MEUSE

Département le moins peuplé de la région Lorraine, la Meuse échappe souvent à tout schéma géopolitique. Son électorat cultive encore (mais pour combien de temps) un comportement typique des campagnes de la IIIe République. A savoir que les élus sont encore souvent sans étiquette. Globalement, cela a longtemps favorisé, et favorise toujours en partie, la droite la moins partisane: indépendants, giscardiens, voire centristes. Autre conséquence: les carrières politiques s'inscrivent fréquemment dans la durée, quelle que soit l'étiquette. Cependant, cela n'empêche nullement les basculements, et l'émergence de la gauche, PS et, dans certains secteurs, PCF, et d'une droite plus organisée au niveau militant, RPR puis UMP.

Dans cette logique, deux personnalités bien implantées sont élues lors des législatives de 1988. Dans la 1ere, Gérard Longuet, entré à l'Assemblée nationale en 1978, ministre des Postes dans le gouvernement Chirac, frôle l'élection au premier tour. Dans la 2e, Jean-Louis Dumont, député socialiste depuis 1981, adjoint au maire de Verdun de 1977 à 1983, obtient un bon score au premier tour et bat au second l'ancien député giscardien Claude Biwer. 

La Meuse vote comme le reste du pays en 1993. A Bar-le-Duc, Gérard Longuet, devenu président du conseil régionale en 1992, est reconduit au premier tour. A Verdun, Jean-Louis Dumont se trouve de son côté, le soir du premier tour, dans une fâcheuse posture. Bien qu'arrivé en seconde position, derrière le conseiller général pasquaïen Arsène Lux, il réunit moins de 20 % des voix. Mais la droite, éclatée entre quatre candidats, dont Claude Biwer, pèse 47 %, soit dix points de plus qu'en 1988, avec un FN dépassant les 10 %. Des suffrages qu'Arsène Lux retrouve à peu près au second tour.

Après sa défaite aux municipales de 1995, on pouvait croire Jean-Louis Dumont politiquement mort. La vague rose de 1997 va le remettre en selle pour longtemps. Au premier tour, minée par la concurrence du FN, la droite est en-dessous de son niveau de 1988. Cette fois-ci, la candidature de Claude Biwer plombe Arsène Lux, qui est battu par Jean-Louis Dumont avec à peu près le même écart qu'en 1993. Le FN fait également tomber la droite dans la 1ere. Dépassant les 18 %, son candidat appelle à faire battre Gérard Longuet. Ce dernier a sans doute aussi payé son éloignement du terrain. Nommé ministre en 1993, il a laissé sa circonscription à son suppléant André Droitcourt, et ne s'est pas représenté à son départ du gouvernement en 1995. Du coup, la voie est libre pour François Dosé, candidat à ce siège pour la troisième fois et maire PS de Commercy, le fief de gauche le plus solide du département.

Après deux scrutins très suivistes, la Meuse n'en fait à nouveau qu'à sa tête en 2002. C'est la grande surprise de ces législatives pourtant perdues, au plan national, par la gauche. Les questions locales et de personnes ont en fait dominé cette consultation. Dans la 1ere, une partie des suffrages du candidat divers droite Alexandre Lombard se reportent au second tour sur François Dosé, qui peut ainsi battre le maire RPR de Saint-Mihiel Alain Pérelle. Dans la 2e, le retour dans le jeu électoral de Gérard Longuet brouille les cartes. Son candidat, Patrick François, est éliminé au premier tour, derrière Arsène Lux, qui se présente cette fois sous l'étiquette RPF. Les deux hommes ont du mal à vider leurs qurelles et l'appel de M. François à voter Lux arrive trop tard dans la campagne. Une partie de ses électeurs se reporte vers Jean-Louis Dumont.

En 2007, la Meuse vote une nouvelle fois à contre-courant. Alors que la droite accuse un léger repli au niveau national, elle regagne le siège de Bar-le-Duc. Mais, comme en 2002, une partie des électeurs de droite préfère se reporter sur le PS plutôt que de voter pour l'adversaire de la primaire du premier tour. Il faut un poids-lourd, en l'occurrence l'ancien maire maire et président du conseil général Bertrand Pancher, pour avoir raison du poulain de François Dosé, le conseiller régional Thibaut Villemin. Une nouvelle fois, certains partisans d'Alexandre Lombard répugnent à soutenir le candidat officiel de l'UMP. En revanche, à Verdun, les mauvais reports favorisent de nouveau Jean-Louis Dumont. La conseillère générale UMP Claudine Becq-Vinci peine à rassembler les électeurs d'Arsène Lux. Quant à ceux du MODEM, ils préfèrent majoritairement le PS.

La carte des cantons ne correspond absolument pas à celle des circonscriptions. La droite domine très largement le conseil général. Même si elle a un peu entamé le nombre de conseiller divers droite, la création de l'UMP en 2002 a peu perturbé cette tendance de fond: dans la Meuse, on préfère les élus sans étiquette. Un héritage de la domination des indépendants, qu'on retrouve encore dans les campagnes. La gauche existe surtout dans les zones urbaines et ouvrières et la plupart des bastions UMP sont concentrés en Argonne, sur la façade ouest du département.

C'est au sud de cette zone, en allant vers Bar-le-Duc, que la gauche enfonce en 1994 un coin de la citadelle, avec la prise de Revigny-sur-Ornain par le PS. A noter aussi la symbolique défaite du sénateur RPR Michel Rufin, à Clermont-en-Argonne, face au divers droite Bernard Villefayot, dans une triangulaire avec le PS. Ailleurs, c'est le statu quo. La majorité perd Verdun-Est mais gagne Souilly.

Un chassé-croisé semblable se produit en 1998. Sa portée est cependant symbolique. Le dernier canton communiste, Spincourt, frontalier du très rouge Pays-Haut, tombe aux mains de la droite. La gauche se console en prenant Gondrecourt-le-Château. Ce scrutin voit aussi l'entrée au conseil général de Gérard Longuet, élu à Fresnes-en-Woëvre.

La gauche grappille un siège en 2001. Elle perd Verdun-Centre au profit de la RPR Claudine Becq-Vinci mais enlève Ligny-en-Barrois et surtout Etain, gagné par le maire communiste sur le sortant RPR. Elle gagne encore deux sièges en 2004. Les équilibres politiques n'en sont nullement remis en question mais cette percée fait tomber le président du conseil général Bertrand Pancher. Battu à Bar-le-Duc Nord par le socialiste Roland Corrier, il est en fait victime d'une attitude typique de l'électorat d'un canton urbain. Celui-ci semble lui avoir reproché d'avoir abandonné la mairie de Bar-le-Duc en 2001, pour se conformer à la loi sur le cumul des mandats. Le PS s'adjuge aussi Vavincourt, ce qui créé un véritable corridor rose jusqu'aux limites sud du département.

Un corridor qui s'agrandit en 2008, toujours aux dépens de Bertrand Pancher. Il échoue d'abord à se faire élire à Revigny-sur-Ornain, battu dès le premier tour par le PS qui récupère ce canton. La droite perd également Bar-le-Duc Sud, parallèlement à la victoire de la gauche aux municipales. Elle est aussi bousculée dans le nord, où le PS s'adjuge Damvillers et surtout Clermont-en-Argonne, dans une triangulaire provoquée par le maintien d'un divers droite.

Face à des campagnes tournées vers la droite, la gauche avait réussi, en 1989, à établir une véritable tête de pont, s'appuyant sur les trois premières villes du département. Un dispositif balayé presque entièrement entre 1995 et 2008.

Entre 1977 et 1995, Verdun a constamment zappé au gré des vagues roses et bleues: socialiste en 1977, centriste en 1983, de nouveau socialiste en 1989, elle tombe en 1995 entre les mains d'une droite assez "dure". Au soir du premier tour, pourtant, celle-ci, conduite par le député Arsène Lux, dépasse à peine les 41 %, avec un FN ayant passé la barre des 10 %. Mais, en face, règne la division. Le maire PS Jean-Louis Dumont, qui accuse un retard de 701 voix sur la liste Lux, doit affronter la dissidence de Jean-Pierre Boulier, soutenu par les instances officielles du PS. Aucun accord n'ayant été trouvé à gauche, les quatre listes se retrouvent au second tour. Jean-Louis Dumont mord légèrement sur l'électorat de Jean-Pierre Boulier, mais cela reste insuffisant pour battre Arsène Lux. En 2001, ce dernier doit lui aussi faire face à la concurrence d'une liste UDF, conduite par le directeur de cabinet de Gérard Longuet, Patrick François. Mais, contrairement à ce qui s'était passé à gauche en 1995, celui-ci se retire et l'extrême-droite n'atteint pas les 10 %. Arsène Lux connaît un second tour aisé, d'autant plus que les suffrages de gauche ont fondu de plus de moitié au premier tour. Malgré un léger gain au second tour, Jean-Louis Dumont est largement distancé. Il retente sa chance en 2008. Arrivé deuxième derrière Arsène Lux, qui obtient plus de 45 % des voix, il s'associe au second tour avec la liste divers droite de Martine Pergent. Un attelage qui fait fuir ses colistiers communistes et ne convainc pas les électeurs de Mme Pergent. Au second tour, Arsène Lux l'emporte avec 52,82 % des suffrages.

Le parcours politique de la préfecture Bar-le-Duc apparaît plus classique. Détenue par les socialistes depuis 1965, elle va elle aussi passer à droite en 1995. Maire depuis 1970, Jean Bernard laisse la place à Gérard Cureau. Mais celui-ci ne convainc pas. Au premier tour, il est distancé de plus de 500 voix par l'UDF Bertrand Pancher, qui obtient 46,08 %, tandis que le FN dépasse les 5 %. Au second tour, Gérard Cureau attire les suffrages s'étant portés au premier tour sur la liste des Verts (9,85 %) mais la droite en fait autant avec ceux de l'extrême-droite, ce qui permet l'élection de Bertrand Pancher. En 2001, il est réélu avec plus de 60 %, la gauche ayant tardé à se trouver une tête de liste. En 2008, elle part en revanche unie face à Martine Huraut qui a succédé à Bertrand Pancher. La maire arrive en tête au premier tour avec près de 45 % des suffrages mais sa marge de manoeuvre est réduite. Elle ne peut compter que sur une liste sans étiquette, conduite par Hervé Leblic, qui n'a pas atteint la barre des 5 %. De son côté, la candidate socialiste Nelly Jacquet capte sans problème les 9,88 % de la liste LCR et parvient même à séduire une partie des électeurs de M. Leblic. Au second tour, l'écart en sa faveur s'élève à près de quatre points.

La gauche a les coudées franches à Commercy. Elu en 1977, François Dosé rassemble près des deux tiers des suffrages au premier tour en 1995. En 2001, la droite est encore la seule à l'affronter, mais il frôle les trois quarts des suffrages face au divers droite Gérard Hennenfent, jugé trop peu crédible. En 2008, son successeur désigné Bernard Muller l'emporte facilement au premier tour.

Les élections sénatoriales ne sont qu'une formalité pour la droite meusienne. Du coup, c'est souvent la foire d'empoigne, comme en 2001. Les deux sortants, Rémi Herment et Michel Ruffin, ne se représentant pas, les poids-lourds de la droite locale, frustrés par la défaite aux législatives de 1997, se présentent à leur succession. Pour Gérard Longuet, c'est presque une promenade de santé. Il rate l'élection au premier tour à une trentaine de voix près. Le second siège est très disputé entre l'ancien député Claude Biwer et l'ancien président du conseil général Roger Dumez. Mais le premier bénéficie du retrait du divers droite Christian Namy alors que le second peine à rassembler les suffrages obtenus au premier tour par Arsène Lux et Claudine Becq-Vinci. Il est coiffé au poteau d'une douzaine de bulletins.

 

Sources: Le Monde, 577 députés à élire, ministère de l'Intérieur


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

 

Chronologie des députés

1 BAR-LE-DUC

1988 Gérard LONGUET (UDF)

1993 André DROITCOURT (UDF)

1997 François DOSE (soc.)

2007 Bertrand PANCHER (UMP)

2 VERDUN

1988 Jean-Louis DUMONT (soc.)

1993 Arsène LUX (app. RPR)

1997 Jean-Louis DUMONT (soc.)

 

Sénateurs

Claude BIWER (Un. centriste); Gérard LONGUET (UMP)

 

Conseil général de la Meuse

12 divers droite, 9 PS, 7 UMP, 1 MODEM, 1 PCF, 1 PRG

président: Christian NAMY (divers droite)

 

Maires

VERDUN: Arsène LUX (UMP)

BAR-LE-DUC: Nelly JACQUET (PS)

COMMERCY: Bernard MULLER (PS)

SAINT-MIHIEL: Alain PERELLE (divers droite)

LIGNY-EN-BARROIS: Jean-François MUEL (PS)

ETAIN: Jean PICART (PCF)

REVIGNY-SUR-ORNAIN: Pierre BURGAIN (divers gauche)

 

sources: Le Monde, Journal officiel, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, Education nationale)

 

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