DOUBS

(dernière mise à jour le 20 novembre 2009)

Des campagnes catholiques ayant longtemps encerclé des villes radicales, puis socialistes, des hauts-plateaux conservateurs au sud et une vallée davantage imprégnée par les idées de gauche au nord. Le Doubs cultive des clivages somme toute assez classiques. Il est de même soumis, depuis quelques années, aux changements électoraux, dus entre autres à la péri-urbanisation. Cette dernière n'a pas été étrangère au basculement à gauche en 2004 d'un conseil général détenu par la droite depuis 1913.

Le découpage législatif de 1986 n'a pas nui à la gauche qui détenait en 1988 trois circonscriptions sur cinq. La 1ere est tenue par le maire socialiste de Besançon Robert Schwint, la 3e par celui de Montbéliard Guy Bêche et la 4e, centrée sur la conurbation industrielle formée autour de Sochaux, élit l'ancienne ministre de l'Environnement Huguette Bouchardeau. Venue du PSU, elle symbolise aussi le déclin du communisme, qui a touché ce secteur dès les années 80, gonflant, localement, les rangs de petits partis alternatifs comme l'ADS ou l'AREV. Ces derniers ont su aussi faire appel aux mânes de l'utopie, puis de l'autogestion, qui marquent le département depuis trois siècles. La 2e circonscription porte à sa tête le centriste Michel Jacquemin. Quant à la 5e, c'est le fief incontesté du RPR Roland Vuillaume, l'un des héritiers politiques d'Edgar Faure.

Roland Vuillaume, l'homme du Haut-Doubs, est d'ailleurs réélu au premier tour lors de la vague bleue de 1993. Michel Jacquemin est reconduit sans trop de problèmes face à l'adjoint au maire de Besançon Jean-Louis Fousseret. Si Besançon vote de justesse en faveur de son maire, Robert Schwint, la 1ere circonscription, qui abrite des campagnes conservatrices, bascule à droite. Mais les victoires les plus symboliques pour la droite surviennent dans les 3e et 4e circonscriptions, où elle a l'intelligence de présenter des cadres de chez Peugeot. A Montbéliard, Guy Bêche, qui a perdu sa mairie en 1989, ne résiste pas à l'assaut conduit par Monique Rousseau. A Audincourt, le départ d'Huguette Bouchardeau laisse le champ libre au RPR Jean Geney, qui a facilement raison du jeune socialiste Pierre Moscovici.

Ce dernier obtient en 1997 une victoire aussi éclatante contre son tombeur de 1993. Le fruit d'un important travail de terrain dans un secteur a priori peu sensible au social-libéralisme de ce proche de Lionel Jospin. Ailleurs, le coup de balancier est presque aussi violent qu'en 1993. Jean-Louis Fousseret réussi à se faire élire, cette fois-ci dans l'ancienne circonscription de Robert Schwint, réputée plus facile pour la gauche. Mais la droite chute aussi dans la 2e, où Paulette Guinchard-Kunstler parvient à déloger Michel Jacquemin après un premier tour très serrée. A Montbéliard, malgré sa bonne progression depuis dix ans, le RPR est doublé par le socialiste Joseph Parrenin. La faute en partie au FN, qui a appelé à faire battre Monique Rousseau. Ayant obtenu entre 14 et 18 % lors de ces législatives, l'extrême-droite se reporte d'ailleurs assez mal sur la droite. Seul Roland Vuillaume échappe à cette vague rose, avec plus de 57 % au second tour.

Les législatives de 2002 s'achèvent sur un renversement de fronts. La gauche ne sauve que la 2e circonscription, où Paulette Guinchard-Kunstler a bénéficié de sa bonne image et de son passage au gouvernement. A contrario, Pierre Moscovici, nommé dès 1997 ministre délégué aux Affaires européennes, et qui n'a donc jamais siégé à l'Assemblée, paye son éloignement du terrain. Il est coiffé au poteau de 162 voix par la maire divers droite de Seloncourt Irène Tharin. Malgré son élection à la mairie de Besançon en 2001, qui avait il est vrai suivi quelques tiraillements au PS suite à l'exclusion de Robert Schwint, Jean-Louis Fousseret doit s'incliner face au président RPR du conseil général Claude Girard. Montbéliard retrouve son label d'agglomération ouvrière de droite et Jean-Marie Binétruy réussit sans accroc la succession de Roland Vuillaume.

Le chassé-croisé de 2007 cache un double échec du PS. Si Pierre Moscovici réussit à battre de 750 suffrages Irène Tharin, bénéficiant sans doute d'un effet "TVA sociale" très sensible dans ce secteur populaire, la gauche ne parvient pas à sauver le siège de Paulette Guinchard, qui ne se représentait pas. Elle chute également face à Françoise Branget dans la 1ere. La suppléante de Claude Girard, décédé en 2004, et qui ne bénéficiait pas de l'aura de son prédécesseur, parvient cependant à s'imposer de 126 voix devant la secrétaire nationale du PS Barbara Romagnan. A Montbéliard, Marcel Bonnot est reconduit sans souci, et la droite renoue avec les premiers tours victorieux à Pontarlier.

La carte cantonale du Doubs est assez fortement clivée. Le PS ne s'impose que dans les zones urbaines et dans la vallée du Doubs. La droite, elle, domine encore largement les cantons les plus ruraux et le Haut-Doubs, ne laissant que quelques miettes à des sans étiquette, de droite comme de gauche.

Héritier des radicaux tendance Edgar Faure, le RPR, puis l'UMP, tenait le conseil général jusqu'en 2004, année de la disparition brutale de Claude Girard, qui a plongé, durant quelques mois, la droite dans le désarroi.

En 1992, elle tenait 25 cantons sur 35. Une domination légèrement entamée lors des cantonales de 1994, qui a vu notamment, dans l'est du département, l'émergence d'une nouvelle génération d'élus socialistes: Joseph Parrenin (Maîche), Joseph Tyrode (Valentigney) et surtout Pierre Moscovici (Sochaux - Grand-Charmont). Le PS gagne trois cantons mais doit céder L'Isle-sur-le-Doubs à la majorité.

Les cantonales de 1998 se déroulent dans un contexte de tension entre la droite et l'extrême-droite, due au refus du président du conseil régional Jean-François Humbert de s'allier au FN. Résultat: quatre triangulaires font chuter la majorité à Besançon Nord-Ouest, Ouest, et Montbéliard Est et Ouest. Partout ailleurs, sauf à Ornans où elle échoue au premier tour, la gauche se maintient bien, notamment grâce aux mauvais reports du FN sur la droite.

L'opposition progresse encore en 2001, en enlevant Besançon-Sud et l'Isle-sur-le-Doubs. Cette séquence voit surtout l'élection de quatre femmes, dans une assemblée jusque-là exclusivement masculine. A la veille des cantonales de 2004, la majorité ne tient qu'à deux sièges, mais l'opposition semble avoir atteint un plafond, puisqu'elle détient tous les cantons où elle est sociologiquement majoritaire. Deux facteurs vont rompre cet équilibre. D'abord le FN, qui reste vigoureux dans les zones ouvrières. En se maintenant au second tour, comme en 1998, il empêche la droite de reconquérir les deux cantons de Montbéliard, et fait tomber l'ancien fief de Jean Geney, Etupes, aux mains du PS. Un scénario qui se produit aussi, fait plus surprenant, à Pontarlier. La montée de l'extrême-droite dans les campagnes, et l'équilibre traditionnel droite-gauche dans la capitale du Haut-Doubs, a fait tomber ce bastion des hauts-plateaux. Ensuite, la droite a abordé le second tour avec le moral en berne. Trois jours auparavant décédait Claude Girard, président du conseil général depuis 1999, très respecté aussi bien à droite qu'à gauche. A ceci n'a sans doute pas été étranger la perte du fief de l'ancien président RPR, Georges Gruillot, Vercel-Villedieu-le-Camp.

Disposant de 18 sièges sur 35, la gauche se renforce quelques semaines plus tard par le gain d'Audeux, ancien canton de Claude Girard. Elle progresse encore lors des cantonales de 2008. Un scrutin qui voit la droite disparaître de l'agglomération bisontine, avec la perte du canton Est par l'UMP au profit des Verts.

L'échelon municipal s'avère un peu plus stable. La préfecture Besançon est aux mains des socialistes depuis 1953. Elu en 1977, Robert Schwint a cependant achevé son quatrième mandat en rupture avec le PS, et ne s'est pas représenté en 2001. A la tête de la liste PS, le député Jean-Louis Fousseret obtient au premier tour 31,71 %, là où Robert Schwint faisait plus de 45 % en 1995. La faute à l'émiettement, avec neuf listes, dont deux de droite, deux d'extrême-droite, plus LO et le Parti fédéraliste, mais également à l'excellent score des Verts, qui, avec 16,05 %, deviennent la troisième force de cette commune toujours aussi marquée par les idées alternatives. La fusion PS-Verts au second tour permet de battre largement la droite. Avec 10 conseillers, les Verts quintuplent leur représentation au conseil municipal. En 2008, Jean-Louis Fousseret est réélu dès le premier tour, face à une droite dépassant à peine le tiers des voix. A noter les 7,86 % de l'extrême-gauche, éclatée sur trois listes (PT, LO et LCR), ce qui lui barre les portes de l'hôtel de ville.

La plus grosse surprise de ces vingt dernières années s'est produite lors des municipales de 1989, avec le basculement à droite du bastion socialiste et ouvrier de Montbéliard. Une ville que le sénateur RPR Louis Souvet est parvenu par deux fois à sauver des ambitions de Pierre Moscovici. En 1995, il est réélu au premier tour, tandis que son challenger PS dépasse à peine les 35 %, et que LO parvient à sauver son siège. L'extrême-gauche disparaît en 2001, alors que l'extrême-droite fait son apparition avec une liste MNR pouvant se maintenir au second tour. Mais Pierre Moscovici n'en profite nullement. Avec 49,42 %, Louis Souvet peut envisager sereinement le second tour, qu'il remporte avec des écarts comparables à ceux de 1995. Mais Louis Souvet mène son combat de trop en 2008. Alors qu'il devait passer la main, il se représente, arrivant en tête au premier tour mais talonné d'un peu plus de 500 voix par le socialiste Jacques Hélias. Avec un peu plus de 10 % des suffrages, les deux listes dissidentes de droite de Philippe Duvernoy et de gauche de l'ancien député Guy Bêche peuvent se maintenir, ce qu'elles font au second tour, remporté finalement par le PS. Cependant, l'écart global entre droite et gauche est très faible: seulement six bulletins.

Les autres villes du Doubs ont peu dévié de leur trajectoire depuis la Libération. Pontarlier a zappé jusqu'en 1995. Edgar Faure lui-même en a fait les frais en 1977. Elu en 1999, le divers droite Patrick Genre brise cependant cette malédiction en reportant très largement les premiers tours de 2001 et 2008. Quant à Audincourt et Valentigney, elles sont gouvernées depuis des lustres par différentes sensibilités de gauche.

L'importante progression de la gauche depuis 1998 et la division de la droite provoquent un véritable séisme lors des sénatoriales de 2008. Détenant jusque-là les trois sièges, la droite est réduite à la portion congrue. Seul sortant à se représenter, l'UMP Jean-François Humbert, affaibli par la dissidence de Christine Bouquin, présidente des maires du Doubs, manque de peu de perdre son siège au second tour. La gauche en profite pour faire élire le président du conseil général Claude Jeannerot et le maire d'Audincourt Martial Bourquin.

 

Sources: Le Monde, Géopolitique des régions françaises, 577 députés à élire, L'Est républicain


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 BESANCON-OUEST

1988 Robert SCHWINT (soc.)

1993 Claude GIRARD (RPR)

1997 Jean-Louis FOUSSERET (soc.)

2002 Claude GIRARD (UMP)

2004 Françoise BRANGET (UMP)

2 BESANCON-EST

1988 Michel JACQUEMIN (Un. du C.)

1997 Paulette GUINCHARD-KUNSTLER (soc.)

2001 Michel BOURGEOIS (soc.)

2002 Paulette GUINCHARD-KUNSTLER (soc.)

2007 Jacques GROSPERRIN (UMP)

3 MONTBELIARD

1988 Guy BÊCHE (soc.)

1993 Monique ROUSSEAU (RPR)

1997 Joseph PARRENIN (soc.)

2002 Marcel BONNOT (UMP)

4 AUDINCOURT

1988 Huguette BOUCHARDEAU (app. soc.)

1993 Jean GENEY (RPR)

1997 Joseph TYRODE (soc.)

2002 Irène THARIN (UMP)

2007 Pierre MOSCOVICI (soc., rad. et cit.)

5 PONTARLIER

1988 Roland VUILLAUME (RPR)

2002 Jean-Marie BINETRUY (UMP)

 

Sénateurs

Martial BOURQUIN (soc.); Jean-François HUMBERT (UMP); Claude JEANNEROT (soc.)

 

Conseil général du Doubs

16 PS, 12 UMP, 3 divers droite, 3 divers gauche, 1 Vert

président: Claude JEANNEROT (PS)

 

Maires

BESANCON: Jean-Louis FOUSSERET (PS)

MONTBELIARD: Jacques HELIAS (PS)

PONTARLIER: Patrick GENRE (divers droite)

AUDINCOURT: Martial BOURQUIN (PS)

VALENTIGNEY: Daniel PETITJEAN (PS)

BETHONCOURT: Thierry BODIN (PS)

MORTEAU: Annie GENEVARD (UMP)

SELONCOURT: Irène THARIN (UMP)

BAUME-LES-DAMES: Jean-Augustin GUILLOT (PS)

MANDEURE: Joseph TYRODE (PS)

GRAND-CHARMONT: Denis SOMMER (PS)

PONT-DE-ROIDE: Denis ARNOUX (PS)

SOCHAUX: Albert MATOCQ-GRABOT (divers gauche)

SAINT-VIT: Pascal ROUTHIER (UMP)

VILLERS-LE-LAC: Jean-Alix BOURGEOIS (divers droite)

ORNANS: Jean-François LONGEOT (divers droite)

VALDAHON: Léon BESSOT (divers gauche)

MAÎCHE: Joseph PARRENIN (PS)

BAVANS: Gérard AUDOUZE (divers droite)

HERIMONCOURT: Alain AUBERT (PS)

ETUPES: Jean GENEY (UMP)

 

Sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, L'Elu d'aujourd'hui, ministère de l'Intérieur, Education nationale, Christophe Broquet, Parti radical de gauche)

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