LOT-ET-GARONNE

(dernière mise à jour le 18 juin 2010)

 Dans la région Aquitaine, le Lot-et-Garonne a fait figure d'exception géopolitique trente-cinq ans durant, étant le seul département du Sud-Ouest dont la plupart des radicaux se sont ralliés au giscardisme

Dès 1988, cela s'est traduit par un zapping presque incessant, aucun député n'ayant jusque-là accompli plus de deux mandats consécutifs. Au départ, alors que les centristes dominent la 1ere circonscription découpée autour de la ville radicale de droite d'Agen, les deux autres siègent reviennent aux socialistes.

Logiquement, en 1993, le député-maire sortant UDF Paul Chollet est facilement réélu à Agen, distançant au second tour de près de dix-huit points le maire socialiste de Bon-Encontre Francis Auradou. Mais, paradoxalement, les défaites socialistes sont encore plus cinglantes dans les deux autres circonscriptions. A Marmande, le député-maire Gérard Gouzes, victime de la défiance de certains électeurs communistes, conjuguée à la poussée du FN dans le secteur en crise de Tonneins, chute violemment (à peine plus de 40 % au second tour) face au RPR Georges Richard. Quant à la 3e circonscription, où le sortant, Marcel Garrouste, ne se représentait pas, la gauche est carrément éliminée dès le premier tour. Gêné par la candidature atypique d'Anne Carpentier, animatrice d'une feuille de choux contestataire, qui dépasse les 6 %, le socialiste Christophe Donon est réduit à voir le maire UDF de Monflanquin Daniel Soulage coiffer sur le poteau (161 voix) le RPR Michel Gonelle.

La droite mord à son tour la poussière en 1997. A Agen, après des cantonales de 1994 difficiles pour la majorité départementale, Paul Chollet est distancé puis assez nettement battu par le conseiller général PS Alain Veyret. A Marmande, c'est le retour gagnant de Gérard Gouzes, tandis qu'à Villeneuve-sur-Lot le score est une nouvelle fois serrée, le jeune socialiste Jérôme Cahuzac distançant finalement Daniel Soulage de 746 bulletins, grâce notamment aux communes les plus sinistrées du Fumélois.

Le balancier repart à droite en 2002, malgré les succès du PS aux municipales de 2001. Dans la 1ere circonscription, Alain Veyret, bien que nouveau maire d'Agen, est battu par le candidat UDF Jean Dionis du Séjour, qui est parvenu au premier tour à tenir à distance Christine Bonfanti-Dossat, candidate officielle de la nouvelle UMP, confirmant ainsi le profil plutôt modéré de ce secteur. Dans la 3e, la victoire du maire UDF de Prayssas Alain Merly sur Jérôme Cahuzac est plus courte. En revanche, la 2e semble avoir définitivement basculé à droite, l'avance du conseiller général RPR Michel Diefenbacher, proche de Jacques Chirac, sur Gérard Gouzes, s'avérant très nette: 57,06 % au second tour. Il semble que le maire de Marmande, élu pour la première fois à l'Assemblée en 1981, ait payé ici une certaine usure. La droite, de son côté, a joué la carte du renouvellement, à l'instar du PS en 1997 avec MM. Veyret et Cahuzac.

Connu pour sa ténacité, ce dernier effectue son retour en 2007. Le retrait d'Alain Merly provoque le parachutage par l'UMP du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière. Bien qu'arrivé en tête au premier tour, le magistrat est assez nettement battu au second par l'ancien député socialiste, qui a mis en avant, durant la campagne, son ancrage local. A Agen, Jean Dionis du Séjour, qui se présentait sous l'étiquette Parti social et libéral européen, formé par les UDF soutenant Nicolas Sarkozy, est assez facilement réélu face au maire PS de Boé Christan Dézalos, après avoir passé un pacte de non-agression avec l'UMP et le MODEM. A Marmande, Michel Diefenbacher a une nouvelle fois raison de Gérard Gouzes, dans les mêmes proportions qu'en 2002, dans cette circonscription ayant le plus voté pour Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle.

Il est à noter que, bien qu'ayant deux députés sur trois à droite, le Lot-et-Garonne n'en compte qu'un à l'UMP. Un héritage de cette droite non gaulliste, héritière des radicaux et incarnée aujourd'hui par le Nouveau Centre, après l'avoir été longtemps par le giscardien Jean François-Poncet.

Une tendance qui s'est longtemps reflétée au conseil général. En 1994, sur les 28 membres de la majorité, 16 étaient giscardiens, et cinq radicaux valoisiens,  pour seulement quatre gaullistes. Mais, l'évènement du scrutin de cette année, reste sans conteste la chute du président Jean François-Poncet, en place depuis 1978. 

Dans son canton de Laplume, il est battu de 64 voix par le jeune socialiste Alain Veyret, après un premier tour difficile marqué par les 13,07 % de l'éditorialiste Anne Carpentier. La gauche en profite pour reprendre des couleurs, en battant la majorité à Agen-Nord et Astaffort.

Lors de la séquence suivante, en 1998, Jean François-Poncet lave l'affront en se faisant réélire dans le canton de tradition modérée de Duras. Un retour qui cache une forte poussée de gauche (huit sièges), provoquée en grande partie par la division de la majorité. Le PS remet la main sur Fumel, sur Meilhan-sur-Garonne, ancien fief communiste passé à droite et prend Sainte-Livrade aux radicaux valoisiens. La droite subit aussi le contrecoup des législatives précédentes à Villeneuve-sur-Lot, en perdant les deux cantons, dont le Sud, remporté par le nouveau député PS Jérôme Cahuzac en triangulaire avec le FN. Ce qui n'a pas empêché ailleurs des alliances entre la droite et l'extrême-droite. A Agen Nord-Est, le conseiller sortant UDF Gilbert Fongaro sauve son siège après le retrait de la candidate frontiste Françoise Grolet. A Tonneins, son camarade Eddy Marsan obtient en échange de bons reports de droite mais est finalement battu de plus de 1400 voix par le maire socialiste Jean-Pierre Ousty.

La droite rééquilibre le jeu en 2001. Elle récupère Laplume et fait élire son étoile montante, Michel Diefenbacher, à Marmande-Ouest, le fief du député-maire PS Gérard Gouzes. Ailleurs c'est le match nul. La gauche emporte Agen-Centre, Castillonnès et Lauzun mais perd Agen-Nord et Tournon-d'Agenais. Elle voit échapper aussi mécaniquement Villeréal. Le conseiller socialiste sortant, Guy Berny, a rejoint en cours de mandat les chasseurs de CPNT. Il est réélu dès le premier tour. 

L'opposition reprend sa progression en 2004. Elle s'impose en milieu urbain (Agen-Ouest, Marmande-Est) mais fait aussi tomber quelques vieux fiefs de droite: Mézin (depuis 1961) et Monflanquin (depuis 1970). La majorité s'impose à nouveau à Fumel et prend elle aussi un bastion, Damazan, qui n'avait jamais voté à droite sous la Ve République.

Usure du pouvoir pour Jean François-Poncet? Contexte national? Toujours est-il que la gauche reconquiert en 2008 ce département que le Programme commun avait jeté dans les bras de la droite en 1976.

Avec la nouvelle chute de Laplume, la page François-Poncet est définitivement tournée. En arrachant le canton Ouest de Marmande, la gauche parachève sa domination sur cette ville. Tombent également dans son escarcelle Mas-d'Agenais, Monclar et Nérac, à droite respectivement depuis 1988, 1976 et 1982, tandis que Tournon-d'Agenais rebascule. La droite sauve l'honneur en reconquérant Agen-Centre, en écho à sa victoire aux municipales, mais pas sa majorité.

A l'échelon municipal, Agen a eu un peu le même destin électoral que le conseil général. Passée mécaniquement à droite après le refus de son maire depuis 1971, le radical Pierre Esquirol, de signer le Programme commun. En 1989, le centriste Paul Chollet devient maire. Il doit affronter un scrutin serré en 1995. Arrivé au premier tour plus de dix points devant la liste divers gauche d'Alain Dourneau, il ne remporte la quadrangulaire du second que de 492 voix, la gauche ayant bénéficié d'excellents reports des Verts après fusion. Au passage, le FN fait son entrée au conseil municipal avec 13,03 % et deux sièges. Mais en 2001, le maire ne se représente pas. Agen, ville modérée, préfère alors le député socialiste Alain Veyret au dauphin RPR du sortant, Philippe Lacaze. Devant pourtant bénéficier de l'élimination au premier tour des listes MPF et FN, il est assez nettement battu au second. La droite rectifie le tir en 2008 en présentant à nouveau un centriste. Ayant perdu son siège de député en 2002, Alain Veyret s'incline une nouvelle fois devant son tombeur, Jean Dionis du Séjour, au second tour, avec sensiblement le même écart qu'en 2001, malgré cette fois les 7,66 % de LO au premier tour.

La second ville du département, Villeneuve-sur-Lot, était un fief gaulliste jusqu'en 2001. Lors de ce scrutin, le député PS Jérôme Cahuzac profite de la confusion pour s'imposer en triangulaire au second tour, face au maire RPR Michel Gonelle, gêné par le maintien de la liste divers droite d'un de ses anciens adjoints, et malgré la fusion inattendue avec le divers gauche Serge Léonard. Ce qui a sans doute provoqué un appel d'air chez les abstentionnistes de gauche, qui se sont reportés massivement sur la liste Cahuzac (1385 voix supplémentaires en l'absence théorique de toute réserve). Renforcé par sa victoire sur Jean-Louis Bruguière aux législatives de 2007 et par l'alliance avec le MODEM, Jérôme Cahuzac repasse dès le premier tour en 2008.

Quant à Marmande, c'est le bastion municipal socialiste le plus solide du département. Maire depuis 1983, Gérard Gouzes est réélu dès le premier tour en 1995 face à la droite désunie. En 2001, la dissidence de Bernard Manier l'oblige à un second tour, mais il est de nouveau reconduit au premier tour en 2008.

Gauche et droite se partagent équitablement les autres centres urbains, soulignant une nouvelle fois le caractère modéré de ce département.

L'UDF a l'occasion d'éprouver la solidité de ses réseaux, bâtis sur les anciens fiefs radicaux, lors des sénatoriales de 2001. Sénateur depuis 1983, Jean François-Poncet est réélu. Il obtient 47 voix de moins que l'ancien député centriste Daniel Soulage, candidat à la succession du radical valoisien Raymond Soucaret. La candidature dissidente de Paul Chollet, sept ans après le faux pas des cantonales de 1994, y fut sans pour quelque chose. Même si elle se rapproche par rapport à 1992, la gauche reste à plus de cent voix derrière.

 

Sources: Le Monde, 577 députés à élire, La France qui vote

 


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 AGEN

1988 Paul CHOLLET (Un. du Centre)

1997 Alain VEYRET (soc.)

2002 Jean DIONIS DU SEJOUR (UDF)

2 MARMANDE

1988 Gérard GOUZES (soc.)

1993 Georges RICHARD (RPR)

1997 Gérard GOUZES (soc.)

2002 Michel DIEFENBACHER (UMP)

3 VILLENEUVE-SUR-LOT

1988 Marcel GARROUSTE (soc.)

1993 Daniel SOULAGE (UDF)

1997 Jérôme CAHUZAC (soc.)

2002 Alain MERLY (UMP)

2007 Jérôme CAHUZAC (soc., rad. et cit.)

 

Sénateurs

Jean FRANCOIS-PONCET (UMP); Daniel SOULAGE (Un. centriste)

 

Conseil général du Lot-et-Garonne

18 PS, 9 UMP, 6 divers droite, 6 divers gauche, 1 PCF

président: Pierre CAMANI (PS)

 

Maires

AGEN: Jean DIONIS DU SEJOUR (NC)

VILLENEUVE-SUR-LOT: Jérôme CAHUZAC (PS)

MARMANDE: Gérard GOUZES (PS)

TONNEINS: Jean-Pierre MOGA (divers droite)

LE PASSAGE: Jean BARRULL (divers droite)

NERAC: Nicolas LACOMBE (PS)

SAINTE-LIVRADE-SUR-LOT: Claire PASUT (PS)

BON-ENCONTRE: Michel LAUZZANA (PS)

FUMEL: Jean-Louis COSTES (UMP)

CASTELJALOUX: Jean-Claude GUENIN (divers droite)

FOULAYRONNES: Jean-Michel DRAPE (divers droite)

BOE: Christian DEZALOS (PS)

PONT-DU-CASSE: Gilbert FONGARO (UMP)

AIGUILLON: Jean-François SAUVAUD (PS)

PUJOLS: André GARRIGUES (PS)

 

Sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur, Wikipedia

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur, Wikipedia)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur)

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