|
EURE-ET-LOIR (dernière mise à jour le 24 septembre 2012) |
||||
|
La géopolitique de l'Eure-et-Loir
est connue depuis un quart de siècle pour la percée aussi historique
qu'inattendue du Front national aux municipales partielles de Dreux, fin
1983. Mais ce département est aussi une vieille terre radicale, tombée
sous la coupe de la droite dans les années 80, et subissant depuis de
profondes mutations sociologiques, dues surtout à la poussée
démographique et foncière de l'Ile-de-France, sur ses marges nord-est.
En 1988, seules les 3e et 4e circonscriptions restent globalement fidèles à leur histoire électorale. Dans le Perche, autour de Nogent-le-Rotrou et de La Loupe, le vieux fond radical favorise le PS. Dans la Beauce, c'est la tendance modérée et conservatrice qui l'emporte, avec le président UDF du conseil régional Maurice Dousset. Plus urbanisée, la 1ere se donne pour député le maire socialiste de Chartres Georges Lemoine. A droite depuis le recul de la gauche dans le bassin de Dreux, la 2e bascule à l'extrême-droite lorsque Martial Taugourdeau est élu au Sénat en 1989. La prise de distance graduelle de la droite avec le FN, et le décès accidentel du leader local de ce parti, Jean-Pierre Stirbois, en septembre 1988, n'empêche pas la victoire de sa veuve Marie-France, qui devient ainsi la seule députée FN de la législature. En 1993, extrême-droite et gauche font les frais de la vague bleue. Alors qu'elle avait dépassé les 40 % en 1989, Marie-France Stirbois rassemble cette fois un gros tiers des suffrages. Un étiage insuffisant pour remporter le second tour, même si celui-ci est très serrée. Dans la 3e, c'est la dégringolade pour le sortant socialiste Bertrand Gallet, qui fait deux points de moins qu'en 1988, alors qu'il était pourtant gêné par la candidature dissidente du maire radical de Nogent François Huwart. Au second tour, il est sévèrement battu par l'UDF Patrick Hoguet. A Chartres, le PS perd la circonscription qu'il détenait depuis 1978. Georges Lemoine, qui perd près de 20 points et 7000 voix, ne peut refaire son retard au second tour. Même Maurice Dousset est légèrement chahuté dans la 4e. Sa très large victoire sur le FN au second tour cache une érosion de plus de dix points au premier, au profit du candidat indépendant Vincent Lhopiteau. C'est d'ailleurs de ce secteur que viendra la surprise de 1997. Très contesté sur sa droite, notamment par le maire de Bonneval Joël Billard et par Vincent Lhopiteau, cette fois sous la bannière villiériste, Maurice Dousset rassemble cette fois moins d'un quart des voix. En face, la gauche a eu l'intelligence de présenter une candidate verte, Marie-Hélène Aubert, en pleine polémique sur le projet de troisième aéroport parisien, dans cette circonscriptions où viennent s'installer de nombreux Franciliens fuyant les nuisances. Au second tour, Maurice Dousset est battu de plus de 2000 voix. Dans la 1ere et la 3e, la gauche s'impose de justesse, en duel à Chartres et en triangulaire avec la droite et le FN à Nogent-le-Rotrou. Ce dernier voit s'éloigner ses rêves de reconquête à Dreux, où Marie-France Stirbois est distancée de près de 5000 voix par Gérard Hamel. A noter les 7,74 % de l'humoriste Dieudonné M'Bala M'Bala, à l'époque pourfendeur du parti lepéniste. Les élections partielles sont décidément décisives en Eure-et-Loir. En 2003, Patrick Hoguet en fait les frais, alors qu'il avait repris la 3e circonscription à François Huwart l'année précédente. Durant le scrutin de 2002, Georges Lemoine, affaibli par la perte de Chartres en 2001, doit s'incliner devant son tombeur lors de ces municipales, Jean-Pierre Gorges. La 4e repasse logiquement à droite, alors que Gérard Hamel est réélu... mais cette fois face au PS, le départ de Marie-France Stirbois ayant privé le FN de sa tête d'affiche locale. Comme en 2002, le scrutin de 2007 voit la droite réaliser un carton plein. L'effondrement du lepénisme ouvre un boulevard à Gérard Hamel qui dépasse les 60 % au second tour à Dreux. La 4e circonscription confirme son ancrage à droite en envoyant dès le premier tour le nouveau centriste Philippe Vigier siéger au palais Bourbon. Dans la 3e, François Huwart ne parvient pas à rattraper son retard sur la candidate UMP Laure de la Raudière. En revanche, Jean-Pierre Gorges sent passer le vent du boulet à Chartres. Boudé par les électeurs du MODEM (18,18 % au premier tour), il ne l'emporte que de 59 voix. Invalidé, il est à son tour victime de la malédiction du scrutin partiel. En février 2008, il se retrouve second derrière la conseillère municipale socialiste de Chartres Françoise Vallet. Le candidat du MODEM Eric Chevée retrouve son niveau de 2007 avec 18,5 %. Des voix qui se reportent très mal au second tour sur le maire de Chartres, qui est cette fois distancé de près de 4000 bulletins par la gauche. Rebelote au mois de septembre. Invalidée à son tour, Françoise Vallet doit céder la place à son suppléant David Lebon. Encore assez peu connu, gêné par la candidature dissidente de Georges Lemoine, il est largement distancé au premier tour par Jean-Pierre Gorges, qui le coiffe au poteau au second tour, malgré une belle remontée. La vague rose de 2012 laisse la droite locale intacte. Seul Jean-Pierre Gorges ne bénéficie, une fois de plus, que d'une courte victoire dans la 1ere, qui demeure décidément un secteur très disputé. Malgré les appels du pied du FN en sa faveur, il ne distance que de 794 voix David Lebon, qui a rejoué le duel de septembre 2008. Dans la 3e, Laure de la Raudière retrouve un Huwart sur sa route, Harold, qu'elle bat nettement au second tour. Dans la 2e, Olivier Marleix (UMP), fils de l'artisan du redécoupage législatif, s'impose notamment grâce au vote des campagnes, la socialiste Gisèle Boullais l'emportant à Dreux et Vernouillet. Il réussit ainsi parfaitement la succession de Gérard Hamel. Dans la 4e, le centriste Philippe Vigier se passe une nouvelle fois de second tour. Depuis 1992, la gauche a progressé de quatre sièges au conseil général. Une marge suffisante, au vu du faible nombre de cantons, pour menacer sérieusement la majorité de droite. Les cantonales de 1994 se terminent assez mal pour cette dernière, qui perd deux sièges, et voit l'élection de Marie-France Stirbois à Dreux-Ouest. Ce gel d'un mandat par l'extrême-droite va donner des sueurs froides à la droite en 1998. Le contrecoup des législatives favorise l'opposition, en zone urbaine (Chartres Nord-Est, Châteaudun, Nogent-le-Rotrou) et péri-urbaine (Maintenon). Le président de l'assemblée départementale, Martial Taugourdeau, est lui-même menacé à Châteauneuf-en-Thymerais, dans une triangulaire avec la gauche et le FN, qu'il remporte de 12 voix. La majorité desserre un peu l'étreinte en reprenant Orgères-en-Beauce, avec neuf voix d'avance. La percée de la gauche est effacée en 2001. L'opposition revient à son niveau de 1994. A Lucé, la droite profite de la division des radicaux de gauche. A Auneau, celle des différentes tendances de gauche, malgré les désistements, provoque la victoire de l'UDF. La majorité a également la satisfaction de récupérer Dreux-Ouest, faisant ainsi s'éloigner le spectre de l'égalité du nombre de sièges entre gauche et droite. En 2004, la gauche donne un coup de menton, notamment à Chartres Sud-Ouest, où est battu le sénateur Gérard Cornu. Elle remporte par la suite les partielles de Châteauneuf-en-Thymerais et Lucé. Mais en 2008, la majorité se renforce à nouveau, à contre-courant du contexte national. Si elle doit céder Dreux-Est à l'opposition, elle enlève Chartres Sud-Est et La Loupe à la gauche. En 2011, la majorité desserre un peu plus l'étreinte en prenant Chartres Sud-Ouest. La droite a bien progressé à l'échelon municipal. Le PS, qui avait remporté les deux plus grandes villes en 1977, perd spectaculairement Dreux lors d'une partielle, quelques mois après le scrutin de 1983. Le candidat RPR, Jean Hieaux, s'allie avec le FN, qui a réalisé une percée de plus de 16 % au premier tour. Pour la gauche, c'est le début d'un lent déclin, tandis que le FN devient la seconde force politique de la ville. Divisée, elle doit se désister en 1995 au profit de Gérard Hamel, face à Marie-France Stirbois. Devenu le meilleur rempart contre l'extrême-droite, le député RPR est réélu au premier tour en 2001. Conséquemment, le déclin de cette dernière, déjà éliminée au premier tour en 2001, suite à la scission mégrétiste et au départ de Marie-France Stirbois, fragilise Gérard Hamel. En 2008, il doit attendre le second tour pour battre la gauche avec un peu moins de 600 voix d'avance. A Chartres, la droite doit attendre 2001 pour récupérer la mairie. Le mitterrandiste Georges Lemoine frôle l'élection au premier tour en 1995, et obtient près des deux tiers des suffrages au second. Mais les résultats de 2001 sont dus au rejet aussi bien de sa candidature à la tête de l'agglomération, que de la détermination d'un de ses opposants. Au premier tour, quatre listes obtiennent entre 14 et 28 % des voix. Le PS et les Verts fusionnent. Face à eux, le libéral Jean-Pierre Gorges refuse l'alliance avec la liste RPR-UDF et avec l'extrême-droite. Une stratégie payante, dans une ville travaillée par le désir de changement, puisqu'il l'emporte de moins de 500 voix au second tour. Sa large victoire au second tour en 2008 est une surprise. Quelques mois après avoir perdu son siège de député dans une partielle, il doit affronter la fusion des listes PS et MODEM. Un attelage qui a du mal à convaincre puisque Jean-Pierre Gorges est reconduit avec près de 2000 suffrages d'avance. Les sénatoriales se jouent elles aussi à droite, celle-ci obtenant quasiment deux fois plus de suffrages que la gauche. En 1998, le RPR rafle les deux sièges. La création d'un troisième en 2008 ne pénalise pas la droite. Dès le premier tour, les UMP Gérard Cornu et Joël Billard sont réélu. Le président du conseil général Albéric de Montgolfier s'intercale entre eux deux. Le premier candidat de gauche, l'ancien député Jacky Jaulneau, pointe loin derrière.
Sources: Le Monde, Nouvelle Géopolitique des régions françaises, Guide des pays de France, La Croix |
Fond de carte: Géoatlas Carte 1: circonscriptions législatives (sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur) |
Chronologie
des députés
1 CHARTRES 1988 Georges LEMOINE (soc.) 1993 Gérard CORNU (RPR) 1997 Georges LEMOINE (soc.) 2002 Jean-Pierre GORGES (UMP), 2008 Françoise VALLET (soc., rad. et cit.), de février à septembre 2008 Jean-Pierre GORGES (UMP) 2 DREUX 1988 Martial TAUGOURDEAU (RPR) 1989 Marie-France STIRBOIS (non inscrite) 1993 Gérard HAMEL (RPR) 2012 Olivier MARLEIX (UMP) 3 NOGENT-LE-ROTROU 1988 Bertrand GALLET (soc.) 1993 Patrick HOGUET (UDF) 1997 François HUWART (rad., cit. et V) 2000 Jacky JAULNEAU (soc.) 2002 Patrick HOGUET (UMP) 2003 François HUWART (app. soc.) 2007 Laure DE LA RAUDIERE (UMP) 4 CHÂTEAUDUN 1988 Maurice DOUSSET (UDF) 1997 Marie-Hélène AUBERT (rad., cit. et V.) 2002 Alain VENOT (UMP) 2007 Philippe VIGIER (NC)
Sénateurs Joël BILLARD (UMP); Gérard CORNU (UMP); Albéric DE MONTGOLFIER (UMP)
Conseil général d'Eure-et-Loir 11 UMP, 7 PS, 3 divers droite, 3 divers gauche, 3 UDI, 1 MODEM, 1 PRG président: Albéric DE MONTGOLFIER (UMP)
Maires CHARTRES:
Jean-Pierre GORGES (UMP) DREUX:
Gérard HAMEL (UMP) LUCE:
Emmanuel LECOMTE (PRG) CHATEAUDUN:
Didier HUGUET (divers droite) NOGENT-LE-ROTROU:
François HUWART (PRG) VERNOUILLET:
Daniel FRARD (PS) LUISANT: Wilson VALOR (UMP) EPERNON: Françoise RAMOND (divers droite) MAINTENON: Michel BELLANGER (UMP) SAINT-LUBIN-DES-JONCHERETS: Gérard SOURISSEAU (divers droite) LEVES: Nicolas ANDRE (PS) BONNEVAL: Joël BILLARD (UMP) NOGENT-LE-ROI: Jean-Paul MALLET (divers gauche) AUNEAU: Michel SCICLUNA (divers droite) LA LOUPE: Eric GERARD (UMP) BROU: Philippe MASSON (UDI) SAINT-REMY-SUR-AVRE: Patrick RIEHL (divers gauche) GALLARDON: Yves MARIE (divers droite)
Sources: Le Monde, la Croix, mairie de Lucé, ministère de l'Intérieur, Politiquemania, Wikipedia |
||
|
Fond de carte: Géoatlas Carte 2: cantons (sources: Le Monde, La Croix, ministère de l'Intérieur) |
||||
|
Fond de carte: Géoatlas Carte 3: communes (sources: Le Monde, Journal officiel, L'Elu d'aujourd'hui, ministère de l'Intérieur, Education nationale, Parti radical de gauche, Politiquemania, Wikipedia) |
||||
LIENS |
||||