SAÔNE-ET-LOIRE

(dernière mise à jour le 26 février 2010)

Jusqu'à l'émergence du phénomène Montebourg, les points d'appui de la droite en Saône-et-Loire recouvraient globalement les zones rurales, à l'exception du Nord-Ouest placé sous l'influence de la Nièvre socialiste voisine. La gauche, elle, se maintenait dans des bassins industriels sur le déclin et dans la plupart des grandes villes, malgré la perte de Chalon en 1983 et de Mâcon en 2001.

Les législatives de 1988 traduisaient cette répartition. Le département était alors scindé par une barrière rose, allant de Mâcon à Autun, correspondant aux trois circonscriptions les plus urbanisées, à l'exception notable de celle de Chalon, détenue par le maire RPR Dominique Perben. Les deux autres secteurs, abritant le Charollais (2e circonscription) et la Bresse (6e circonscription), sont représentés par des députés libéraux.

La vague bleue de 1993 va balayer cet équilibre. Dans la 1ere, où le sortant socialiste ne se représente pas, la primaire entre le RPR et l'UDF tourne à l'avantage de ce dernier parti, dont le candidat Gérard Voisin se retrouve seul au second tour. Victime de la perte de vitesse du maire PS de Mâcon, son adjoint Hervé Joubert arrive troisième au premier tour. Dans la 3e, le président de la communauté urbaine du Creusot André Billardon, ministre de l'Energie, est assez largement battu par l'adjoint au maire RPR d'Autun Jean-Paul Anciaux, malgré l'implantation assez ancienne de la gauche dans ce secteur. Seul Didier Mathus sauve de 219 voix l'ancienne circonscription de Pierre Joxe, tandis que la droite repasse au premier tour dans les 5e, 2e et 6e.

Ces deux dernières circonscriptions constitueront la surprise du scrutin de 1997. Dans le Charollais, la gauche plurielle a l'intelligence de présenter l'agriculteur PRS Jacques Rebillard, face à Jean-Marc Nesme, qui perd cette circonscription longtemps fidèle aux radicaux de gauche. Mais le véritable séisme se produit dans la Bresse, où le très contesté président du conseil général René Beaumont, qui avait arraché le Département à Pierre Joxe en 1985, chute assez violemment face au jeune avocat socialiste Arnaud Montebourg. Le Creusot repasse logiquement à gauche, mais Dominique Perben tient bon à Chalon, de même que Gérard Voisin à Mâcon, malgré la bonne tenue un peu inattendue de la gauche aux municipales de 1995.

Le reflux de la vague rose, en 2002, provoque moins de dégâts qu'en 1993. La droite s'était pourtant jurée de faire tomber le chevalier blanc du PS Montebourg, en parachutant un autre avocat, Francis Szpiner, dans la 6e circonscription. Mauvais calcul, puisque les électeurs semblent avoir préféré l'enfant du pays, dans un secteur où la gauche a beaucoup progressé depuis 1997. Dans la 2e, Jacques Rebillard succombe de très peu (71 voix) au retour de Jean-Marc Nesme. Dans la 3e, le retrait d'André Billardon favorise Jean-Paul Anciaux, tandis que la droite échoue une nouvelle fois à prendre la 4e.

Les législatives de 2007 s'annonçaient délicates pour les socialistes, notamment Arnaud Montebourg. Mais ceux-ci s'en sortent mieux que prévu, arrachant même à la droite une 5e circonscription pourtant taillée sur mesure, où les campagnes bressanes devaient contrebalancer les quartiers les plus à gauche de Chalon. Il semble que le départ de Dominique Perben ait affaibli la droite plus profondément que prévu. C'est cette même Bresse qui, après avoir envoyé un sérieux avertissement à Arnaud Montebourg en plaçant au premier tour le jeune UMP Arnaud Danjean plus de 2,5 points devant lui, le reconduit finalement, avec une mince majorité de 396 voix. Dans la 4e, Didier Mathus s'en sort mieux, mais avec moins de 1000 suffrages d'avance.

Après avoir perdu beaucoup de terrain dans les années 80, la gauche est parvenue à reprendre le contrôle du conseil général en 2004. Une reconquête qui aura duré plus de dix ans.

Alors que les cantonales de 1994 n'avait vu la gauche ne progresser que d'un siège, la séquence suivante pouvait laisser présager une vague rose. Mais, mis à part La Guiche, sur les marges du bastion de droite du Charollais, le PS progresse sans surprise dans les zones urbaines (Chalon-Nord ou Montceau-Nord). La gauche perd le canton de Digoin, conquis par Maxime Castagna, qui avait fait de même à la mairie en 1995.

Le scrutin de 2001 marque un coup d'arrêt à la progression de la gauche, du fait de la bonne tenue de la droite aux municipales. Le RPR desserre l'étau sur Chalon, où le PS détenait trois cantons sur quatre, en reprenant le secteur Ouest. La gauche perd aussi Saint-Bonnet-de-Joux mais emporte Saint-Gengoux-le-National. A noter que le PCF perd l'un de ses deux sièges, à Saint-Martin-en-Bresse, au profit du PRG.

En revanche, la séquence de 2004 constitue une cuisante défaite pour René Beaumont, sans doute en écho à celle de Francis Szpiner deux ans auparavant. Effet Montebourg? Tous les cantons de la Bresse, mis en jeu lors de cette série, basculent à gauche, à l'exception de Cuisery. Même le président du conseil général est coiffé sur le poteau à Cuiseaux par un agriculteur socialiste, Frédéric Cannard. Avec Mâcon-Centre et Mâcon-Sud, la gauche parachève cette victoire qui lui permet d'emporter la majorité à l'assemblée départementale.

Après des élections législatives difficiles, Arnaud Montebourg compte sur les cantonales de 2008 pour accentuer son implantation. Il y réussit parfaitement en prenant Montret à la droite. Celle-ci recule encore en Bresse, cédant à la gauche Verdun-sur-le-Doubs. Elle subit également des défaites dans ses fiefs ruraux de Charolles et Gueugnon, en zone urbaine à Montchanin et surtout Chalon Ouest et Centre, dans la foulée de la victoire aux municipales du président du conseil général Christophe Sirugue. Du coup, celui-ci cède son fauteuil à Arnaud Montebourg.

Au niveau municipal, avant 1977, la puissante famille Schneider plaçait systématiquement un de ses hommes à la mairie du Creusot, avant sa conquête par le syndicaliste CFDT Camille Dufour. Montceau, gérée pendant plus de vingt ans par le gaulliste André Jarrot, a aussi présenté une sociologie électorale proche des bassins industriels lorrains, avec une droite puissante, avant de se donner Didier Mathus comme maire en 1995.

A contrario, Chalon votait à gauche depuis 1925, avant d'être conquise par Dominique Perben lors de la vague bleue de 1983. C'est son départ pour Lyon, en 2008, qui fait rebasculer la ville à gauche au premier tour. Quant à la préfecture Mâcon, elle connut un destin plus classique. Faisant partie des nombreuses villes ayant basculé à gauche en 1977, elle repasse à droite au premier tour en 2001, après quatre mandats du socialiste Michel-Antoine Rognard.

Les sénatoriales de 2004 vont permettre à René Beaumont de rebondir, quelques mois après la perte du conseil général. Le scrutin majoritaire permet à la droite d'emporter les trois sièges, comme en 1986 et 1995. Jean-Paul Emorine est réélu au premier tour, et Jean-Patrick Courtois au second. René Beaumont ne l'emporte que de 27 voix sur le candidat socialiste Jean-François Nicolas. Il aura bénéficié de bons reports des voix de trois de ses concurrents de droite du premier tour, qui avaient pourtant vivement contesté son investiture.

Sources: Le Monde, Nouvelle géopolitique des régions françaises


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 MÂCON

1988 Jean-Pierre WORMS (soc.)

1993 Gérard VOISIN (UDF)

2 CHAROLLES

1988 Jean-Marc NESME (UDF)

1997 Jacques REBILLARD (Rad., Cit., et V.)

2002 Jean-Marc NESME (UMP)

3 AUTUN, LE CREUSOT

1988 André BILLARDON (soc.)

1992 Bernard LOISEAU (soc.)

1993 Jean-Paul ANCIAUX (RPR)

1997 André BILLARDON (soc.)

2002 Jean-Paul ANCIAUX (UMP)

4 MONTCEAU-LES-MINES

1988 Didier MATHUS (soc.)

5 CHALON-SUR-SAÔNE

1988 Dominique PERBEN (RPR)

1993 Jean-Paul EMORINE (UDF)

1995 André GENTIEN (RPR)

1997 Dominique PERBEN (RPR)

2002 Dominique JUILLOT (UMP)

2007 Christophe SIRUGUE (soc., rad. et cit.)

6 LOUHANS

1988 René BEAUMONT (UDF)

1997 Arnaud MONTEBOURG (soc.)

 

Sénateurs

René BEAUMONT (UMP); Jean-Patrick COURTOIS (UMP); Jean-Paul EMORINE (UMP)

 

Conseil général de Saône-et-Loire

29 PS, 13 UMP, 5 divers droite, 5 divers gauche, 3 PRG, 1 MPF, 1 PCF

président: Arnaud MONTEBOURG (PS)

 

Maires

CHALON-SUR-SAONE: Christophe SIRUGUE (PS)

MACON: Jean-Patrick COURTOIS (UMP)

LE CREUSOT: André BILLARDON (PS)

MONTCEAU-LES-MINES: Didier MATHUS (PS)

AUTUN: Rémy REBEYROTTE (PS)

SAINT-VALLIER: Alain PHILIBERT (PCF)

PARAY-LE-MONIAL: Jean-Marc NESME (UMP)

DIGOIN: Maxime CASTAGNA (divers droite)

GUEUGNON: Dominique LOTTE (divers gauche)

BLANZY: Guy EMORINE (PS)

CHARNAY-LES-MÂCON: Gérard VOISIN (UMP)

LOUHANS: Rémi CHAINTRON (divers gauche)

TOURNUS: Jean LEGROS (PS)

SAINT-REMY: Pierre JACOB (PS)

CHÂTENOY-LE-ROYAL: Marie MERCIER (divers droite)

BOURBON-LANCY: Jean-Paul DRAPIER (PS)

MONTCHANIN: Jean-Yves VERNOCHET (divers gauche)

CHAGNY: Michel PICARD (divers droite)

CLUNY: Jean-Luc DELPEUCH (PS)

SANVIGNES-LES-MINES: Jean-Claude LAGRANGE (PS)

CHAUFFAILLES: Marie-Christine BIGNON (MPF)

SAINT-MARCEL: Jean-Noël DESPOCQ (PS)

LE BREUIL: Philippe BAUMEL (PS)

GIVRY: Daniel VILLERET (PS)

TORCY: Roland FUCHET (PS)

 

Sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, L'Elu d'aujourd'hui, ministère de l'Intérieur, Education nationale, Parti radical de gauche, Politiquemania)

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