GUADELOUPE

La Guadeloupe peut, globalement, être divisée en deux zones d'influence géopolitique. A l'ouest, l'île de Basse-Terre, fief de la "Dame de Fer" Lucette Michaux-Chevry, a longtemps été dominée par une droite en pleine expansion dans les années 1960. A l'est, la Grande-Terre abrite encore quelques fiefs du Parti communiste guadeloupéen (PCG), incarné entre autres par des figures telles qu'Henri Bangou et Ernest Moutoussamy.

Un équilibre mis à mal par l'émergence, dans les années 1980, d'une gauche morcelée, issue notamment du mouvement syndical. C'est durant cette période que débute l'ascension au pouvoir de Lucette Michaux-Chevry, avant sa chute, au tournant du XXIe siècle.

Trois grandes forces se partagent le département lors des législatives de 1988. Le PS, avec le maire des Abymes, la ville la plus peuplée, Frédéric Jalton, s'adjuge la 1ere circonscription, ainsi que la 3e, qui recouvre la majorité de la Basse-Terre, avec le président du conseil général Dominique Larifla. Les communistes, qui dominent le secteur depuis 1981, sont reconduits dans la 2e circonscription. De son côté, Lucette Michaux-Chevry est élue dans la 4e circonscription, qui recouvre la côte sud-ouest de la Basse-Terre.

La vague bleue reste limitée, en 1993, à la Basse-Terre, malgré le basculement à droite de la région en 1992. Lucette Michaux-Chevry repasse avec près de 80 % au premier tour. Dans la 3e, le maire divers droite de Baie-Mahault Edouard Chammougon, souffle de peu (273 voix) le siège de Dominique Larifla, à qui la gauche reprochait une certaine proximité avec Mme Michaux-Chevry. Dans la 2e Ernest Moutoussamy, rallié au PPDG, manque de subir la même mésaventure face à la candidate du PCG Mona Cadoce, mais il est sauvé par sa bonne implantation locale. Dans la 1ere circonscription, où la droite plafonne à 15 %, Frédéric Jalton est triomphalement réélu face au conseiller régional PPDG Jean Girard.

En 1997, la vague rose a encore moins d'effet, puisque la 3e circonscription est repassée à gauche lors d'une partielle, en 1995, après la chute du très contesté Edouard Chammougon. Léo Andy, député socialiste sortant, a facilement raison de Joël Beaugendre, maire divers droite de Capesterre-Belle-Eau, qui ne bénéficie pas du report de toutes les voix qui s'étaeint portés au premier tour sur Marcelle Chammougon. Dans la 1ere, le nouveau maire des Abymes Daniel Marsin gagne le duel qui l'opposait à son homologue de Pointe-à-Pitre Henri Bangou. Ernest Moutoussamy retrouve facilement son siège, de même que Philippe Chaulet, suppléant de Lucette Michaux-Chevry, au second tour.

Les législatives de 2002 ouvrent en revanche une période de chamboulements politiques. Tous les sortants sont battus. Dans la 1ere, Daniel Marsin est détrôné de justesse (174 voix) par le conseiller régional divers droite Eric Jalton. Dans la 2e, Ernest Moutoussamy chute face à la maire RPR du Moule Gabrielle Louis-Carabin. La droite remet également la main sur la 3e, où le maire divers droite de Capesterre-Belle-Eau Joël Beaugendre bat Léo Andy. En revanche, elle perd son fief de la 4e. Philippe Chaulet est distancé par le PS Victorin Lurel, qu'il avait écrasé cinq ans plus tôt.

Le scrutin de 2007 dessine un début de recomposition, trois ans après la chute de Lucette Michaux-Chevry au conseil régional. Triomphante lors de la dernière législature, la droite ne survit plus que dans l'est de la Grande-Terre, dans la 2e circonscription, où Gabrielle Louis-Carabin repousse la tentative de reconquête d'Ernest Moutoussamy. De son côté, Eric Jalton, rallié au PS, écrase l'UMP Josette Jerpan. Même chose pour la maire divers gauche de Deshaie Jeanny Marc avec Joël Beaugendre. Dans la 4e, Victorin Lurel, renforcé par la prise du conseil régional, a raison du maire UMP de Trois-Rivières Albert Dorville.

Douze ans durant, le conseil régional a été marqué par le présidence de Lucette Michaux-Chevry. L'accession de cette ancienne avocate, autrefois proche de la gauche, au fauteuil présidentiel, en 1992, était davantage due aux déchirements d'une gauche aux divisions endémiques qu'à une vague bleue.

En 1986, la droite, alors en plein déclin, n'obtenait que 19 sièges sur 41, laissant la présidence au socialiste Félix Proto. En 1992, pas moins de 14 listes sont alignées, dont trois de droite et six de gauche, avec entre autres les frères ennemis socialistes Frédéric Jalton et Dominique Larifla, les indépendantistes de l'UPLG, le PCG et les anciens communistes du PPDG. Ce qui n'empêche pas la gauche de grappiller quatre sièges supplémentaires face à Lucette Michaux-Chevry. Mais, face aux exigences de la fédération locale du PS dans les négociations pour l'élection du président, Dominique Larifla et ses amis choisissent de voter pour l'ancienne secrétaire d'Etat de Jacques Chirac, tandis que l'UPLG et le PCG présentent un candidat aux trois tours de scrutin, la faisant élire par 21 voix sur 41.

Jouant de ses puissants réseaux et de la machine de guerre chiraquienne, le "seul homme politique de la Guadeloupe" tient le choc contre la vague rose de 1998. Au contraire, la droite à elle seule obtient 25 sièges. 

Mais c'est une autre consultation, à la fin de ce mandat, qui va sonner le glas du système Michaux-Chevry. Le 9 décembre 2003 a lieu, en Guadeloupe et en Martinique, le referendum sur la collectivité unique. Comme la plupart des élus, la présidente du conseil régional fait campagne pour la fusion entre la Région et le Département. Mais, contre toute attente, le non obtient une majorité écrasante (72,98 %). Lucette Michaux-Chevry est écrasée presque partout, y compris dans sa commune de Basse-Terre (26,91 % de oui).

Face à elle s'était dressé, durant cette consultation, le député socialiste Victorin Lurel, animateur d'un "front républicain pour le non" et surtout contre le risque d'un "Gaston Flosse en jupons", en référence au très contesté potentat polynésien. Lucette Michaux-Chevry le retrouve sur sa route lors des régionales de 2004. Celles-ci resteront comme une réplique au séisme politique de 2003. A la tête d'une liste PS-PPDG-GUSR-divers gauche, Victorin Lurel distance l'UMP de près de 29 000 voix, et enlève 29 sièges.

L'hégémonie de la gauche est sans appel au conseil général. Depuis 1992, la droite a perdu dix sièges. Les cantonales de 1994 sont marquées par les défaites de plusieurs ténors, comme Félix Proto, aux Abymes IV, ou Philippe Chaulet, à Bouillante. Elles voient également l'émergence de nouvelles têtes: Daniel Marsin (Les Abymes IV), Jacques Gillot (Le Gosier I), Patrice Tirolien (Grand-Bourg - Marie-Galante), Victorin Lurel (Vieux-Habitants - Baillif)...

A contre-courant du contexte national, la droite s'en sort en 1998 avec un solde positif de deux cantons. Les chassés-croisés sont nombreux, de gauche à droite (Capesterre-Belle-Eau I, Goyave, Le Moule II, Trois-Rivières), et de droite à gauche, notamment à Saint-Martin I, où l'homme fort de l'île franco-néerlandaise, le RPR Louis-Constant Fleming, est battu de 25 voix par le divers gauche Louis Mussington.

Deux ans avant le referendum de 2003, la ligne de clivage s'est déplacée lors des cantonales de 2001. Lors de ce scrutin, elle divise les orientationnistes, fidèles à la loi d'orientation sur l'Outre-Mer, et les déclarationnistes, derrière Lucette Michaux-Chevry, signataire de la déclaration de Basse-Terre pour l'autonomie. La première victime de cette recomposition est le président du conseil général, le PPDG Marcellin Lubeth, battu dès le premier tour à Sainte-Anne I par la RPR Marlène Captant. Au final, les orientationnistes obtiennent 22 sièges sur 21 et l'ancien communiste Jacques Gillot est élu président.

Dans la foulée des régionales, la gauche bouscule la droite en 2004, lui prenant pas moins de onze sièges! Après leur fronde de 2003, les électeurs semblent avoir voulu sanctionner la plupart des sortants. Sur 22 cantons à renouveler, seuls cinq conseillers sont réélus.

La séquence de 2008 est également très difficile pour la droite, en particulier l'UMP, qui perd les deux sièges de Sainte-Anne, ainsi que Bouillante. Les divers droite doivent s'incliner aux Saintes face au PS. S'ils tiennent bon à Basse-Terre et restent le groupe de droite le plus important du conseil général, l'UMP ne conserve plus que le canton de Saint-François. Une défaite accentuée par le départ du département des fiefs de droite Saint-Barthélémy et Saint-Martin, érigés quelques mois auparavant en collectivités distinctes.

La gauche domine également l'échelon municipal depuis 1989. Elle détient notamment Les Abymes, la plus peuplée du département. En 1995, le second tour s'est d'ailleurs joué 100 % à gauche, le RPR plafonnant à 6,24 %. La surprise de ce scrutin fut la défaite de Frédéric Jalton, maire socialiste depuis 1967, face au dissident René-Serge Nabajoth. Décédé quelques mois plus tard, il est remplacé par Daniel Marsin. Un scénario qui se reproduit en 2001. Sous l'étiquette GUSR, Daniel Marsin a raison d'Eric Jalton, alors que la droite est une nouvelle fois absente du second tour. Eric Jalton prend sa revanche en 2008, battant assez nettement un Daniel Marsin rallié à la droite, une décision peu appréciée dans ce fief de gauche.

Dans la même agglomération, Pointe-à-Pitre est solidement tenue depuis 1965 par le communiste Henri Bangou. En 1995, il est réélu au premier tour avec 69,94 % des voix. En 2001, deux fortes personnalités tentent de le déloger: le très contesté leader local d'extrême-droite Ibo Simon, connu pour ses diatribes contre les immigrés haïtiens, et l'ancien président du conseil régional Félix Proto. Le maire résiste plutôt bien, puisqu'il obtient au premier tour 46,56 %. Alors qu'il pointait à 6,23 % en 1995, Ibo Simon séduit cette fois 17,34 % des électeurs. Félix Proto, lui, passe à peine la barre des 10 %. Un score qu'il double au second tour, une courte tête derrière Ibo Simon qui semble avoir ratissé une partie des voix de droite du premier tour. Avec 55,11 %, Henri Bangou remporte largement cette triangulaire.

En 2008, son fils Jacques doit cette fois faire face à l'ex-PPDG Georges Brédent, qui a fusionné au second tour avec la droite et des socialistes dissidents. Les Verts, avec 18,27 % au premier tour, se maintiennent, provoquant une triangulaire à hauts risques. Jacques Bangou réussit la succession paternelle de justesse, avec 239 voix d'avance, tandis que les écologistes, ayant apparemment su capter l'électorat protestataire d'Ibo Simon, absent de cette élection, obtiennent quatre sièges.

La préfecture Basse-Terre fut aussi longtemps un fief communiste avant d'être remportée au premier tour, en 1995, par Lucette Michaux-Chevry. Un résultat qu'elle obtient également en 2001, gagnant au passage plus de huit points et 350 suffrages. Mieux, en 2008, à 79 ans, elle démontre sa formidable popularité locale. Se présentant contre Guy Georges, le maire qu'elle a mis en place en cours de mandat, elle le devance de plus de vingt points au premier tour, avant de l'écraser au second, les indépendantistes ayant gêné le sortant en se maintenant.

Les sénatoriales de 2004 ont permis à Lucette Michaux-Chevry de rebondir, quelques mois après sa chute au conseil régional. Non seulement elle est réélue au premier tour, mais elle favorise l'élection de Jacques Gillot et Daniel Marsin, au détriment notamment du sortant Dominique Larifla.

Sources: Le Monde, 577 députés à élire, Géopolitique des régions françaises


Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 LES ABYMES, POINTE-A-PITRE

1988 Frédéric JALTON (soc.)

1996 Patrice TIROLIEN (soc.)

1997 Daniel MARSIN (soc.)

2002 Eric JALTON (non inscrit)

2 LE GOSIER, SAINT-FRANCOIS

1988 Ernest MOUTOUSSAMY (com.)

2002 Gabrielle LOUIS-CARABIN (UMP)

3 CAPESTERRE-BELLE-EAU, POINTE-NOIRE

1988 Dominique LARIFLA (soc.)

1993 Edouard CHAMMOUGON (Rép. et Lib.)

1995 Léo ANDY (soc.)

2002 Joël BEAUGENDRE (UMP)

2007 Jeanny MARC (app. soc., rad. et cit.)

4 BASSE-TERRE, TROIS-RIVIERES

1988 Lucette MICHAUX-CHEVRY (RPR)

1993 Philippe CHAULET (RPR)

2002 Victorin LUREL (soc.)

 

Sénateurs

Jacques GILLOT (app. soc.); Daniel MARSIN (Ras. dém. et soc. euro.); Lucette MICHAUX-CHEVRY (UMP)

 

Conseil général de Guadeloupe

23 divers gauche, 9 PS, 5 divers droite, 2 PCF, 1 UMP

président: Jacques GILLOT (divers gauche)

 

Maires

LES ABYMES: Eric JALTON (divers gauche)

LE GOSIER: Jean-Pierre DUPONT (divers gauche)

BAIE-MAHAULT: Ary CHALUS (divers gauche)

POINTE-A-PITRE: Jacques BANGOU (divers gauche)

LE MOULE: Gabrielle LOUIS-CARABIN (UMP)

PETIT-BOURG: Guy LOSBAR (divers gauche)

SAINTE-ANNE: Blaise ALDO (UMP)

CAPESTERRE-BELLE-EAU: Joël BEAUGENDRE (UMP)

SAINTE-ROSE: Richard YACOU (divers droite)

MORNE-A-L'EAU: Jean-Claude LOMBION (PCF)

LAMENTIN: José TORIBIO (PS)

BASSE-TERRE: Lucette MICHAUX-CHEVRY (UMP)

SAINT-FRANCOIS: Laurent BERNIER (UMP)

SAINT-CLAUDE: Elie CALIFER (divers gauche)

TROIS-RIVIERES: Albert DORVILLE (UMP)

PETIT-CANAL: Florent MITEL (divers gauche)

POINTE-NOIRE: Félix DESPLAN (PS)

GOURBEYRE: Luc ADEMAR (divers droite)

VIEUX-HABITANTS: Georges CLAIRY (PS)

BOUILLANTE: Jean-Claude MALO (divers gauche)

GRAND-BOURG: Patrice TIROLIEN (PS)

BAILLIF: Marie-Lucile BRESLAU (divers droite)

PORT-LOUIS: Jean BARFLEUR (divers gauche)

GOYAVE: Ferdy LOUISY (PS)

ANSE-BERTRAND: Alfred-Ferdinand DONA-ERIE (divers gauche)

DESHAIES: Jeanny MARC (divers gauche)

CAPESTERRE-DE-MARIE-GALANTE: Marlène BOURGEOIS (PS)

 

Sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur)


Carte 3: communes

(sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur)


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