MOSELLE

Soumis au Concordat comme ses voisins alsaciens, revenu lui aussi à la France en 1918, le département de la Moselle est une terre ancrée à droite. Une domination chrétienne-démocrate, puis gaulliste et UMP qui n'était, jusque dans les années 1980, remise en question que sur les marges du territoire et dans les agglomérations industrielles. Mais les revirements politiques de certains et surtout la crise de la sidérurgie lorraine ont modifié quelque peu la donne.

En 1981, la difficile reconversion des bassins industriels n'était pas étrangère aux 56 % obtenus au second tour par François Mitterrand. Aux législatives de 1988, la gauche ne remportait cependant que trois circonscriptions sur dix: la 1ere et la 10e, frontalières d'un Pays-Haut terre de mission pour la droite, et la 6e, autour du bassin de Forbach. Le cas de la 4e, qui recouvre des territoires fortement attachés à la droite, est à mettre à part. Elle élit un député centriste, Aloyse Warhouver, qui décidera de se rallier à la politique d'ouverture de Michel Rocard. Les centristes possèdent un autre fort point d'ancrage, lui aussi frontalier de l'Alsace, la 5e circonscription recouvrant Sarreguemines et Bitche, représentée depuis 1970 par Jean Seitlinger. Le sud du bassin de Metz reste fidèle au PR et le reste du département au RPR.

Ce dernier parti enlève la 1ere circonscription au PS en 1993. En revanche, il échoue par deux fois lors de cette vague bleue. D'abord à Forbach, où c'est finalement l'UDF Pierre Lang qui a facilement raison du maire RPR Jean-Eric Bousch, le PS, affaibli par le départ de Charles Metzinger au Sénat, se retrouvant en troisième position. Ensuite à Sarrebourg, où le maire Alain Marty échoue à reprendre à Aloyse Warhouver, qui se représente sous l'étiquette Majorité présidentielle, cette circonscription longtemps représentée par Pierre Messmer. A Moyeuvre-Grande, c'est le divers droite Alphonse Bourgasser qui l'emporte sur le sortant PS René Drouin. Dans les 3e et 5e circonscriptions, les seconds tours se passent à droite. A Metz, l'adjointe au maire rallié lui aussi à la Majorité présidentielle, Nathalie Griesbeck, échoue à faire tomber Jean-Louis Masson. En revanche, à Sarreguemines, Jean Seitlinger ne l'emporte que de 1198 voix sur le conseiller régional sans étiquette Hubert Roth. A noter aussi deux seconds tours avec une extrême-droite en pleine expansion dans les 7e et 9e circonscriptions.

Additionnée à la vague rose, cette poussée d'extrême-droite va permettre l'élection de cinq députés socialistes en 1997. En comptant Aloyse Warhouver, la gauche détient alors six circonscriptions sur dix. La droite chute dans des triangulaires dans les 1ere, 6e et 8e. Le FN compromet une nouvelle fois ses rêves de reconquête dans la 4e. Il se retrouve en duel contre la droite une nouvelle fois dans la 7e, après avoir obtenu 23,14 % au premier tour. Il profite aussi du retrait d'Alphonse Bourgasser dans la 10e, où il devient la deuxième force politique, à plus de cinq points devant le candidat UDF, provoquant l'élection au second tour du socialiste Michel Liebgott. Seul Denis Jacquat survit à une triangulaire. A Sarreguemines, le retrait de Jean Seitlinger provoque un second tour gagné de justesse (245 voix) par le PS sur Hubert Roth.

La baisse du FN, lors de la vague bleue de 2002, pouvait donner à la droite de sérieuses chances de reconquête. L'extrême-droite ne résiste qu'à Saint-Avold, pour être une nouvelle fois balayée par André Berthol. Le spectre des triangulaires éloigné, l'UMP reprend assez facilement les 1ere, 5e, et 6e. Dans la 4e, Alain Marty parvient enfin à déboulonner Aloyse Warhouver. En revanche, si Jean-Marie Aubron repasse de justesse (535 voix) dans la 8e, Michel Liebgott, grâce à un gros réservoir de voix communistes, bat facilement Marie-Louise Kuntz, gênée par une candidature UDF au premier tour.

Les législatives de 2007 se terminent sur un statu quo. Le premier tour se caractérise par une poussée de la droite parallèle à un nouveau repli du FN. Marie-Jo Zimmermann, Alain Marty et Céleste Lett sont réélus au premier tour, durant lequel André Wojciechowski succède à André Berthol. Au second tour, la gauche tient bon dans ses bastions. Michel Liebgott est facilement reconduit malgré une baisse de dix points du PCF. Dans la 8e, l'ancienne verte Aurélie Filippetti, fille de mineur, s'impose de 750 voix face à Alain Missoffe (UMP). Comme dans nombre d'autres bassins populaires, la gauche semble avoir bénéficié de l'effet "TVA sociale".

Même si la gauche a progressé de treize sièges au conseil général depuis 1992, elle ne l'a globalement fait que dans ses zones de prédilection. A savoir les marges ouest et nord du département, plus ouvrières, ainsi que les bassins de Forbach et de Bitche. Elle a bien enfoncé quelques coins de la citadelle dans le sud, grâce à des candidatures sans étiquette, mais le reste du département demeure fidèle aux gaullistes et à leurs alliés divers droite.

Les cantonales de 1994 ont vu la majorité départementale se renforcer d'un siège, au détriment du PS, alors que le PCF gagne Moyeuvre-Grande et que les centristes perdent deux voix.

En revanche, le scrutin de 1998 voit le PS passer de 5 à 11 sièges, au détriment notamment du PCF, qui perd son fief d'Algrange. Les socialistes rognent sur la droite dans le bassin de Metz (Metz I, Maizières-lès-Metz), à Marange-Silvange et dans des cantons moins urbanisés (Cattenom, Bitche). A droite, l'UDF perd encore du terrain, face à la gauche mais aussi à d'autres sensibilités de droite, à Montigny-lès-Metz, Stiring-Wendel et Yutz.

La séquence de 2001, tout comme celle de 1994, est marquée par une grande stabilité. La majorité cède un siège à Phalsbourg, gagné par un divers gauche. La forte progression de la gauche en 2004 (cinq sièges) est en partie due aux divisions de la droite, partie en ordre dispersé à Forbach, Metz II et Freyming-Merlebach. Le PS parachève sa domination sur les marges ouest, en gagnant largement Fontoy et de façon plus serrée Ars-sur-Moselle.

En 2008, parallèlement à ses bons résultats aux municipales, la gauche progresse surtout dans les zones urbaines. Elle enlève ainsi Metz IV, devenant majoritaire en nombre de cantons dans la préfecture, les deux cantons de Thionville et va même chatouiller la droite dans un des ses fiefs urbains, en prenant Saint-Avold I. La prise d'Albestroff éclipse un peu la perte de Phalsbourg et Réchicourt-le-Château, dans le même secteur.

Au niveau municipal, la domination de la droite a longtemps souffert de peu de contestation. Mais les municipales de 2008 ont bousculé la géopolitique urbaine de la Moselle, en voyant la gauche reprendre pied dans des bassins ouvriers d'où la droite l'avait boutée, quelquefois depuis plusieurs décennies, comme Forbach et Thionville. Cependant, le véritable séisme politique s'est produit dans la préfecture.

Car à Metz, les rivalités se sont longtemps inscrites uniquement à droite. Un phénomène qui a fini par coûter cher à cette dernière.

La ville n'a connu que deux maires entre 1945 et 2008: le républicain indépendant Raymond Mondon, jusqu'en 1971, puis le centriste Jean-Marie Rausch. En 1988, il se rallie à François Mitterrand, mais garde son fauteuil en 1989. En 1995, c'est sous l'étiquette MDR qu'il se représente. Il trouve des adversaires à la fois sur sa droite, avec le député UDF Denis Jacquat, et, sur sa gauche, avec le PS Dominique Gros. Au soir du premier tour, il obtient un peu moins de 40 % des voix, un peu moins que l'addition des voix de ses deux principaux adversaires. Le FN, avec 11,58 %, peut se maintenir au second tour. Ce qu'il fera, imité en cela par MM Jacquat et Gros. Malgré une abstention assez forte (47,69 %), Jean-Marie Rausch gratte encore plus de 2000 voix, bien que les réserves se trouvaient a priori à gauche, et écrase ses trois adversaires avec 43,8 % des suffrages, loin devant Denis Jacquat (27,15 %).

En 2001, c'est la députée RPR Marie-Jo Zimmermann qui tente de déboulonner le maire sortant. Mais elle n'obtient que 16,13 % des voix, alors que la gauche, unie, contrairement à ce qui s'était passé en 1995, fait un bon de plus de neuf points et arrive en deuxième place, derrière la liste Rausch, qui subit une érosion de plus de 2000 voix par rapport à 1995. Le FN éliminé au premier tour, la triangulaire oppose Jean-Marie Rausch au PS et au RPR. Malgré une petite baisse de l'abstention, le nombre des bulletins blancs et nuls progresse nettement, ce qui relativise la victoire de Jean-Marie Rausch avec 46,78 % des voix. La gauche ayant bien progressé, la grande perdante de ce scrutin est Mme Zimmermann, qui fait à peine mieux qu'au premier tour.

En 2008, la députée devient le pivot de la contestation à droite du maire. Celui-ci, à 78 ans, a décidé de se lancer dans un combat que beaucoup d'observateurs analysent comme celui de trop. Au soir du premier tour, il est distancé de 3560 voix par la liste PS de Dominique Gros. Derrière lui, les listes de Marie-Jo Zimmermann et de l'ancienne adjointe au maire divers droite Nathalie Griesbeck, soutenue par le MODEM, font à elles deux aussi bien que la gauche. Un résultat qui les incite à fusionner, la rupture avec M. Rausch semblant définitivement consommée, malgré les pressions de l'UMP. Cette dernière retire d'ailleurs son investiture à la députée, au profit du maire. Ce qui a pour résultat d'affaiblir la liste Zimmermann sans renforcer celle de Jean-Marie Rausch. Ce dernier ne grappille qu'un peu plus de 2500 voix. Dominique Gros, de son côté, remporte la triangulaire en frôlant la majorité absolue.

La droite a aussi payé cher ses divisions aux sénatoriales de 2001. En 1992, Jean-Marie Rausch avait déjà brouillé les cartes, permettant notamment l'élection de deux socialistes sur cinq sièges. Neuf ans plus tard, la droite présente pas moins de six listes! Résultat: la gauche, qui part elle unie, obtient une centaine de voix de plus qu'en 1992, et arrive une nouvelle fois première, envoyant trois candidats au palais du Luxembourg. A droite, seuls le président RPR du conseil général Philippe Leroy et le conseiller régional RPR Jean-Louis Masson tirent leur épingle du jeu. En revanche, le sénateur RPR sortant Alain Hethener n'obtient que 212 voix.

 

Sources: Le Monde, Nouvelle géopolitique des régions françaises


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(sources: Le Monde)

Chronologie des députés

1 METZ I, WOIPPY

1988 Jean LAURAIN (soc.)

1993 François GROSDIDIER (RPR)

1997 Gérard TERRIER (soc.)

2002 François GROSDIDIER (UMP)

2 METZ IV, MONTIGNY-LES-METZ

1988 Denis JACQUAT (UDF)

3 METZ II, III

1988 Jean-Louis MASSON (RPR)

1998 Marie-Jo ZIMMERMANN (RPR)

4 SARREBOURG

1988 Aloyse WARHOUVER (Un. du Centre)

2002 Alain MARTY (UMP)

5 SARREGUEMINES

1988 Jean SEITLINGER (Un. du Centre)

1997 Gilbert MAURER (soc.)

2002 Céleste LETT (UMP)

6 FORBACH

1988 Charles METZINGER (soc.)

1993 Pierre LANG (UDF)

1997 Roland METZINGER (soc.)

2002 Pierre LANG (UMP)

7 SAINT-AVOLD

1988 André BERTHOL (RPR)

2007 André WOJCIECHOWSKI (UMP)

8 ROMBAS

1988 Jean KIFFER (app. RPR)

1997 Jean-Marie AUBRON (soc.)

2007 Aurélie FILIPPETTI (soc., rad. et cit.)

9 THIONVILLE

1988 Jean-Marie DEMANGE (RPR)

2008 Anne GROMMERCH (UMP)

10 MOYEUVRE-GRANDE

1988 René DROUIN (soc.)

1993 Alphonse BOURGASSER (UDF)

1997 Michel LIEBGOTT (soc.)

 

Sénateurs

Philippe LEROY (UMP); Jean-Pierre MASSERET (soc.); Jean-Louis MASSON (non inscrit); Giselle PRINTZ (soc.); Jean-Marc TODESCHINI (soc.)

 

Conseil général de Moselle

19 PS, 15 UMP, 12 divers droite, 2 divers gauche, 1 MODEM, 1 NC, 1 PCF

président: Philippe LEROY (UMP)

 

Maires

METZ: Dominique GROS (PS)

THIONVILLE: Bertrand MERTZ (PS)

MONTIGNY-LES-METZ: Jean-Luc BOHL (divers droite)

SARREGUEMINES: Céleste LETT (UMP)

FORBACH: Laurent KALINOWSKI (PS)

SAINT-AVOLD: André WOJCIECHOWSKI (UMP)

HAYANGE: Philippe DAVID (PS)

YUTZ: Patrick WEITEN (divers droite)

FREYMING-MERLEBACH: Pierre LANG (UMP)

CREUTZWALD: Jean-Luc WOZNIAK (divers droite)

WOIPPY: François GROSDIDIER (UMP)

SARREBOURG: Alain MARTY (UMP)

STIRING-WENDEL: Jean-Claude HOLTZ (divers droite)

FAMECK: Michel LIEBGOTT (PS)

FLORANGE: Pierre TARILLON (PS)

ROMBAS: André FOURNIER (divers gauche)

MARLY: Thierry HORY (divers droite)

BEHREN-LES-FORBACH: Jérôme DIBO (divers gauche)

HOMBOURG-HAUT: Jacques FURLAN (divers gauche)

MAIZIERES-LES-METZ: Gérard TERRIER (PS)

AMNEVILLE: Jean KIFFER (divers droite)

MOYEUVRE-GRANDE: René DROUIN (PS)

HAGONDANGE: Jean-Claude MAHLER (divers droite)

UCKANGE: Gérard LEONARDI (PS)

TALANGE: Patrick ABATE (PCF)

GUENANGE: Jean-Pierre LAVAULLEE (PS)

FAREBERSVILLER: Laurent KLEINHENTZ (PS)

PETITE-ROSSELLE: Gérard MITTELBERGER (divers gauche)

TERVILLE: Patrick LUXEMBOURGER (divers droite)

HETTANGE-GRANDE: André HENTZ (PS)

ALGRANGE: Patrick PERON (divers gauche)

L'HÔPITAL: Gilbert WEBER (PS)

AUDUN-LE-TICHE: Lucien PIOVANO (PCF)

BITCHE: Gérard HUMBERT (divers droite)

FAULQUEMONT: Bruno BIANCHIN (divers droite)

MARANGE-SILVANGE: Erwin BRUN (PRG)

NILVANGE: René GORI (PS)

ARS-SUR-MOSELLE: Stéphane SUSUNG (PS)

MOULINS-LES-METZ: Jean-Claude THEOBALD (divers droite)

FOLSCHVILLER: Claude STAUB (divers droite)

SARRALBE: Pierre-Jean DIDIOT (divers droite)

PHALSBOURG: Daniel KOCHER (divers gauche)

BOULAY-MOSELLE: André BOUCHER (UMP)

LE BAN-SAINT-MARTIN: Henri HASSER (divers droite)

BOUZONVILLE: Gilbert PHILIPP (divers droite)

MORHANGE: Jacques IDOUX (divers droite)

SEREMANGE-ERZANGE: Jean-Jacques RENAUD (PS)

LONGEVILLE-LES-METZ: Alain CHAPELAIN (divers droite)

CREHANGE: François LAVERGNE (divers droite)

LONGEVILLE-LES-SAINT-AVOLD: Robert WEBERT (divers droite)

CARLING: Gaston ADIER (divers droite)

CLOUANGE: Claude DIEDRICH (divers droite)

KNUTANGE: Fabrice CERBAI (PCF)

DIEUZE: Fernand LORMANT (UMP)

 

Sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, conseil général de Moselle, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, L'Elu d'aujourd'hui, ministère de l'Intérieur, Education nationale)

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