HAUTE-CORSE

Comme la Corse-du-Sud voisine, la Haute-Corse est dominée par des dynasties politiques. Ici, il s'agit des Giacobbi, qui ont donné au conseil général (de Corse, puis de Haute-Corse depuis 1975), la plupart de ses présidents depuis 1945, et des Zuccarelli, qui ont émergé plus récemment, et gèrent la préfecture, Bastia, depuis 1968. Ces deux familles adhèrent au radicalisme, qui s'est plus facilement implantée que dans le sud de l'île, davantage dominée dans le passé par les grands propriétaires fonciers.

Logiquement, les Zuccarelli ont la haute main sur la 1ere circonscription, abritant le cap Corse et le bassin de Bastia, et les Giacobbi la 2e circonscription. Cependant, la droite n'a jamais été absente du jeu politique et l'a même plutôt dominé dans les années 80 et 90.

Tandis que Jean Zuccarelli fait élire en 1988 son fils Emile, député depuis 1986, c'est le gaulliste Pierre Pasquini, parachuté des Alpes-Maritimes en 1978, qui est élu face à Paul Giacobbi. Il a bénéficié des voix des socialistes, relativement bien implantés dans le secteur, et des nationalistes. Deux forces opposées à la mainmise des Giacobbi.

Celles-ci provoquent même l'élimination du candidat MRG Antoine-Louis Luisi au premier tour de 1993. Pierre Pasquini se retrouve face au divers droite Paul Patriarche, avant de le battre de 722 voix, lors d'un second tour qui a vu les alliances se renverser, et le sortant bénéficier des reports radicaux. Les forces se distribuent autrement dans la 1ere. Emile Zuccarelli rassemble toute la gauche et les nationalistes face au président UDF du conseil exécutif Jean Baggioni, avec un écart à peine plus important que dans la 2e circonscription.

La vague bleue de 1993 n'a pas fait bouger les lignes, la vague rose de 1997 n'aura pas plus d'effets. Elle permet à Emile Zuccarelli une réélection plus confortable qu'en 1993, notamment grâce aux voix des communistes, assez proches des thèses du maire de Bastia sur le statut de l'île, et à la faiblesse du candidat RPR Jean-Louis Albertini, dont l'investiture a été contestée à droite. Les cartes sont redistribuées dans la 2e, au profit de Paul Patriarche. Il bat assez facilement Paul Giacobbi, qui avait pourtant réussi à unir la gauche autour de lui. Mais, à l'instar des nationalistes, elle est trop affaiblie pour peser. Arrivé troisième, Pierre Pasquini doit se retirer au second tour.

Les législatives de 2002 voient le retour des Giacobbi, après leur victoire aux cantonales de 1998. Ragaillardie, la gauche est cette fois en mesure de battre la droite dans la 2e, au détriment de Paul Patriarche. Mais les Giacobbi essuient un échec face à un autre radical. Leur candidat, le maire de Furiani François Vendasi, ne parvient pas à déboulonner Emile Zuccarelli, opposé au processus de Matignon, prévoyant entre autres la création d'une collectivité unique. Une nouvelle fois divisée, la droite est absente du second tour.

Le scrutin de 2007 se caractérise par un retour à la situation d'avant 2002 à fronts renversés. Alors que Paul Giacobbi est reconduit dans la 2e circonscription, Emile Zuccarelli, devenu l'homme à abattre pour les nationalistes. Il est distancé au premier tour par le maire UMP de Biguglia, Sauveur Gandolfi-Scheit, qui le bat assez largement au second tour.

Le conseil général de Haute-Corse est l'un des derniers a être géré par les radicaux de gauche, qui en occupent la présidence depuis sa création, en 1975. Mais, de plus en plus contestés, les Giacobbi l'ont perdue en 1992, au profit de l'étoile montante de la droite, Paul Natali.

Les cantonales de 1994 voient l'opposition de gauche progresser de deux sièges, lors d'une série qui connaît un fort renouvellement des élus: Bastia IV, VI, Bustanico, Calvi, Ghisoni et San-Martino-di-Lota.

La gauche reprend le conseil général en 1998. Comme souvent en Corse, ce basculement est autant du à une progression électorale qu'à des renversements d'alliances. Si le RPR perd Bastia I et Campoloro-di-Moriani au profit du PCF et du PS, le PRG se fait souffler Capobianco par un sans étiquette. Mais celui-ci, Dominique Cervoni, maire de Luvi, s'abstient à l'élection de président de l'assemblée départementale. Contesté jusque dans son propre camp, Paul Natali est lâché par les conseillers les plus libéraux, ce qui permet l'élection de Paul Giacobbi.

La majorité de gauche se renforce en 2001. Le RPR perd Bastia V au profit du PRG et Orezza-Alesani, pris par le maire divers droite du chef-lieu, Luc-Antoine Marsily, rallié à Paul Giacobbi. Celui-ci doit d'un autre côté faire face à la fronde des Zuccarelli dans le secteur de Bastia.

Ces derniers perdent d'ailleurs un allié en 2004. Ange Rovère, l'unique conseiller communiste, est distancé par le PRG et la droite à Bastia I. C'est finalement le divers droite Jean-Louis Milani qui est élu dans ce seul canton bastiais échappant encore au PRG. Une perte que la majorité compense en gagnant Belgodère sur la droite.

Le scrutin de 2008 voit une poussée de la majorité de gauche. Si elle perd Calenzana, elle se renforce dans le Sud et l'Est: Bustanico, Ghisoni, Orezza-Alezani.

A l'échelon municipal, les Zuccarelli peuvent toujours s'appuyer sur leur fief de Bastia. Maire depuis 1989, Emile est réélu dès le premier tour en 1995, face à une droite peinant à rassembler plus d'un tiers des suffrages. Cependant, en 2001, il doit faire face à un ballottage. Avec 38,66 % des voix, il est contesté sur sa gauche par Pierre Chiarelli, un divers gauche peu connu, et sur sa droite par le RPR Jean-Louis Albertini, son concurrent malheureux aux législatives. La présence de l'étoile montante nationaliste, Jean-Guy Talamoni (11,18 % au premier tour) ajoute à la confusion. Le maire tire son épingle du jeu au second tour, tandis que Corsica Nazione obtient trois sièges. 

Après sa défaite aux législatives de 2007, la droite et les nationalistes attendent Emile Zuccarelli au tournant aux municipales de l'année suivante. Mais le maire démontre une nouvelle fois sa bonne implantation en frôlant la réélection au premier tour. La vraie surprise provient de la galaxie nationaliste, où la liste menée Gilles Simeoni, fils du leader historique Edmond Simeoni, prend l'ascendant avec 15,91 %, tandis que Jean-Guy Talamoni est éliminé, n'ayant obtenu que 6,21 %. Quant aux opposant "classiques", Pierre Chiarelli et Jean-Louis Albertini, ils ne brillent guère, avec respectivement 12,82 et 11,57 %. Ils s'effondrent d'ailleurs au second tour, remporté par Emile Zuccarelli, alors que Gilles Simeoni, en obtenant cinq sièges, se pose en nouvelle tête d'affiche de l'opposition municipale.

Les Giacobbi ont perdu en 1998 le siège de sénateur qu'ils occupaient traditionnellement, au profit de Paul Natali, ce qui permet sa remise en selle après la perte du conseil général. Un triomphe qui ne durera pas le temps d'un mandat. Rattrapé par ses "affaires", Paul Natali doit démissionner en 2005, ouvrant la voix à l'élection du radical François Vendasi. Ce dernier est largement réélu au premier tour en 2008.

 

Sources: Le Monde, 577 députés à élire, Histoire de France des régions, Sénat, ministère de l'Intérieur


Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

 

Chronologie des députés

1 BASTIA

1988 Emile ZUCCARELLI (app. soc.)

1992 Roger FRANZONI (app. soc.)

1993 Emile ZUCCARELLI (app. soc.)

1997 Roger FRANZONI (Rad., Cit, et V.)

2002 Emile ZUCCARELLI (non inscrit)

2007 Sauveur GANDOLFI-SCHEIT (UMP)

2 CORTE, CALVI

1988 Pierre PASQUINI (RPR)

1995 Jean-Claude BONACCORSI (RPR)

1997 Paul PATRIARCHE (DL)

2002 Paul GIACOBBI (app. soc.)

 

Sénateurs

François VENDASI (Ras. dém. et soc. euro.)

 

Conseil général de Haute-Corse

8 divers gauche, 8 PRG, 5 divers droite, 4 PS, 4 UMP, 1 MODEM

président: Paul GIACOBBI (PRG)

 

Maires

BASTIA: Emile ZUCCARELLI (PRG)

CORTE: Antoine SINDALI (divers droite)

CALVI: Ange SANTINI (UMP)

BIGUGLIA: Sauveur GANDOLFI-SCHEIT (UMP)

BORGO: Anne-Marie NATALI (divers droite)

FURIANI: François VENDASI (PRG)

LUCCIANA: Joseph GALLETTI (divers droite)

 

sources: Le Monde, Ministère de l'Intérieur

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, Ministère de l'Intérieur, conseil général de Haute-Corse)

 


Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, Ministère de l'Intérieur, Education nationale, Parti radical de gauche)

 

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