CORREZE

(dernière mise à jour le 15 janvier 2013)

 

Impossible de parler de la géopolitique de la Corrèze sans évoquer la personnalité de Jacques Chirac, député de la circonscription d'Ussel de 1967 jusqu'à son élection à la présidence de la République en 1995. Un siège qu'il garda même après être devenu maire de Paris en 1977. Une fidélité qui valut au département le surnom de Chiraquie. Mais il est devenu tout aussi impossible de passer sous silence le parcours de François Hollande, autre Corrézien d'élection devenu président de la République, tant il semble s'être glissé dans le moule laissé vacant par son prédécesseur.

La Corrèze est aussi l'exemple-type de la terre radicale passée au gaullisme dans les années 60. Jacques Chirac a succédé à Henri Queuille, archétype du notable radical des IIIe et IVe républiques.

La circonscription léguée par l'ancien président du conseil est la plus montagnarde et la plus rurale du département. C'est celle qui pouvait le mieux épouser les thèses chiraquiennes. Même si le successeur, Jean-Pierre Dupont, a été mis en ballottage lors de la vague rose de 1997, la Chiraquie tient bon tant que sa circonscription existe. En 2007, elle manque cependant passer sous le contrôle du PS. Jean-Pierre Dupont ne l'emporte que de 99 voix.

Formée autour de la préfecture Tulle, la 1ere circonscription abrite quelques bastions de gauche, communistes puis socialistes, depuis la Libération. C'est le talon d'Achille de la Chiraquie, et surtout la porte d'entrée de son principal contestataire: François Hollande. Elu en 1988, battu en 1993, il est remis en selle en 1997. Sa victoire aux municipales de 2001, aux dépens de son tombeur de 1993 Raymond-Max Aubert, lui permet de résister à la vague bleue de 2002. De même que les bons résultats de Ségolène Royal à la présidentielle de 2007 aboutissent quelques semaines plus tard à une confortable réélection.

La 2e circonscription est davantage indécise. A gauche en 1981, elle est représentée en 1988 par le maire de Brive Jean Charbonnel. Cette figure du gaullisme de gauche s'est ralliée à François Mitterrand. Ce qui lui vaudra son siège en 1993. En 1997, sa rivalité avec Bernard Murat, qui lui a pris la mairie de Brive en 1995, permet au socialiste Philippe Nauche de l'emporter. Il sera battu par l'UMP Frédéric Soulier en 2002, avant de reprendre son siège de justesse en 2007.

Le redécoupage Marleix a peut-être donné le coup de grâce à la Chiraquie en 2012. Après des municipales difficiles et la perte du conseil général en 2008, puis le basculement des deux sièges de sénateur en 2011, la suppression de la 3e circonscription et sa fusion avec le plus gros de la 1ere a privé l'UMP de son dernier grand point d'ancrage. Après une présidentielle qui a vu triompher localement François Hollande, la vice-présidente du conseil général Sophie Dessus prend la nouvelle 1ere circonscription sans coup férir, dès le premier tour. Michel Paillassou, maire UMP d'Egletons, la principale ville de droite du secteur, n'atteint même pas les 30 % des exprimés. Dans la nouvelle 2e, Philippe Nauche doit attendre le second tour pour battre très nettement le maire et conseiller général radical valoisien de Beynat, Paul Coste.

Effet Hollande ou essoufflement du système Chirac? La domination de la droite au conseil général n'a cessé de s'éroder depuis 1994, jusqu'à céder la majorité en 2008.

En 1994, c'est le PS qui a le vent en poupe. Non content d'ébranler le système Chirac sur ses marges, à Saint-Privat, et surtout à Egletons, l'un des piliers de la Chiraquie, il chipe aussi un siège au PCF dans son fief de Tulle Campagne-Nord. Dominée par les communistes depuis la Libération, la gauche corrézienne passe aux mains de socialistes

La séquence de 1998 constitue un avertissement encore plus fort pour la majorité, qui perd 6 sièges. Le PS se renforce dans le bassin de Brive (Brive Nord-Ouest, Malemort, Donzenac, Juillac) mais continue à mordre sur les marches de la Chiraquie (Uzerche, Neuvic). Cependant, 2001 marque un temps d'arrêt dans la progression de la gauche, malgré la conquête de Tulle Urbain-Nord, pris à un Raymond-Max Aubert affaibli par sa défaite au premier tour des municipales. La majorité récupère aussi le siège de Saint-Privat.

En 2004, la droite sent véritablement passer le vent du boulet, en se retrouvant à un siège de l'opposition de gauche. Le PS continue son grignotage du bassin de Brive (Ayen), sa progression au sud (Beaulieu-sur-Dordogne) et se fait de plus en plus menaçant en Chiraquie en arrachant Ussel-Ouest à une droite affaiblie par le retrait du Dr Belcour, pilier du système Chirac. La droite ne doit son salut qu'à un assaut en règle contre les deux derniers bastions communistes de la 3e circonscription, Bugeat et La Roche-Canillac. Elle desserre un peu l'étreinte en récupérant Egletons lors d'une partielle en 2005.

La bascule tant attendue par François Hollande se produit en 2008. Les défaites de la droite à Tulle Campagne-Sud et Vigeois, en plein coeur de ce qu'il faut bien maintenant appeler la "Hollandie", étaient attendues. En revanche, c'est de la Haute-Chiraquie, à savoir le canton de Sornac, que le vient le bouleversement politique qui permet au député-maire de Tulle de s'asseoir dans le fauteuil présidentiel, après vingt ans de travail sur le terrain.

En 2011, François Hollande élargit un peu sa majorité. Si la droite reprend totalement la main sur Ussel en reprenant le canton Ouest, elle continue de reculer sur le plateau de Millevaches en cédant Eygurande. Le PS grignote aussi les positions de l'UMP dans le sud, en gagnant La Roche-Canillac, mais il perd Argentat au profit du PCF.

Comme au niveau des circonscriptions et des cantons, les villes sont la principale porte d'entrée de la gauche.

Le meilleur exemple reste Tulle. Dominée par les communistes depuis la Libération, elle a succombé à la vague rose-rouge de 1977 en se donnant un maire PCF, Jean Combasteil, qui prend comme adjoint François Hollande en 1989. En 1995, il est balayé par le RPR Raymond-Max Aubert, qui ne peut cependant pas résister à la montée de François Hollande en 2001.

Brive-la-Gaillarde a elle aussi fait l'objet d'une reprise en main par les chiraquiens en 1995, aux dépens de Jean Charbonnel, gaulliste de gauche aux commandes de la ville depuis 1966, avant de basculer à gauche en 2008.

La troisième ville du département, Ussel, fief de droite, est restée quant à elle stable, jusqu'à la victoire socialiste de 2008 face à une majorité qui avait du mal à assurer sa cohésion. 

Les sénatoriales de 2008 parachèvent véritablement la chute de la Chiraquie amorcée après 2002. Si le bon score de Bernadette Bourzai, ancienne maire d'Egletons était attendu, la perte du second siège par l'UMP était moins évidente. Il aura fallu la candidature de l'ancien ministre de François Mitterrand, René Teulade, pour avoir raison de Daniel Chasseing, président des maires de Corrèze, preuve que les réseaux chiraquiens ont réellement été amoindris.

 

Sources: Le Monde, La Croix

 

A lire également: Le redécoupage Marleix en Corrèze


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(sources: Le Monde, Journal officiel)

 

Chronologie des députés

1 TULLE

2012 Sophie DESSUS (soc., rép. et cit.)

2 BRIVE

2012 Philippe NAUCHE (soc., rép. et cit.)

 

Sénateurs

Bernadette BOURZAI (soc.); René TEULADE (soc.)

 

Conseil général de Corrèze

14 PS, 11 UMP, 5 divers droite, 4 FG, 2 divers gauche, 1 UDI

Président: Gérard BONNET (PS)

 

Maires

BRIVE-LA-GAILLARDE: Philippe NAUCHE (PS)

TULLE: Bernard COMBES (PS)

USSEL: Martine LECLERC (PS)

MALEMORT-SUR-CORREZE: Jean-Jacques POUYADOUX (PS)

SAINT-PANTALEON-DE-LARCHE: Jean-Jacques DELPECH (divers droite)

EGLETONS: Michel PAILLASSOU (UMP)

BORT-LES-ORGUES: Nathalie DELCOUDERC-JUILLAT (PS)

 

Sources: Le Monde, La Croix, Sénat, ministère de l'Intérieur, Politiquemania

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, La Croix, ministère de l'Intérieur, Politiquemania)

 


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, L'Elu d'aujourd'hui, ministère de l'Intérieur, Education nationale, Parti radical de gauche, Politiquemania)


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