HAUTE-MARNE

Le petit département forestier de la Haute-Marne est solidement ancré à droite. Une géopolitique due en grande partie à une population rurale encore importante. La gauche n'y survit que dans quelques bassins urbains et industriels, où elle doit subir la concurrence de l'extrême-droite.

Les législatives de 1988 ont cependant consacré une certaine parité politique. Alors qu'au sud, sur le plateau de Langres et autour de Chaumont, la droite triomphait, le nord, recouvrant la plus grande ville du département, Saint-Dizier, voyait l'élection du socialiste Guy Chanfrault, grâce aux bons reports du PCF, qui détient alors la ville.

Paradoxalement, la perte de Saint-Dizier au profit de Guy Chanfrault, en 1989, n'entame absolument pas le capital de suffrages communistes lors des législatives de 1993. Au contraire, le conseiller général Jean-Luc Bouzon gagne exactement 39 voix... mais talonne Guy Chanfrault, qui se retrouve quatrième, derrière les deux candidats de droite et le FN! Il semble que les socialistes aient payé le déclin du bassin d'emploi de Saint-Dizier, au profit de toutes les forces de droite, tandis que les communistes parvenaient à se maintenir, notamment grâce à leur position critique vis à vis du gouvernement socialiste. Au second tour, le jeune RPR François Cornut-Gentille bat très largement la conseillère générale UDF Simone Martin. Dans la 1ere circonscription, Charles Fèvre retrouve son siège au premier tour, obtenant son meilleur score depuis 1978, face à son éternel adversaire, le maire PS de Langres Guy Baillet.

Le scrutin de 1997 se caractérise dans cette circonscription par un fort désir de renouvellement, qui profite à la gauche. Le jeune UDF Luc Chatel, qui devait succéder à Charles Fèvre dans ce secteur votant à droite depuis 1958, est distancé par le nouveau maire divers gauche de Chaumont Jean-Claude Daniel. A noter les 18,24 % du FN, qui dépassait à peine les 10 % en 1993. Dans la deuxième circonscription, l'extrême-droite, avec 23,99 %, arrive en second position, mais le candidat PS Jean-François Sauvaget se maintient. François Cornut-Gentille, qui a su travailler son implantation à Saint-Dizier, où il a été élu maire en 1995, gagne cependant cette triangulaire, même si la gauche parvient à mobiliser les abstentionnistes.

L'embellie de la gauche n'aura duré qu'un temps à Saint-Dizier. Ayant échoué à reprendre la ville en 2001, le PS perd près de 2000 voix en 2002 et ne peut pas prétendre à un second tour. François Cornut-Gentille, qui a frôlé la réélection au premier tour, peut largement battre au second la FN Evelyne Advenier. A Chaumont, le retrait de Jean-Claude Daniel, au profit de son adjointe socialiste Sylvie Cotillot, gênée par une candidature radicale, ouvre la voie au succès de Luc Chatel, qui a largement distancé le dissident UDF qui se présentait au premier tour.

La victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 semble avoir fait taire toute dissension à droite lors des législatives qui ont suivi. Pour les deux sortants, le scrutin n'est qu'une formalité. Luc Chatel s'impose au premier tour à Chaumont. Nommé ministre, il laissera son siège à Sophie Delong, qui devient la première députée du département. A Saint-Dizier, la victoire de François Cornut-Gentille est encore plus large. A noter que, même affaibli (9,23 %), le FN parvient à se hisser en deuxième place, la gauche sombrant une nouvelle fois dans la division.

La droite tient tout aussi solidement le conseil général, où l'opposition n'aura progressé que d'un siège en seize ans. Le scrutin de 1994 voit cependant le PCF prendre un second siège à Saint-Dizier Sud-Est, en écho au fiasco socialiste des législatives de 1993. Le RPR, qui prend Andelot-Blancheville et Bourbonne-les-Bains, devient la première force de l'assemblée, mais la présidence revient une nouvelle fois à l'UDF Pierre Niederberger.

La séquence de 1998 voit une nouvelle poussée des gaullistes, notamment à Saint-Dizier Ouest, dans une triangulaire périlleuse face au PS et au FN. La gauche n'est pas en reste, et progresse sur la plateau de Langres (Longeau-Percy) et dans le Nord (Vignory, Wassy). C'est un sans étiquette, Bruno Sido, qui succède à Pierre Niederberger, qui ne se représentait pas.

Les cantonales de 2001 s'achèvent sur un statu quo. La droite reprend Chaumont-Sud, mais perd Joinville, dans une quadrangulaire dont triomphe le divers gauche Gérard Heisert. A noter que le FN, qui avait fait preuve d'une certaine capacité de nuisance en 1998, est cette fois-ci absent de tous les seconds tour de cette séquence, davantage rurale il est vrai que la précédente.

L'extrême-droite fait d'ailleurs son retour en 2004, à Saint-Dizier Centre et Ouest, mais ne parvient pas à bouleverser les grands équilibres. Seul Arc-en-Barrois change de tête. Le maire sans étiquette de Dancevoir Michel Saulet souffle à l'UMP ce canton où Charles Fèvre ne se représentait pas.

Le scrutin de 2008 se caractérise par sa grande stabilité. Si la gauche perd Joinville, elle gagne Laferté-sur-Amance sur la droite.

L'échelon municipal est le seul où la gauche est parvenue à exister. Le scrutin de 1989 voit un léger décalage à droite. A Saint-Dizier, le déclin communiste profite aux socialistes. A Chaumont, le sénateur-maire centriste Georges Berchet est battu par l'homme d'affaires sans étiquette Cyril de Rouvre. Seule Langres, citadelle de gauche sur des terres de droite, reste fidèle à Guy Baillet.

Ce sera une nouvelle fois le cas en 1995, mais les deux plus grandes villes vont être le théâtre d'un chassé-croisé. A Saint-Dizier, la descente aux enfers de Guy Chanfrault continue. Comme aux législatives, il se retrouve quatrième... mais cette fois derrière le communiste Jean-Luc Bouzon. En additionnant leurs deux listes, plus celle du Vert Fabrice Wowak, la gauche obtient à peine plus que le FN. François Cornut-Gentille, de son côté, arrive largement en tête. Au second tour, il triomphe de la triangulaire à la majorité absolue. La gauche, qui ne fait pas le plein, certains suffrages semblant s'être portés sur la droite, devient la troisième force de la ville, derrière le FN. A Chaumont, ses déboires judiciaires ont plombé la candidature de Cyril de Rouvre, qui se retrouve troisième la liste de gauche de Jean-Claude Daniel et celle de droite de Marie-Claire Herber. Au second tour, les voix du maire sortant se reportent davantage sur M. Daniel.

Les municipales de 2001 se caractérisent par une grande stabilité dans ces deux villes. Jean-Claude Daniel, qui n'affrontait qu'une liste divers droite, est réélu, mais à moins de 500 voix près. A Saint-Dizier, le forfait de l'extrême-droite ouvre un boulevard à François Cornut-Gentille et la gauche gagne dix points mais perd deux sièges. En revanche, le paysage politique s'avère éclaté à Langres. La gauche totalise plus de 55 % des suffrages, mais c'est la liste dissidente de Christian Nolot qui arrive en tête, celle soutenue par Guy Baillet et menée par Marie-Odile Jacques étant troisième, derrière l'une des deux listes de droite. Celles-ci fusionnent au second tour, tandis que Mme Jacques se retire sans consigne. Christian Nolot l'emporte de 144 voix, grâce en partie de son image modérée, dans cette ville où subsiste un fond clérical.

Le scrutin de 2008 constitue, dès le premier tour, un coup de volant à droite, à rebours du contexte national. A Chaumont, le retrait de Jean-Claude Daniel coïncide avec l'entrée en scène de Luc Chatel, devenu entre-temps ministre de Nicolas Sarkozy. Il s'impose largement aux dépens l'adjoint au finances Lionel Blondelle. A noter les deux sièges obtenus par une liste sans étiquette. François Cornut-Gentille est une nouvelle fois reconduit, avec près des deux tiers des voix, à Saint-Dizier. Malgré les violences urbaines et la fermeture annoncée de l'usine Miko, qui ont émoussé l'image de la majorité gouvernementale, le député-maire a su conserver sa crédibilité. En revanche, la majorité de gauche, en place depuis 1971 à Langres, est battue sur le fil (158 voix) par l'UMP Didier Loiseau, qui voit sa troisième tentative récompensée.

Les rapports de force restant stables, la droite est reconduite sans problème lors des sénatoriales de 2001. Bruno Sido doit cependant attendre le second tour pour obtenir le siège que Georges Berchet avait repris au premier en 1992. Charles Guéné succède sans problème à Jacques Delong et le PS arrive loin derrière. Ses déconvenues à Saint-Dizier semblent lui avoir fait perdre une douzaine de suffrages, au bénéfice des communistes.

Sources: Le Monde


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 CHAUMONT

1988 Charles FEVRE (UDF)

1997 Jean-Claude DANIEL (soc.)

2002 Luc CHATEL (UMP)

2007 Sophie DELONG (UMP)

2 SAINT-DIZIER

1988 Guy CHANFRAULT (soc.)

1993 François CORNUT-GENTILLE (RPR)

 

Sénateurs

Charles GUENE (UMP); Bruno SIDO (UMP)

 

Conseil général de Haute-Marne

12 divers droite, 12 UMP, 2 divers gauche, 2 PCF, 2 PS, 1 MODEM, 1 PRG

président: Bruno SIDO (UMP)

 

Maires

SAINT-DIZIER: François CORNUT-GENTILLE (UMP)

CHAUMONT: Luc CHATEL (UMP)

LANGRES: Didier LOISEAU (UMP)

JOINVILLE: Bertrand OLLIVIER (divers gauche)

NOGENT: Anne-Marie NEDELEC (divers droite)

 

Sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(source: Le Monde, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, L'Elu d'aujourd'hui, ministère de l'Intérieur, Education nationale)

 

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