divers droite)

BLOTZHEIM: Jean-Paul MEYER (divers droite)

STAFFELFELDEN: Stanislas PILARZ (divers gauche)

BOLLWILLER: Richard LASEK (divers droite)

ORBEY: Guy JACQUEY (divers droite)

 

Sources: Le Monde, L'Alsace, Assemblée nationale, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

Sources: Le Monde, L'Alsace, ministère de l'Intérieur


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

Sources: Le Monde, Journal officiel, Education nationale

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