YONNE

 Située au point de contact entre la Beauce et la Champagne, placée sous l'influence de l'Ile-de-France, l'Yonne est le fief de droite le plus solide de la région. Un département auquel reste encore attachée l'image du notable de province, qu'incarne depuis une quarantaine d'années le député d'Auxerre Jean-Pierre Soisson.

Elu pour la première fois en 1968, après un tour de piste en 1967, Jean-Pierre Soisson est facilement reconduit en 1988 dans la 1ere circonscription. Dans la 3e, la foire d'empoigne entre les différentes tendances de droite et de gauche tourne en faveur du député RPR sortant Philippe Auberger, dans un secteur où le PCF reste influent. La gauche ne s'impose que dans la 2e, pourtant davantage rurale et pas moins conservatrice, grâce à la personnalité du maire socialiste de Tonnerre Henri Nallet, qui a eu l'intelligence de prendre comme suppléant l'ancien député Léo Grézard.

Cet attelage ne survit pas à la vague bleue de 1993. Victime de l'impopularité du gouvernement socialiste, dont il faisait partie en tant que ministre de l'Agriculture, Henri Nallet est distancé puis largement battu par le conseiller général RPR Yves Van Haecke. dans la 3e circonscription, la défaite est encore plus humiliante pour le PS, qui se retrouve en quatrième position, derrière le FN, surfant sur les problèmes d'insécurité dans cette zone limitrophe de la région parisienne, et le PCF, qui a su catalyser les mécontentements. Au second tour, Philippe Auberger rassemble plus des deux tiers des voix face au candidat d'extrême-droite Pierre Peres. Seul petit motif de satisfaction pour la gauche: la victoire de... Jean-Pierre Soisson. Rallié à François Mitterrand, gouvernant le conseil régional avec la gauche (mais aussi grâce aux voix d'extrême-droite), le maire d'Auxerre affrontait pour la première fois un candidat UDF. Résultat: après un premier tour moyen, il rassemble bien au-delà de la droite au second, obtenant le meilleur score de sa carrière de député (63,02 %). Membre du Mouvement des réformateurs, il choisit alors de siéger au groupe technique République et Liberté, rassemblant entre autres les anciens ministres d'ouverture de François Mitterrand.

Un purgatoire dont il sort à peine en 1997. Toujours membre du MDR, il se retrouve face à son opposant socialiste à Auxerre Guy Férez, mais cette fois-ci la droite ne présente aucun candidat. Il est une nouvelle fois reconduit, avec dix points de moins qu'en 1993 et surtout une très faible majorité dans sa ville. Dans la 2e circonscription, Henri Nallet s'appuie sur les campagnes, où il a retrouvé une certaine popularité, pour prendre sa revanche sur Yves Van Haecke, dont l'électorat est davantage urbain depuis son élection à la mairie d'Avallon en 1995. En revanche, la descente aux enfers continue pour le PS à Sens. Il se retrouve cette fois-ci en cinquième position, doublé par l'industriel Gérard Bourgoin. Philippe Auberger peut donc écraser une nouvelle fois Pierre Peres au second tour.

Le scrutin de 2002 est celui de la normalisation à droite. Le retrait d'Henri Nallet favorise l'UMP Jean-Marie Rolland, qui bat le suppléant de M. Nallet, Jean-Yves Caullet, grâce aux bons reports de droite et d'extrême-droite. Malgré le parachutage à Auxerre de l'ancienne secrétaire d'Etat socialiste Florence Parly, et surtout la perte de la mairie par la droite en 2001, Jean-Pierre Soisson renoue avec ses scores habituels. A Sens, la gauche retrouve quelques couleurs en faisant l'union sur la candidature du radical Daniel Paris. Celui-ci parvient à doubler un FN encore haut (18,04 %), mais pour obtenir un score à peine supérieur que lui en 1993 au second tour.

La droite remporte également les législatives de 2007, mais avec des scores bien inférieurs à ceux de 2002. La faute aux villes qui, mis à part Joigny, ont toutes placé la gauche en tête, et au MODEM qui, en obtenant entre 6 et 11 % sur ces terres modérées, a mis les candidats UMP en difficulté entre les deux tours. Si Jean-Pierre Soisson s'en sort à nouveau, c'est avec un étiage à peine supérieur à celui de 1997, obtenu en pleine vague rose. Jean-Marie Rolland fait mieux qu'en 2002, mais moins bien qu'Yves Van Haecke en 1993. Quant à la maire de Sens Marie-Louise Fort, elle réussit la succession de Philippe Auberger, mais avec une déperdition de plus de 2000 voix.

Au conseil général, la droite peut compter sur près des trois quarts des voix. Les seuls secteurs où elle est menacée sont les zones urbaines, le Tonnerrois, où subsiste un "effet Nallet", et le fief socialiste de Pont-sur-Yonne.

Les cantonales de 1994 sont marquées par un léger repli de la gauche, qui perd Aillant-sur-Tholon. Elles voient également l'élection du "roi de la volaille" Gérard Bourgoin, qui écrase le PCF à Brienon-sur-Armançon. Tandis que le MDR Charles Fontaine échoue à prendre Auxerre Nord-Ouest où l'adjoint au maire... socialiste Michel Bonhenry, les autres zones urbaines subissent une poussée du FN, notamment à Migennes et Sens-Ouest.

L'extrême-droite est qualifiée en 1998 au second tour à Saint-Florentin, Sens Sud-Est et Flogny-la-Chapelle, pris à la droite par la gauche. Celle-ci progresse aussi à Auxerre-Sud, mais doit céder Seignelay à un écologiste. Elle garde en revanche son bastion de Pont-sur-Yonne, malgré le désistement du FN, réplique du séisme provoqué par l'alliance qu'il a noué avec Jean-Pierre Soisson à la Région.

Le trouble suscité à droite est dissipé en 2001, tandis que le FN ne s'est pas remis de la scission mégrétiste. Le PCF en fait les frais à Migennes, une semaine après sa défaite aux municipales. Une perte qui aurait pu être compensée par l'éventuel gain de Brienon-sur-Armançon, où Gérard Bourgoin, pris dans une triangulaire avec le maire communiste Guy Loyer et le CPNT, ne l'emporte que de 28 voix. A Tonnerre, Henri Nallet est sévèrement battu par le divers droite Maurice Pianon, après avoir lui aussi perdu la mairie. Là aussi, le PS aurait pu compenser cette perte à Toucy, mais le sortant DL l'emporte de 35 voix.

En 2004, ce sont les divers gauche qui tirent leur épingle du jeu. Ils l'emportent notamment à Avallon, tandis que le maintien du FN fait chuter l'UMP à Sens Nord-Est au profit du PS. Requinquée, l'extrême-droite provoque d'autres triangulaires durant cette série qui lui est habituellement favorable: Pont-sur-Yonne, Saint-Florentin, Sens Sud-Est et Sergines... Mais sans bouleverser les rapports de force.

La vague rose de 2008 ne voit le basculement à gauche que de deux cantons, dont l'un, Saint-Sauveur-en-Puisaye, d'extrême justesse (une voix). L'opposition continue sa percée à Auxerre, en remportant le secteur Sud-Ouest.

L'échelon municipal a été marqué par deux phénomènes ces vingt dernières années: les revirements de Jean-Pierre Soisson et le déclin du vote communiste. Mais les résultats des municipales de 2008 semblent dessiner un nouvel équilibre géopolitique, qui verrait la gauche dominer les villes.

Elu maire d'Auxerre en 1971, Jean-Pierre Soisson a débuté sa carrière politique aux côtés d'Edgar Faure, et ses premiers mandats sous l'étiquette giscardienne. Débauché par les socialistes en 1988, il s'allie avec eux pour les municipales de 1989. En 1995, le divorce est consommé. Il dirige une liste MDR-droite face à une gauche divisée en cinq tendances et à un FN qui passe pour la première fois la barre des 10 %. La fusion des listes de gauche et le maintien de l'extrême-droite au second tour ne l'empêche pas d'être réélu à la majorité absolue. Son retrait en 1998 provoque la rivalité entre trois de ses anciens adjoints: Guy Férez (PS), Jean-Louis Hussonois (RPR) et Bernard Revest (divers droite). Le danger FN écarté au premier tour (6,16 %), ils maintiennent leurs listes au second, ce qui provoque l'élection de Guy Férez, dans un contexte pourtant défavorable à la gauche. En 2008, sa réélection est sans appel, malgré l'union de la droite autour de l'UMP Dominique Mary. Le FN fait de nouveau son entrée au conseil municipal, avec un siège, à égalité avec l'extrême-gauche.

Les divisions de la droite lui ont aussi coûté cher, un temps, à Sens. En 1995, le maire UDF Philippe Séré doit affronter la concurrence de son prédécesseur divers droite Etienne Braun, ce qui provoque au second tour l'élection du vieux leader communiste Jean Cordillot. Ce dernier ne résiste pas à la vague bleue de 2001. Dans un contexte très marqué par l'insécurité, la libérale Marie-Louise Fort l'emporte au premier tour, tandis que le FN décroche un siège. En 2008, elle arrive en tête au premier tour, mais les deux listes de gauche réunissent un peu plus de 50 % à elles deux, devant un FN à 6,12 %. Le regain de participation au second tour et les mauvais reports du FN font chuter la maire face au PRG Daniel Paris, bien que celui-ci n'ait pas réussi à s'entendre avec la liste PS.

Le PCF, qui fait jeu égal avec le PS dans le nord du département, a aussi perdu Migennes en 2001, un des derniers bastions cheminots sur la ligne Lyon-Paris, avant de le reprendre en 2008. Avec Joigny et Tonnerre, la gauche parachève durant ce scrutin une domination jusque-là inédite.

Les élections sénatoriales dans l'Yonne se soldent traditionnellement par une victoire de la droite. Le scrutin de 2004 a vu la reconduction, dès le premier tour, du président UMP du conseil général Henri de Raincourt. Le deuxième siège fut en revanche davantage disputé. Refusant de se retirer, malgré les consignes des instances nationales, le sortant Serge Franchis, ancien suppléant de Jean-Pierre Soisson, se retrouve distancé par le PS. Au second tour, il est nettement battu par Pierre Bordier, fidèle d'Henri de Raincourt. 

 

Sources: Le Monde, Nouvelle géopolitique des régions françaises, 577 députés à élire, ministère de l'Intérieur

 


Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 AUXERRE

1988 Serge FRANCHIS (non inscrit)

1993 Jean-Pierre SOISSON (Rép. et Lib.)

2 AVALLON

1988 Léo GREZARD (soc.)

1993 Yves VAN HAECKE (RPR)

1997 Henri NALLET (soc.)

1999 Jean-Yves CAULLET (soc.)

2002 Jean-Marie ROLLAND (UMP)

3 SENS

1988 Philippe AUBERGER (RPR)

2007 Marie-Louise FORT (UMP)

 

Sénateurs

Pierre BORDIER (UMP); Henri DE RAINCOURT (UMP)

 

Conseil général de l'Yonne

22 UMP, 7 divers droite, 6 PS, 4 divers gauche, 2 PCF, 1 Vert

président: Jean-Marie ROLLAND (UMP)

 

Maires

AUXERRE: Guy FEREZ (PS)

SENS: Daniel PARIS (PRG)

JOIGNY: Bernard MORAINE (divers gauche)

AVALLON: Jean-Yves CAULLET (PS)

MIGENNES: François MEYROUNE (PCF)

TONNERRE: André FOURCADE (PS)

SAINT-FLORENTIN: Yves DELOT (divers droite)

VILLENEUVE-SUR-YONNE: Cyril BOULLEAUX (divers gauche)

PARON: Bernard CHATOUX (divers droite)

MONETEAU: Robert BIDEAU (divers droite)

 

sources: Le Monde, Wikipedia, ministère de l'Intérieur

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, Wikipedia, ministère de l'Intérieur)

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, Education nationale, Parti radical de gauche)

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