FINISTERE

(Dernière mise à jour le 6 avril 2011)

Département le plus peuplé de la région, le Finistère est, au plan géopolitique, une Bretagne en miniature. Même s'il a basculé plus tôt à gauche, il abrite à peu près les mêmes rapports de force: une gauche dominatrice, une droite en perte de vitesse, un centre qui se cherche.

Avant 1981, la gauche restait cantonnée dans le Nord-Est, zone de force du syndicalisme rural, limitrophe des Côtes-d'Armor  "rouges", et sur le littoral sud, fief du communisme sardinier, notamment autour de Douarnenez et Concarneau.

Aux législatives de 1988, elle pouvait s'appuyer sur de nouveaux fiefs conquis au début de la décennie. A Quimper, le poids croissant de la ville-centre favorise le socialiste Bernard Poignant. Le même phénomène se produit dans la 2e circonscription, qui recouvre une grande partie du centre-ville de Brest. A Morlaix, la députée PS Marie Jacq est reconduite sans surprise, de même que l'ancien ministre de François Mitterrand Louis Le Pensec dans la 8e circonscription. En revanche, le déclin du PCF favorise le centriste Ambroise Guellec dans la 7e. L'UDF s'adjuge aussi la 6e circonscription, davantage rurale et conservatrice, et le RPR les 3e et 5e, situées en pays Léonard, où l'emprise de la droite catholique reste importante.

Une parité en sièges qui va être balayée par la vague bleue de 1993. Reconduite au premier tour dans les 5e et 7e circonscriptions, elle met également la gauche en échec dans les 1ere et 2e, malgré les victoires socialistes aux municipales de 1989. En revanche, celle du centriste Arnaud Cazin à Morlaix lui permet de conquérir la 4e face à la conseillère régionale Marylise Lebranchu. Implanté dans la 6e, le secrétaire d'Etat Kofi Yamgnane ne parvient même pas à inquiéter Jean-Yves Cozan, l'homme fort de l'île d'Ouessant. Quant à Louis Le Pensec, il sent passer le vent du boulet. Alors qu'il était repassé au premier tour avec près de 59 % des voix en 1988, il ne distance au second le maire divers droite de Redené Jean Lomenech que de 581 suffrages.

Le retour de balancier de 1997 va créer une situation quasi-inverse. La droite ne tient bon que dans la 5e circonscription, détenue par le président du conseil général Charles Miossec et repousse l'assaut mené par Bernard Poignant dans la 1ere. Tandis que Louis Le Pensec est reconduit largement, Marylise Lebranchu prend sa revanche sur Arnaud Cazin, qu'elle a délogé de la mairie de Morlaix en 1995. La gauche remet aussi logiquement la main sur la 2e, et fait basculer la 6e, grâce à la forte personnalité de Kofi Yamgnane, "Breton d'après la marée noire" comme il aime à se qualifier, mais surtout élu d'une commune rurale. La partie, remportée par le PS, est très serrée dans la 3e et la 7e.

La victoire de la gauche aux cantonales de 1998 ne l'empêche pas de perdre trois sièges lors des législatives de 2002.  Bien qu'étant devenu maire de Brest en 2001, François Cuillandre doit céder son siège à Marguerite Lamour. Dans la 6e, le combat est très serré entre Kofi Yamgnane et le maire UDF de Châteauneuf-du-Faou Christian Ménard. Ce dernier l'emporte finalement de 197 voix, malgré la progression de la gauche dans ce secteur lors des précédentes consultations locales. En revanche, Jacqueline Lazard, dans la 7e, reste trop faiblement implantée pour résister à la maire RPR du Guilvinec Hélène Tanguy, très appréciée des marins-pêcheurs dans cette circonscription maritime. La gauche l'emporte partout ailleurs mais sans éclat, notamment dans la 8e, où Gilbert Le Bris n'atteint pas les 51 %, là où Louis Le Pensec frôlait habituellement les 60 %.  Suppléant de l'ancien ministre depuis 1981, le député sortant a semblé paradoxalement souffrir d'une certaine usure et d'une notoriété plus faible que le "Grand Louis", apprécié bien au delà de la gauche.

Le basculement à gauche de la région en 2004, puis les excellents scores de Ségolène Royal à la présidentielle de 2007, donnent des ailes au PS lors des législatives qui suivent. Fort logiquement, c'est la 5e, fidèle à la droite depuis sa création, la seule à donner un (léger) avantage à Nicolas Sarkozy, qui résiste le mieux à cette vaguelette rose. La 3e, qui a à peu près la même sociologie électorale, reconduit Marguerite Lamour. Les scores sont toujours aussi serrés dans la 6e. Christian Ménard est reconduit à 50,19 % face au conseiller général PS Richard Ferrand, dans ce secteur abritant quelques places-fortes rouges (Huelgoat) et alternatives (Carhaix) dans les Monts d'Arrée mais devenant plus modéré en allant vers l'Ouest, jusqu'à la conservatrice île d'Ouessant. Brest et Morlaix restent à gauche et le Sud-Finistère se teinte entièrement de rose. La 1ere circonscription vote une nouvelle fois à rebours de Quimper, qui a basculé à droite en 2001. Dans la 7e, le haut niveau du MODEM au premier tour (19,51 %) et ses mauvais reports à droite au second font chuter Hélène Tanguy face à la conseillère générale socialiste Annick Le Loch. On peut même parler de porosité entre centristes et socialistes, dont les élus ont souvent fréquenté les mêmes organisations de jeunesse chrétienne. Un phénomène également constaté dans la 4e circonscription, où la gauche, de sensibilité plutôt modérée voire alternative, dans cet ancien bastion du PSU, rebute moins l'électorat centriste et divers droite.

Au conseil général, la progression de la gauche a également été impressionnante, surtout depuis le basculement historique de 1998.

En 1994, le Département était pourtant solidement ancré à droite. L'opposition n'existait quasiment que dans les centres urbains, sur le littoral sud et dans l'Est. Durant ces cantonales, elle ne put compter que sur Kofi Yamgnane pour décramponner le RPR à Châteaulin. Les gaullistes faisaient de même avec Jean-Pierre Thomin, qui a réussi à se tailler un fief en 1988 à Landerneau. L'UDF faisait de son côté une bonne opération, en reprenant Douarnenez et Scaër à une gauche en perte de vitesse.

Les excellents résultats du PS aux législatives de 1997, suivies de la remise en selle de Louis Le Pensec au gouvernement, vont créer en 1998 une dynamique inédite. Emmenée par lui, et par le maire de Brest Pierre Maille, la gauche bouscule la droite presque partout. Elle réalise notamment le grand chelem à Brest. La majorité perd également Carhaix, Concarneau, Lanmeur, mais aussi Arzano et Pont-l'Abbé, à ranger parmi les surprises de ce scrutin. Avec 28 sièges sur 54 la gauche peut diriger, pour la première fois depuis 1871, l'assemblée départementale.

Le renouvellement de 2001, habituellement moins favorable à la gauche, pouvait permettre à la droite de caresser quelques espoirs de reconquête. Elle y parvient, mais seulement dans les zones où la gauche est traditionnellement forte (Quimper I) et moins faible (Taulé). Mais la majorité fait de même dans des fiefs de droite où les sortants ne se représentaient pas, au Faou et surtout à Landivisiau, canton de l'ancien président Charles Miossec.

La séquence de 2004 démontre que le basculement de 1998 procédait d'une tendance de fond, davantage que d'un simple retournement de conjoncture. Surfant sur les bons résultats de la gauche aux régionales, la majorité se renforce de sept nouveaux cantons, tandis qu'aucun ne bascule de gauche à droite. La gauche progresse dans le centre (Crozon, Pleyben), le bassin de Morlaix (Saint-Pol-de-Léon) et le sud (Fouesnant, Guilvinec, Pont-Croix). La droite paie cher ses divisions dans son bastion léonard (Lannilis).

La gauche progresse une nouvelle fois en 2008, réduisant la droite à deux blocs, dans le pays Léonard et autour de Douarnenez. La majorité s'impose tout d'abord dans les deux plus grandes villes (Brest Centre, Quimper I), où l'opposition ne dispose désormais plus d'aucun conseiller général. Dans la foulée de ses succès municipaux, le PS s'étend également autour de Brest (Guipavas, Saint-Renan). Ses autres succès se constatent dans le Sud-Finistère (Pont-Aven, Scaër) et sur le versant nord des Monts d'Arrée (Plouigneau, Sizun). Face à cette nouvelle vague rose, la droite s'adosse elle aussi à ses victoires municipales, en conquérant les cantons des villes-centre ayant basculé (Châteaulin, Morlaix) et en se renforçant dans son bastion léonard (Landivisiau).

Les cantonales de 2011 se terminent sur un match nul, toujours dans les zones de prédilection de la droite. Si elle est une nouvelle fois bousculée dans le Léon, en perdant Plabennec au profit du PS, l'UMP reprend pied sur la pointe du Raz en gagnant Pont-Croix sur les socialistes. A noter que l'homme fort de Carhaix, Christian Troadec, devient conseiller général.

Comme dans tous les départements de l'Ouest dominés par la gauche, le basculement a connu ses prémices lors d'élections municipales. Dans le Finistère, cela s'est fait en deux temps, en 1977 puis 1989.

Brest, la plus grande ville, a connu un peu le même destin que Nantes: passage à gauche en 1977, rebasculement à droite en 1983, puis élection d'une nouvelle équipe de gauche en 1989. Le maire socialiste, Pierre Maille, est reconduit dès le premier tour en 1995. La droite n'atteint pas les 40 % tandis que le FN, avec 5,32 %, fait son entrée au conseil municipal. En 2001, Pierre Maille cède sans problème son fauteuil au député François Cuillandre. La droite, qui a fait un score comparable à celui de 1995, obtient de bons reports du MNR. Son échec est quelque peu éclipsé par ses bons résultats dans la banlieue brestoise, où la gauche perd la ville de Plougastel. En revanche, 2008 se passe mal pour elle. Non seulement François Cuillandre est réélu au second tour avec plus de 60 % des voix, mais elle perd de nombreuses villes de l'agglomération brestoise, comme Guipavas, Plouzané ou Le Relecq-Kerhuon.

Vieux fief de gauche, Quimper a basculé à droite en... 1977. Il faudra attendre douze ans pour qu'elle rebascule. Mais le nouveau maire PS, Bernard Poignant, a du mal à s'imposer à un électorat en pleine mutation. Le scrutin de 1995 est très serré. Le sénateur RPR Alain Gérard arrive en tête au premier tour. La gauche, divisée entre PS, Verts, PCF et LCR, pèse plus de 56 % des voix. Mais, au second tour, Bernard Poignant n'obtient que les reports, alors que l'abstention baisse de six points, en faveur d'Alain Gérard. Celui-ci n'est battu que de 24 voix. Son heure arrive en 2001. Il obtient un score similaire à celui de 1995 au premier tour, tandis que la gauche (PS, régionalistes et extrême-gauche), cette fois-ci, ne pèse qu'un peu plus de 50 % et que le MNR frôle la barre des 5 %. Alain Gérard bat assez facilement le dauphin de Bernard Poignant, Jean-Claude Joseph, au second tour. Bernard Poignant remonte donc au front en 2008, alors qu'Alain Gérard ne se représente pas. Il trouve sur sa route l'ancienne députée UMP Marcelle Ramonet. Elle ne réunit au premier tour qu'un peu moins de 30 % des suffrages, gênée par une liste MODEM pouvant se maintenir. Le PS la devance de 1870 voix et fusionne avec les Verts (16,80 %), ce qui lui permet de la battre largement, le MODEM étant resté en lice.

Morlaix, la grande ville du Nord, a pour sa part basculé à droite en 1989, pour devenir à partir de 1995 le fief de Marylise Lebranchu, puis repasser à l'UMP en 2008. Douarnenez et Concarneau, les deux principales communes du Sud, ont quant à elles été marquées par le communisme sardinier, l'un des rares mouvements ouvriers bretons du XXe siècle. Le PCF a perdu la première en 1995, tandis que la seconde a voté PS un quart de siècle durant avant d'être conquise par la droite en 2008.

La vague rose de 1998 avait permis à la gauche d'obtenir trois sièges sur quatre lors des sénatoriales qui suivirent. Un exploit à l'époque, le scrutin étant majoritaire. Le passage à la proportionnelle en 2008 pouvait laisser espérer à la droite, forte de sa bonne tenue dans les villes moyennes aux municipales précédentes, de regagner un siège. Mais, face à une gauche unie, elle se divise entre une liste officielle UMP conduite par le maire de Douarnenez Philippe Paul, le MODEM, et les partisans de l'ancienne députée Hélène Tanguy. La gauche peut ainsi faire élire Maryvonne Blondin et Jean-Luc Fichet, et réélire François Marc, Philippe Paul s'adjugeant le quatrième siège.

 

Sources: Le Monde, Nouvelle géopolitique des régions françaises, 577 députés à élire, La Croix

 

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Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 QUIMPER

1988 Bernard POIGNANT (soc.)

1993 André ANGOT (RPR)

2001 Marcelle RAMONET (DL)

2007 Jean-Jacques URVOAS (soc., rad. et cit.)

2 BREST-CENTRE

1988 Joseph GOURMELON (soc.)

1993 Bertrand COUSIN (RPR)

1997 Jean-Noël KERDRAON (soc.)

2002 Patricia ADAM (soc.)

3 BREST-OUEST

1988 Jean-Louis GOASDUFF (RPR)

1997 François CUILLANDRE (soc.)

2002 Marguerite LAMOUR (UMP)

4 MORLAIX

1988 Marie JACQ (soc.)

1993 Arnaud CAZIN D'HONNINCTHUN (UDF)

1997 Yvon ABIVEN (app. soc.)

2002 Marylise LEBRANCHU (soc.)

5 LANDERNEAU

1988 Charles MIOSSEC (RPR)

2002 Jacques LE GUEN (UMP)

6 CHÂTEAULIN

1988 Jean-Yves COZAN (Un. du C.)

1997 Kofi YAMGNANE (soc.)

2002 Christian MENARD (UMP)

7 DOUARNENEZ

1988 Ambroise GUELLEC (Un. du C.)

1997 Jacqueline LAZARD (soc.)

2002 Hélène TANGUY (UMP)

2007 Annick LE LOCH (soc., rad. et cit.)

8 CONCARNEAU

1988 Gilbert LE BRIS (soc.)

1993 Louis LE PENSEC (soc.)

1997 Gilbert LE BRIS (soc.)

 

Sénateurs

Maryvonne BLONDIN (soc.); Jean-Luc FICHET (soc.); François MARC (soc.); Philippe PAUL (UMP)

 

Conseil général du Finistère

36 PS, 7 UMP, 5 divers droite, 4 divers gauche, 2 MODEM

président: Pierre MAILLE (PS)

 

Maires

BREST: François CUILLANDRE (PS)

QUIMPER: Bernard POIGNANT (PS)

CONCARNEAU: André FIDELIN (UMP)

MORLAIX: Agnès LE BRUN (UMP)

DOUARNENEZ: Philippe PAUL (UMP)

LANDERNEAU: Patrick LECLERC (divers droite)

GUIPAVAS: Alain QUEFFELEC (PS)

PLOUGASTEL-DAOULAS: Dominique CAP (UMP)

PLOUZANE: Bernard RIOUAL (PS)

LE RELECQ-KERHUON: Yohann NEDELEC (PS)

QUIMPERLE: Alain PENNEC (divers gauche)

LANDIVISIAU: Georges TIGREAT (UMP)

FOUESNANT: Roger LE GOFF (divers droite)

PONT-L'ABBE: Daniel COUIC (PS)

CARHAIX-PLOUGUER: Christian TROADEC (divers gauche)

CROZON: Daniel MOYSAN (divers droite)

SAINT-POL-DE-LEON: Nicolas FLOCH (divers droite)

PLABENNEC: Jean-Luc BLEUVEN (divers gauche)

GUILERS: Pierre OGOR (divers droite)

ERGUE-GABERIC: Hervé HERRY (divers droite)

SAINT-RENAN: Bernard FORICHER (divers droite)

MOËLAN-SUR-MER: Nicolas MORVAN (PS)

ROSPORDEN: Gilbert MONFORT (PS)

TREGUNC: Jean-Claude SACRE (PS)

LESNEVEN: Jean-Yves LE GOFF (divers droite)

GOUESNOU: Michel PHELEP (divers droite)

PENMARCH: Jacqueline LAZARD (PS)

PLOUGUERNEAU: André LESVEN (MODEM)

SCAËR: Paulette PEREZ (divers gauche)

CHÂTEAULIN: Gaëlle NICOLAS (divers droite)

PLOUDALMEZAU: Marguerite LAMOUR (UMP)

PLONEOUR-LANVERN: Michel CANEVET (MODEM)

BANNALEC: Yves ANDRE (divers gauche)

SAINT-MARTIN-DES-CHAMPS: René FILY (PS)

BRIEC: Jean-Paul LE PANN (PS)

LANNILIS: Claude GUIAVARCH (PS)

LOCMARIA-PLOUZANE: Viviane GODEBERT (divers droite)

PLOURIN-LES-MORLAIX: Jacques BRIGANT (PS)

PLOUIGNEAU: Joseph URIEN (UMP)

PLOUHINEC: Jean-Claude HAMON (divers droite)

RIEC-SUR-BELON: Sébastien MIOSSEC (divers gauche)

PLOMELIN: Franck PICHON (divers droite)

CLOHARS-CARNOËT: Jacques-René JULOUX (divers gauche)

PLOUESCAT: Jean LE DUFF (divers droite)

LOCTUDY: Joël PIETE (divers droite)

CHÂTEAUNEUF-DU-FAOU: Christian MENARD (UMP)

PLOUDANIEL: Joël MARCHADOUR (UMP)

ROSCOFF: Joseph SEITE (divers droite)

 

sources: Le Monde, Ouest France, La Croix, ministère de l'Intérieur, UMP

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, La Croix, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, L'Elu d'Aujourd'hui, Ouest France, Parti socialiste, Christophe Broquet, ministère de l'Intérieur, Education nationale, UMP)

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