|
HAUTE-SAÔNE (dernière mise à jour le 15 mai 2009) |
||||
|
Franc-comtois mais tourné vers les Vosges, le petit département de la Haute-Saône, de tradition radicale, a été pénétré assez tardivement par le PS. Il abrite quelques solides bastions de droite, notamment dans la haute vallée du Doubs ("Petite Vendée"), et son voisinage avec la Lorraine a favorisé les gaullistes. Ce qui fait qu'aujourd'hui la plupart de ses hommes politiques de droite sont encartés à l'UMP. De l'autre côté de l'échiquier, la persistance d'un radicalisme peu porté à droite, contrairement à ceux du Doubs et du Jura voisins, se traduit par un fort nombre d'élus divers gauche. L'influence des chevènementistes, sur le flanc est frontalier du Territoire-de-Belfort, a aussi beaucoup pesé. Fort logiquement, c'est l'un d'eux, Jean-Pierre Michel, maire socialiste d'Héricourt et député depuis 1981, qui est élu dès le premier tour dans la 2e circonscription en 1988. Formée autour de la sous-préfecture de Lure, c'est la plus urbanisée et la plus sujette aux changements sociologiques en cours dans les agglomérations voisines de Besançon et de Belfort-Montbéliard. Dans la 1ere, beaucoup plus rurale et englobant la préfecture détenue par la droite, Vesoul, le président RPR du conseil général Christian Bergelin entame lui aussi son mandat au premier tour. La 3e, plus tangente, est finalement remportée par le médecin rural Philippe Legras, conseiller général RPR, après un premier tour assez serré. Une prime à droite qui limite l'impact de la vague bleue de 1993. Si Christian Bergelin se passe aisément, une nouvelle fois, de second tour, Jean-Pierre Michel résiste bien au premier, avant de l'emporter en faisant la différence à Lure et Héricourt, son adversaire UDF Louis Moschetti s'imposant partout ailleurs. Dans la 3e, Philippe Legras bat très nettement le secrétaire d'Etat à la Communication Jean-Noël Jeanneney, qui se présentait sous la bannière de l'Association des Français de progrès. La troisième tentative est la bonne pour la gauche dans cette circonscription en 1997. Suivi de peu par le conseiller général divers gauche Jean-Paul Mariot au premier tour, Philippe Legras est distancé au second tour, victime de mauvais reports du FN. Une extrême-droite de plus en plus présente dans l'agglomération de Belfort-Montbéliard-Héricourt, qui provoque une triangulaire dans la 2e, remportée à la majorité absolue par Jean-Pierre Michel. Christian Bergelin est reconduit, après un ballottage infligé par l'ancien maire socialiste de Vesoul Loïc Niepceron. La gauche perd toutes ses positions en 2002. Dans la 3e, les rapports de force se sont inversés. Après un premier tour assez serré, le conseiller général RPR Michel Raison distance Jean-Paul Mariot de près de 1000 voix. Moins attendue était la défaite de Jean-Pierre Michel, la première depuis 1981. Bien qu'arrivée en deuxième position au premier tour, son adversaire de droite, la conseillère municipale de Lure Maryvonne Briot, attire les suffrages du FN au second tour. Il semble aussi que Jean-Pierre Michel, rallié au MDC avant de s'éloigner de Jean-Pierre Chevènement, ait été victime d'un désamour d'une partie de la gauche, de même que d'une certaine usure. Dans la 1ere, la droite a gagné le pari du renouvellement, avec le maire RPR de Vesoul Alain Joyandet qui succède sans problème à Christian Bergelin. Les législatives de 2007 voient se produire un phénomène souvent remarqué, notamment dans les départements de l'Est, lors de ce scrutin. Alors que le département avait voté à 55,8 % pour Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle, Alain Joyandet est largement réélu dès le premier tour. A quelques voix près, Michel Raison se passe également de ballottage. Reste en course Maryvonne Briot, en tête au premier tour dans la 2e, mais avec sur le papier de meilleures réserves de voix que le maire PS d'Héricourt Jean-Michel Villaumé, même sans compter les 4,5 % obtenus par un MODEM à l'électorat réputé volatil. Pourtant, au soir du second tour, ce dernier l'emporte avec près de 1300 bulletins d'avance. Maryvonne Briot a été victime de la correction constatée un peu partout au second tour, sans doute amplifiée par l'effet "TVA sociale" qui a du jouer dans cette circonscription encore assez populaire. Comme la plupart des petits départements (en nombre de cantons), la Haute-Saône peut, théoriquement, basculer assez vite. Ou tout au moins connaître un ou deux mandats d'instabilité politique. C'est ce qui s'est passé entre 1998 et 2001, lorsque la gauche a mis fin, au bénéfice de l'âge, à un long règne de droite. En 1994, pourtant, cette dernière a gagné du terrain, notamment en arrachant Vesoul-Est à un Loïc Niepceron de plus en plus contesté pour sa gestion municipale. Ce scrutin, marqué par l'émergence de Jean-Paul Mariot à Port-sur-Saône et la défaite-surprise de Philippe Legras à Saint-Loup-sur-Semouse, s'achève sur une avance de quatre sièges pour la majorité. En 1998, elle fond comme neige au soleil. Plusieurs facteurs ont convergé. D'abord une certaine usure des sortants de droite. Ensuite, la victoire de la gauche aux législatives de l'année précédente, qui a impulsé une bonne dynamique à ses candidats, dont certains se sont imposés dès les municipales de 1995. Deux des cantons gagnés sur la droite, Amance et Luxeuil-les-Bains, sont d'ailleurs situés dans la 3e circonscription nouvellement conquise. Enfin, le FN n'a pas été étranger à la défaite de la droite. Il s'est notamment maintenu à Luxeuil-les-Bains, remporté à la majorité absolue par le maire divers gauche Michel Gabillot. En revanche, à Lure-Nord, il a rééllement handicapé le radical valoisien Michel Bregnard face au divers gauche Michel Federspiel, en gelant au second tour des suffrages qui auraient pu lui être précieux. Cette poussée de la gauche ne lui assure cependant pas une majorité absolue, le conseil général étant alors divisé en deux blocs de 16 voix chacun. Cependant, c'est le doyen de l'assemblée, le radical de gauche Marc Roussel, qui est élu à sa tête. Son décès, un mois et demi avant le scrutin de 2001, rend celui-ci a priori incertain. Après avoir logiquement perdu Saint-Loup-sur-Semouse, puis remis la main sur Villersexel, la gauche créé la surprise en enlevant, assez largement, le canton de Marnay, vieux fief de droite de la vallée du Doubs. Bénéficiant pourtant du retrait de deux candidats de droite, le RPR Philippe Auger est distancé de 218 voix par le divers gauche Maurice Fassenet. Le nouveau président socialiste, Yves Krattinger, voit sa majorité largement renforcée en 2004. La gauche enlève pas moins de sept sièges! La droite est bousculée partout, que ce soit dans la zone péri-urbaine de Montbéliard (Champlitte), le piémont des Vosges (Faucogney-et-la-Ler, Jussey), la vallée du Doubs (Villersexel) et dans la préfecture (Vesoul-Ouest), où elle reprend pied après dix ans d'absence. Ce dernier siège sera cependant récupéré par l'UMP quelques mois plus tard. A noter le rebond du FN qui, quelques années après la scission mégrétiste, provoque des triangulaires à Champagney (avec le PS et le PCF, qui perd-là son dernier siège), et surtout à Champlitte et Luxeuil-les-Bains, où la gauche gagne à la majorité relative. Il perd également en duel contre Jean-Pierre Michel à Héricourt-Ouest, et Michel Federspiel à Lure-Nord. Réputée moins facile pour la gauche, la série de 2008 voit deux cantons basculer, Gray, où le PS met fin à la domination de la droite, et Saint-Loup-sur-Semouse, une nouvelle fois perdu par la droite. La majorité est de plus renforcée par le conseiller général MODEM de Pesmes. Gérée par les radicaux et les indépendants depuis la Libération, la préfecture Vesoul est passée aux socialistes en 1989. Mais le maire Loïc Niepceron ne convainc guère. Il est battu de peu en 1995 par le RPR Alain Joyandet, qui l'avait nettement distancé au premier tour. En 2001, il fait échec dès le premier tour au retour de son prédécesseur, gêné comme en 1995 par une liste communiste. Ayant rassemblé 7,64 % des voix, le MNR obtient un siège. En 2008, la victoire d'Alain Joyandet est encore plus large, avec un peu plus de 60 % au premier tour. A noter que la gauche, une nouvelle fois divisée, est cette fois dominée par le PCF, qui devance le PS de plus de trois points. Solidement ancrée à gauche, la deuxième ville du département, Héricourt a vécu un destin politique différent. Elu en 1971, le socialiste André Girard a refusé le Programme commun, pour rejoindre le petit Parti social-démocrate de Max Lejeune. En 1976, il est soutenu par la droite pour la présidence du conseil général, qu'il occupera jusqu'en 1982 sous l'étiquette UDF. A Héricourt, le PS reprend la main dès 1983 avec Jean-Pierre Michel. En 1995, il est réélu au premier tour sous la bannière du MDC, face aux communistes et à deux listes de droite. En 2001, il l'emporte avec les deux tiers des voix, et son successeur Jean-Michel Villaumé fait de même en 2008 avec les trois quarts des suffrages! Troisième pôle urbain du département, l'agglomération de Lure-Luxeuil est globalement dominée par la gauche depuis 1995, même si le député UMP Michel Raison s'est imposé à Luxeuil dès le premier tour en 2008. Les autres villes de plus de 3500 habitants affichent une relative stabilité. Gray est un solide fief de droite, longtemps gouverné par Christian Bergelin. Depuis 1904, la cité ouvrière de Saint-Loup-sur-Semouse, spécialisée dans le meuble, n'élit que des maires de gauche, sauf entre 2001 et 2008. Le basculement de 1998-2001 a eut des conséquences fortes sur la représentation de la Haute-Saône au Sénat. Lors du renouvellement de 1995, la droite obtenait encore les deux sièges. Or, l'un des deux sénateurs, le maire RPR de Vesoul Alain Joyandet, a été élu député en 2002. La partielle qui suivit en février 2003, suite également à l'annulation de l'élection de Christian Bergelin, favorisa le nouveau président PS du conseil général, Yves Krattinger. A tel point qu'il fut réélu dès le premier tour en 2004. Le second siège, occupé jusque-là par le divers droite Bernard Joly qui ne se représentait pas, fut en revanche particulièrement disputé entre Jean-Pierre Michel et la candidate UMP Marie-Odile Hagemann. Le duel tourna à l'avantage du premier... à deux voix près!
Sources: Le Monde, l'Etat des régions françaises, Nouvelle géopolitique des régions françaises |
Fond de carte: Géoatlas Carte 1: circonscriptions législatives (source: Le Monde) |
Chronologie
des députés
1 VESOUL 1988 Christian BERGELIN (RPR) 2002 Alain JOYANDET (UMP) 2008 Patrice DEBRAY (UMP) 2 LURE 1988 Jean-Pierre MICHEL (soc.) 2002 Maryvonne BRIOT (UMP) 2007 Jean-Michel VILLAUME (soc., rad. et cit.) 3 LUXEUIL-LES-BAINS 1988 Philippe LEGRAS (RPR) 1997 Jean-Paul MARIOT (app. soc.) 2002 Michel RAISON (UMP)
Sénateurs Yves KRATTINGER (soc.); Jean-Pierre MICHEL (soc.)
Conseil général de Haute-Saône 14 divers gauche, 8 PS, 7 UMP, 2 PRG, 1 MODEM président: Yves KRATTINGER (PS)
Maires VESOUL:
Alain
JOYANDET (UMP) LURE: Eric HOULLEY (PS) LUXEUIL-LES-BAINS: Michel RAISON (UMP) GRAY: Michel ALLIOT (UMP) SAINT-LOUP-SUR-SEMOUSE: Michel LEROY (divers gauche) FOUGEROLLES: Claude PETITJEAN (divers gauche)
Sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur |
||
|
Fond de carte: Géoatlas Carte 2: cantons (sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur) |
||||
|
Fond de carte: Géoatlas Carte 3: communes (sources: Le Monde, L'Elu d'aujourd'hui, ministère de l'Intérieur, Parti radical de gauche) |
||||
| LIENS | ||||