PUY-DE-DÔME

Terre d'élection de trois générations de Giscard, le Puy-de-Dôme reste tout de même le grand bastion de la gauche auvergnate.

La dernière poussée de droite remonte aux élections législatives de 1993. En 1988, le PS faisait élire cinq députés sur six. Seule la troisième circonscription, celle de Chamalières, dite aussi Clermont-Montagne, cultive un électorat modéré, sociologiquement proche de celui du Cantal ou de la Haute-Loire. Le fief de Valéry Giscard d'Estaing depuis 1956.

C'est de cette Haute-Giscardie, voisine de la Chiraquie, que viendra la vague bleue de 1993, un an après le basculement à droite du conseil général. Mis à part Chamalières, où Giscard est réélu dès le premier tour, la victoire de la droite est la plus large dans les bassins industriels fragilisés (Thiers, Issoire), et à Clermont-Nord. Elle s'impose aussi dans les circonscriptions jugées plus solides par la gauche, comme Clermont-Sud et Riom.

Une révolution politique de courte durée. En 1997, le PS revient en force, en s'imposant assez nettement dans tout ses anciens bastions, surtout à Clermont et Issoire. Même l'ancien président de la République Giscard est menacé par cette vague rose. Il se retrouve talonné d'un peu plus de 2300 voix par l'adjointe au maire verte de Clermont Danielle Auroi, et l'emporte avec un écart à peine plus important au second tour.

Un exploit que la gauche va rééditer en 2002, malgré un contexte moins favorable. Louis Giscard d'Estaing, il est vrai gêné par deux candidats dissidents ayant peu goûté cette forme de succession dynastique, se retrouve distancé au premier tour par Danielle Auroi, qu'il bat au second avec un écart encore plus resserré qu"en 1997. Ailleurs, le PS résiste plutôt bien, à l'exception notable de la 5e circonscription. Affaiblie par la perte de la mairie de Thiers par Maurice Adevah-Poeuf, la candidate socialiste Martine Munoz se retrouve distancée au premier tour par le conseiller générale communiste André Chassaigne, qui l'emporte au second tour sur la conseillère générale de droite Marie-Gabrielle Gagnadre. Un surprenant glissement à gauche de cette circonscription, où le PS, gêné par une droite très présente dans le bassin d'Ambert et par la concurrence d'élus sans étiquette et communistes bien implantés localement, semble en perte de vitesse.

En 2007, la surprise vient également de cette 5e circonscription. Elle réside cette fois dans la réélection d'André Chassaigne, dans un contexte très délicat pour les communistes au plan national. Avec 43,75 % des voix, il se paie même le luxe d'arriver en tête au premier tour, et bat très largement la candidate UMP Anne-Marie Delannoy au second, devenant le sortant le mieux réélu du département (65,90 %) et confirmant l'attachement de ce secteur à ses élus locaux. Ailleurs, la gauche se tient bien, dépassant partout les 60 % au second tour sauf à Riom (54,24 %). Louis Giscard d'Estaing est reconduit sans surprise, avec un "petit" 53,09 %, démontrant le poids de plus en plus fort de l'électorat péri-urbain dans cette circonscription.

C'est dans ce secteur, ainsi que celui des Monts Dore, de la limagne de Riom, et des quartiers bourgeois de la banlieue est de Clermont-Ferrand que la droite enregistre ses meilleurs scores aux cantonales. Par deux fois, entre 1973 et 1976 et 1992 et 1998, elle avait réussi à briser cette logique géopolitique, jusqu'à faire basculer la majorité de l'assemblée départementale.

En 1994, le président centriste Georges Chometon résiste plutôt bien à la poussé de la gauche, qui réduit sa majorité de quatre à deux voix. Une majorité effacée par le scrutin de 1998, qui suit la vague rose des législatives de 1997. La victoire de la gauche est sans appel: 12 sièges remportés, dont 10 pour le seul PS! Les communistes en profitent aussi. Ils gagnent un siège à Saint-Gervais-d'Auvergne, et les chevènementistes font leur entrée au conseil général en enlevant Combronde.

La séquence de 2001 se caractérise par un léger rééquilibrage. Tandis que le PS continue de progresser dans la préfecture, en remportant Clermont-Centre et Sud, la droite gagne quatre cantons ruraux, Tauves, Maringues, Viverols et Jumeaux, situés dans ses zones de force.

Alors qu'elle lui avait permis une bascule décisive en 1992, puis lui fut fatale en 1998, la série renouvelable en 2004 laissa encore de mauvais souvenirs à la droite. Même Georges Chometon est battu à Saint-Germain-l'Herm. La gauche progresse en tout de six sièges.

En 2008, elle enlève trois nouveaux sièges à la droite. Elle progresse aussi bien dans la montagne (Besse-et-Saint-Anastaise), dans les campagnes (Saint-Dier-d'Auvergne, Viverols), que dans l'agglomération clermontoise (Aubière). L'opposition, elle, grappille un canton montagnard, celui de Pontgibaud. Mais c'est le troisième tour, à savoir l'élection du président du conseil général, qui va modifier les équilibres. Contre l'avis des militants socialistes, qui avaient investi la sénatrice Michèle André, 26 des 44 membres du groupe socialiste et apparentés, les communistes et une partie de la droite réélisent le président sortant Jean-Yves Gouttebel. Une partie des troupes socialistes se divise, 17 élus décidant de se regrouper autour de Mme André.

La gauche domine le paysage municipal depuis l'après-guerre. Maître incontesté de la région entre 1986 et 2004, Valéry Giscard d'Estaing s'est cassé les dents sur Clermont-Ferrand. Détenue par le socialiste Gabriel Montpied de la Libération jusqu'en 1973, puis par Roger Quilliot jusqu'en 1997, la municipalité pouvait paraître plus fragile en 1995. Malade, le maire s'est tout de même représenté. D'un an son cadet, Giscard (69 ans) conduit alors la liste de droite. Au premier tour, il talonne Roger Quilliot de 627 voix. L'addition des suffrages de toutes les listes de droite et d'extrême-droite atteint 49,69 %. Le score du second tour sera à peine moins serré, le maire obtenant 50,9 %.

La droite aborde le scrutin de 2001 dans la division. Giscard pousse sa suppléante Paule Oudot contre le nouveau maire Serge Godard. Mais elle doit aussi faire face à la liste de l'ancien député Michel Fanget. Elle le distance de 700 voix au premier tour, mais la droite, avec un peu plus de 42 % des suffrages globaux, est loin de son niveau de 1995. La division perdure au second tour et la légère avance de Michel Fanget, qui grappille un siège de plus que Paule Oudot, accentue l'échec giscardien, tandis que Serge Godard fait le plein des voix de gauche.

En 2008, Serge Godard est réélu dans une quadrangulaire au second tour. Il retrouve sur sa route Michel Fanget, cette fois-ci sous l'étiquette MODEM. L'UMP envoie Anne Courtillé et la LCR Alain Laffont, qui créé l'évènement avec 13,81 % au premier tour. Il passe d'ailleurs devant Michel Fanget au second tour et obtient ainsi quatre élus.

Sénateur depuis le décès de Roger Quilliot, Serge Godard perd cependant son siège en 2001. Le passage à la proportionnelle favorise en effet la droite, qui essuyait régulièrement des échecs au scrutin majoritaire. Alors que Michel Charasse retrouve son siège et que Michèle André succède à Marcel Bony, le maire de Clermont-Ferrand, troisième de liste, doit céder la place à la tête de liste de l'union de la droite, le conseiller général UDF Jean-Marc Juilhard.

Sources: Le Monde, Nouvelle géopolitique des régions françaises


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 CLERMONT-FERRAND NORD

1988 Maurice POURCHON (soc.)

1993 Michel FANGET (UDF)

1997 Odile SAUGUES (soc.)

2 CLERMONT-FERRAND SUD

1988 Alain NERI (soc.)

1993 Michel CARTAUD (UDF)

1997 Alain NERI (soc.)

3 CHAMALIERES

1988 Valéry GISCARD D'ESTAING (UDF)

1990 Claude WOLFF (UDF)

1993 Valéry GISCARD D'ESTAING (UDF)

2002 Louis GISCARD D'ESTAING (UMP)

4 ISSOIRE 

1988 Jacques LAVEDRINE (soc.)

1993 Pierre PASCALLON (RPR)

1997 Jean-Paul BACQUET (soc.)

5 THIERS

1988 Maurice ADEVAH-POEUF (soc.)

1993 Jean-Marc CHARTOIRE (UDF)

1997 Maurice ADEVAH-POEUF (soc.)

2002 André CHASSAIGNE (com. et rép.)

6 RIOM

1988 Edmond VACANT (soc.)

1993 Gérard BOCHE (UDF)

1997 Jean MICHEL (soc.)

 

Sénateurs

Michèle ANDRE (soc.); Michel CHARASSE (ras. dém. et soc. eur.); Jean-Marc JUILHARD (UMP)

 

Conseil général du Puy-de-Dôme

37 PS, 8 divers gauche, 6 UMP, 4 divers droite, 3 PCF, 2 MODEM, 1 MRC

président: Jean-Yves GOUTTEBEL (divers gauche)

 

Maires

CLERMONT-FERRAND Serge GODARD (PS)

COURNON-D'AUVERGNE Bernard PASCIUTO (PS)

RIOM Jean-Claude ZICOLA (PS)

CHAMALIERES Louis GISCARD D'ESTAING (UMP)

ISSOIRE Jacques MAGNE (PS)

THIERS Thierry DEGLON (divers gauche)

BEAUMONT François SAINT-ANDRE (divers gauche)

AUBIERE Christian SINSARD (PCF)

GERZAT: Georges DASSAUD (PS)

PONT-DU-CHÂTEAU: René VINZIO (MRC)

LEMPDES: Gérard BETENFELD (PS)

ROMAGNAT: François FARRET (PS)

CEBAZAT: Bernard AUBY (PS)

AMBERT: Christian CHEVALEYRE (divers gauche)

CEYRAT: Alain BROCHET (PS)

CHÂTELGUYON: Frédéric BONNICHON (divers droite)

LEZOUX: Marie-Gabrielle GAGNADRE (MODEM)

LE CENDRE: Hervé PRONONCE (UMP)

ROYAT: Marcel ALEDO (divers droite)

COURPIERE: Patrice PAYRE (UMP)

AULNAT: Didier LAVILLE (PS)

VIC-LE-COMTE: Roland BLANCHET (PS)

BILLOM: Pierre GUILLON (PS)

VOLVIC: Mohand HAMOUMOU (divers droite)

SAINT-ELOY-LES-MINES: Marie-Thérèse SIKORA (UMP)

BLANZAT: Jacques PRIVAL (PS)

LES MARTRES-DE-VEYRE: Pascal PIGOT (PS)

MOZAC: Michel ARSAC (divers droite)

 

Sources: Le Monde, L'Elu d'aujourd'hui conseil général du Puy-de-Dôme, Wikipedia, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(source: Le Monde, Wikipedia, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Nouvelle géopolitique des régions françaises, Journal officiel, L'Elu d'aujourd'hui ministère de l'Intérieur)


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