MORBIHAN

Le surnom de "Côte d'Azur" de la Bretagne, souvent donné au Morbihan, a pris une tonalité géopolitique ces dernières années. Avec sa sociologie se rapprochant de plus en plus du modèle azuréen (bassins ouvriers en perte de vitesse, afflux de résidents retraités), le département du sud de la Bretagne est le seul à avoir globalement résisté à la vague rose qui a atteint la région entière lors des derniers scrutins.

En 1988, la gauche ne compte que deux députés sur six, dans l'ouest du département, autour de centres urbains et ouvriers comme Lorient et Hennebont. Le RPR tient le centre, les centristes l'est, et le littoral est dominé, autre particularité morbihanaise, par le Parti républicain, autour du tout-puissant président du conseil général Raymond Marcellin, ancien ministre de l'Intérieur de Georges Pompidou.

C'est cette tendance de droite, plus précisément les clubs giscardiens Perspective et Réalité, qui va s'imposer dans la 5e circonscription en 1993, au détriment du ministre de la Mer Jean-Yves Le Drian, également maire de Lorient, seul gros fief socialiste du département. Dans la 6e, le maire socialiste de Quéven, Jean-Yves Laurent, échoue à succéder à Jean Giovannelli, gêné par la candidature du maire communiste d'Hennebont. La droite, elle, se paie le luxe d'éliminer la gauche du second tour en alignant pas moins de trois candidats! C'est le sans étiquette Jacques Le Nay, proche des centristes, qui l'emporte finalement de justesse sur le maire RPR de Plouray.

A noter que Raymond Marcellin semble souffrir d'une certaine usure. Alors qu'il était repassé au premier tour en 1988, il est mis en ballottage pour quelques dizaines de voix dans cette circonscription pourtant solidement ancrée à droite. Loïc Bouvard se passe en revanche de second tour, tout comme Aimé Kerguéris, mais devant le FN (14,24 %), dans cette 2e circonscription qui a vu naître Jean-Marie Le Pen, alors que l'extrême-droite rassemble entre 6 et 11 % des suffrages dans le reste du département.

La vague rose de 1997 provoque peu de dégâts. Seule la circonscription de Lorient rebascule à gauche, le retour de Jean-Yves Le Drian étant facilité par le retrait de Michel Godard. La droite a tout de même senti passer le vent du boulet dans la 6e, où Jacques Le Nay ne bat le PS que de 724 voix. Dans la 1ere, le parachutage de l'UDF François Goulard se déroule sans accroc. Aimé Kergueris, Jean-Charles Cavaillé et Loïc Bouvard sont reconduits mais au second tour.

La marge de progression de la droite restant faible, c'est au tour de la gauche de bien résister en 2002. Le score est cependant serré à Lorient, où droite et gauche semblent à égalité. Jean-Yves Le Drian ne doit vraisemblablement son salut qu'aux traces laissées au second tour par la primaire entre Fabrice Loher (UDF) et Dominique Yvon (RPR). Etonnament, c'est Jacques Le Nay qui s'en sort le mieux, en repassant au premier tour avec un score équivalent à celui du second de 1997, signe d'une bonne implantation qui n'était pas évidente cinq ans auparavant. Gérard Lorgeoux réussit la succession de Jean-Charles Cavaillé à Pontivy, et les trois autres députés de droite attaquent un nouveau mandat, mais cependant seulement au second tour. La gauche semble davantage présente que dix ans auparavant.

En 2007, le Morbihan se distingue une nouvelle fois par la bonne résistance de la droite, alors que la gauche progresse dans les départements voisins. Le PS garde son fief de Lorient, où Françoise Olivier-Coupeau succède à Jean-Yves Le Drian. Les députés de droite gardent leur siège au second tour, mais cette fois-ci aucun d'eux ne dépasse les 55 %. Pis, Loïc Bouvard manque de voir son huitième mandat lui passer sous le nez. A priori peu menaçante au premier tour, la conseillère générale PS Béatrice Le Marre le talonne de 455 voix au second, ayant apparemment bénéficié d'excellents reports des électeurs du MODEM, sans doute lassés de voir le doyen de l'Assemblée nationale, pour cette législature, occuper le paysage politique local.

La gauche a assez bien progressé au niveau local. Au conseil général, elle est passée de 5 à 17 sièges en dix ans. Alors qu'elle avait perdu un siège en 1994, elle reprend du poil de la bête en 1998, notamment à l'ouest, en enlevant Lorient-Nord, Guéméné-sur-Scorff et Ploëmeur, et dans un secteur réputé plus difficile, La Roche-Bernard. Le PCF perd son unique siège, Lanester, au profit d'un divers gauche. Raymond Marcellin ne se représentant pas au fauteuil présidentiel, le troisième tour se joue entre l'UDF et le RPR, et tourne à l'avantage de ce dernier, derrière le député Jean-Charles Cavaillé.

La gauche bouscule une nouvelle fois la majorité en 2001. Elle parachève sa domination à Lorient en emportant le canton du Centre, le dernier qui lui résistait. A Belle-Ile, la succession du sénateur Christian Bonnet, ancien ministre de Giscard, ouvre un boulevard à la gauche. L'opposition enfonce aussi un coin de la citadelle dans le bassin vannetais (Elven, Vannes-Est). La droite se console en reprenant Cléguérec et le PCF fait sa réapparition à Hennebont, au détriment des socialistes.

Les communistes prennent un siège supplémentaire en 2004, encore au PS, à Guéméné. La gauche continue sa progression dans la préfecture (Vannes-Ouest) et le retrait de Jean-Charles Cavaillé à Pontivy fait basculer le canton. La droite reprend La Roche-Bernard et Joseph Kergueris est élu président.

La gauche progresse encore de deux sièges en 2008, qu'elle enlève dans le Nord-Ouest, à Cléguérec et au Faouët. A noter  la défaite de l'UMP François Guéant, suppléant de Loïc Bouvard et fils du conseiller de Nicolas Sarkozy, face à Yannick Chesnais, à La Gacilly, fief de l'industriel Yves Rocher.

Au niveau municipal, la progression de la gauche a été encore plus impressionnante. Alors qu'elle tient solidement Lorient depuis 1965, elle enlève en 1995 Ploëmeur à Michel Godard, laissant présager des législatives et des cantonales difficiles pour la droite dans le secteur. Elle prend pied dans le Nord, en battant les centristes à Pontivy. Mais la victoire la plus symbolique reste celle du communiste Michel Le Scouarnec à Auray, dans un secteur solidement ancré à droite. Celle-ci a sans doute présumé de ses forces dans la succession du maire centriste Michel Naël. Au premier tour, la RPR Jacqueline Bourneau arrive en tête. Mais le divers droite Gérard Bonnet se maintient au second tour. La participation progresse de deux points et demi, au grand bénéfice de la liste de gauche qui prend la première place. En revanche, Vannes reste solidement tenue par la droite.

Le scrutin de 2001 se caractérise par une relative stabilité. Le PS frôle une nouvelle fois les 60 % à Lorient, François Goulard améliore son implantation en se faisant élire à Vannes. Même chose pour Michel Le Scouarnec qui, cette fois, dépasse les 50 % dès le premier tour. En revanche, le PCF perd Lanester, fief communiste depuis 1944, au profit d'une liste de centre-gauche.

La stabilité est également de mise en 2008. De nombreuses équipes sont reconduites au premier tour, notamment à Auray, Lanester, Lorient, Pontivy et Saint-Ave. La droite tient bon dans son dernier bastion important, Vannes, mais François Goulard n'est reconduit au second tour que de 675 voix devant le socialiste Nicolas Le Quintrec, après un premier tour difficile. Une réélection également difficile pour le maire communiste d'Hennebont Gérard Perron, vainqueur d'une triangulaire remportée avec moins de 200 voix d'avance face à deux listes sans étiquette. A noter aussi la chute du très contesté divers droite Paul Anselin, maire de Ploërmel depuis 1977, face à Béatrice Le Marre.

Les progrès de la gauche lui permettent de prendre un siège de sénateur en 2001, ce qui n'était pas arrivé depuis le début du XXe siècle. Menée par une élue rurale, Odette Herviaux, la liste PS arrive seconde, derrière celle du président RPR du conseil régional Josselin de Rohan. Celle de Joseph Kergueris obtient suffisamment de voix pour qu'il soit élu.

Sources: Le Monde, Nouvelle géopolitique des régions françaises, ministère de l'Intérieur


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 VANNES

1988 Raymond MARCELLIN (UDF)

1997 François GOULARD (DL)

2004 Josiane BOYCE (UMP)

2007 François GOULARD (UMP)

2 AURAY

1988 Aimé KERGUERIS (UDF)

2007 Michel GRALL (UMP)

3 PONTIVY

1988 Jean-Charles CAVAILLE (RPR)

2002 Gérard LORGEOUX (UMP)

4 MALESTROIT, PLOËRMEL

1988 Loïc BOUVARD (Un. du Centre)

5 LORIENT

1988 Jean-Yves LE DRIAN (soc.)

1991 Pierre VICTORIA (soc.)

1993 Michel GODARD (UDF)

1997 Jean-Yves LE DRIAN (soc.)

2007 Françoise OLIVIER-COUPEAU (soc., rad. et cit.)

6 HENNEBONT

1988 Jean GIOVANELLI (soc.)

1993 Jacques LE NAY (Rép. et Lib.)

 

Sénateurs

Odette HERVIAUX (soc.); Joseph KERGUERIS (Un. centriste); Josselin DE ROHAN (UMP)

 

Conseil général du Morbihan

14 divers droite, 11 PS, 9 UMP, 4 divers gauche, 2 PCF, 1 MODEM, 1 MPF

président: Joseph KERGUERIS (MODEM)

 

Maires

LORIENT: Norbert METAIRIE (PS)

VANNES: François GOULARD (UMP)

LANESTER: Thérèse THIERY (divers gauche)

PLOEMEUR: Loïc LE MEUR (PS)

PONTIVY: Jean-Pierre LE ROCH (PS)

HENNEBONT: Gérard PERRON (PCF)

AURAY: Michel LE SCOUARNEC (PCF)

GUIDEL: François AUBERTIN (divers droite)

LARMOR-PLAGE: Victor TONNERRE (divers droite)

QUEVEN: Marc COZILIS (PCF)

SAINT-AVE: Hervé PELLOIS (PS)

SENE: Luc FOUCAULT (PS)

PLOËRMEL: Béatrice LE MARRE (PS)

CAUDAN: Gérard FALQUERHO (divers droite)

LANGUIDIC: Maurice OLLIERO (divers droite)

SARZEAU: David LAPPARTIENT (UMP)

QUESTEMBERT: Paul PABOEUF (PS)

GUER: Jean-Luc BLEHER (NC)

PLUVIGNER: Guigner LE HENANFF (divers droite)

INZINZAC-LOCHRIST: Jean-Pierre BAGEOT (PS)

QUIBERON: Jean-Michel BELZ (divers droite)

THEIX: Yves QUESTEL (divers gauche)

BAUD: Jean-Paul BERTHO (divers gauche)

RIANTEC: Michel LE GALL (divers gauche)

PLOUAY: Jacques LE NAY (UMP)

ARRADON: Dominique MOURIER (divers gauche)

BRECH: Paul BAUDIC (divers gauche)

GOURIN: Daniel LE SOLLIEC (divers droite)

CARNAC: Michel GRALL (UMP)

GRAND-CHAMP: Gilles-Marie PELLETAN (divers droite)

KERVIGNAC: Jacques LE LUDEC (divers droite)

LOCMIQUELIC: André LE ROUX (PS)

MUZILLAC: Joseph BROHAN (divers droite)

PLUNERET: Jean-Jacques MEROUR (divers gauche)

PLESCOP: Nelly FRUCHARD (divers gauche)

ELVEN: Marcel LE BOTERFF (divers gauche)

 

Sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur) 


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, L'Elu d'aujourd'hui, ministère de l'Intérieur, Education nationale, fédération socialiste du Morbihan)

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