HAUTE-GARONNE

Département de tradition de gauche, la Haute-Garonne a subi une fort mouvement de balancier dans les années 1990, avant de revenir à un comportement électoral davantage typique du Sud-Ouest. Ce qui n'empêche cependant pas une certaine volatilité, due surtout aux changements sociologiques dans une région urbaine toulousaine en pleine expansion.

En 1988, seule la 1ere circonscription, solidement tenue par le maire centriste de Toulouse Dominique Baudis, échappait à la domination du PS. Mieux, l'édile se payait même le luxe d'une réélection au premier tour. Ailleurs, les socialistes dépassaient allégrement les 40 % au premier tour, Jacques Roger-Machart (5e), Lionel Jospin (7e) et Pierre Ortet (8e) se passant de second tour.

En 1993, un an après les résultats catastrophiques des régionales, la dégringolade est d'autant plus violente pour la gauche, en particulier dans la région toulousaine, où l'électorat est moins attaché à ses notables. Tous les candidats de droite arrivent en tête du premier tour, avec un étiage relativement semblables aux socialistes en 1988. Cependant, seul Dominique Baudis obtient la majorité, mais profite relativement peu de l'effondrement des socialistes. Les quelque 5300 voix qu'ils perdent se ventilant entre la droite, le FN, le PCF et les Verts, ces derniers étant absents en 1988. Ailleurs, le second tour laisse tous les socialistes sur le carreau, y compris Lionel Jospin, à l'exception de Jean-Louis Idiart, dans la 8e circonscription, qui parvient de justesse à succéder à Pierre Ortet dans ce secteur assez rural.

A ce raz-de-marée bleu succède en 1997 une vague rose, moins forte mais suffisante, scrutin uninominal oblige, pour renverser totalement les rapports de force. Dans les circonscriptions 2, 3, 4, 5 et 6, le PS obtient entre 30 et 36 % des voix et place ses candidats en tête du premier tour, sauf Yvette Benayoun-Nakache, qui peine derrière Jean Diébold dans la 4e, recouvrant une partie du centre-ville de Toulouse. A Villefranche-de-Lauragais et Saint-Gaudens, Lionel Jospin et Jean-Louis Idiart font mieux et dépassent les 63 % au second tour.

A noter que Dominique Baudis se voit infliger un second tour par la candidate verte Marie-Françoise Mendez, alors que son suppléant Jean-Claude Paix était passé au premier lors de la partielle de 1994. Il retrouve néanmoins son siège de député, le seul de droite pour cette législature, alors que la gauche triomphe ailleurs, reprenant même, de justesse, la 4e circonscription.

Le scrutin de 2002 est marqué par l'éparpillement des candidatures, dont la gauche profite globalement. Résultat, dans la 1ere, Philippe Douste-Blazy doit affronter un second tour difficile, après un parachutage risqué à la mairie l'année précédente. Il retrouve sur sa route Marie-Françoise Mendez ainsi que Salah Amokrane, animateur du mouvement Motivé(e)s qui, sous l'étiquette de la gauche alternative, obtient 8,15 % des voix, talonnant le FN. Il l'emporte finalement de 608 voix. dans la 4e, elle aussi en balance, la victoire de Jean Diébold est encore plus serrée (518 suffrages). Dans les 2e et 3e, ce sont les socialistes Gérard Bapt et Pierre Cohen qui l'emportent avec une écart de deux à trois points, démontrant que droite et gauche arrivent à un certain équilibre dans l'agglomération toulousaine. Seule Hélène Migon fait mieux dans la 5e avec ses 56,88 %. En revanche, les deux circonscriptions pyrénéennes du sud confirment leur fort attachement à la gauche, malgré le départ de Lionel Jospin.

La progression de la gauche est telle en 2007 que les résultats s'avèrent à rebours de la tendance nationale. Tous les sortants de gauche, ainsi que Monique Iborra, qui succède à Hélène Mignon, font mieux au second tour qu'en 2002. Sauf Jean-Louis Idiart, qui voit ses positions s'effriter en pourcentage, mais gagne environ 700 suffrages, du fait d'une hausse de l'abstention constatée partout ailleurs. Il est encore top tôt pour parler d'usure concernant ce député, doyen du département en terme de nombre de mandats. En revanche, c'est bien à un retournement de tendance, qui couvait depuis les municipales de 2001, qu'on assiste dans le centre-ville de Toulouse. Habitué des victoires (et des défaites) de justesse, Jean Diébold est cette fois balayé par Monique Martinel. Si elle est moins cuisante en terme de suffrages, la défaite du maire UMP Jean-Luc Moudenc, dans le bastion des Baudis, s'apparente encore plus à un séisme politique. Pour la première fois depuis 1988, le PS réalise un grand chelem en Haute-Garonne.

Au conseil général, la gauche a renforcé ses positions ces dernières années, mais cette remontée a suivi un passage à vide au milieu des années 90, décidément difficiles pour le PS.

Ainsi, en 1994, la droite, surfant sur son triomphe de l'année précédente, continue sa progression à Toulouse, où elle place trois nouveaux élus dans les cantons V, IX, et XI. Elle enfonce aussi deux coins de la citadelle rose, au Nord, à Villemur-sur-Tarn, et au Sud, à Auterive.

La séquence de 1998 voit une belle remontée de la gauche, favorisée en partie par le redécoupage. Ainsi, le PS l'emporte-t-il dans les nouveaux cantons de Portet-sur-Garonne et Tournefeuille, le PRG s'adjugeant celui de Blagnac. Ailleurs, la droite est sérieusement bousculée et perd tout le terrain qu'elle avait gagné dans les précédents scrutins. Elle disparait à Boulogne-sur-Gesse, Montastruc-la-Conseillère, et Saint-Gaudens. A Muret, Toulouse VII et XII, Alain Barrès, Robert Huguenard et Françoise de Veyrinas subissent le contrecoup des législatives.

En 2001, la droite limite les dégâts, alors que sa poussée de 1994, exercée sur la même série de cantons, pouvait laisser présager un scrutin difficile. Elle conserve tous ses gains, ne perdant que Toulouse VIII, qu'elle détenait de plus longue date, mais où le sortant ne se représentait pas.

Avec 41 sièges sur 53, la gauche semblait avoir atteint un plafond. Elle allait cependant encore progresser de deux sièges en 2004. Un excédent qui cache cependant quelques chassés-croisés. Ainsi la droite prend-elle Revel et Rieumes. La poussée de gauche se produit surtout en écho aux municipales toulousaines. Elle arrache à la droite les cantons I, III et IV.

Fort logiquement, le jeu de massacre continue contre les conseillers généraux de droite en 2008, parallèlement aux municipales qui ont vu le basculement de Toulouse. Le PS enlève assez facilement les cantons V, IX et XI de la préfecture, ne laissant plus à l'opposition départementale que le réduit du canton II. Plus au sud, Jean-Pierre Bastiani chute également à Auterive. Seul motif de satisfaction pour l'UMP: la reprise de Montréjeau.

La gauche n'a cependant pu accrocher pendant longtemps la plus grande mairie du département à son tableau de chasse. Toulouse, ville votant à gauche à quasiment tous les scrutins nationaux, a été gouvernée par les modérés de 1971 à 2008. D'abord par Pierre Baudis, puis par son fils Dominique dès 1983. Sachant dépasser les clivages, celui-ci est habitué aux victoires au premier tour. C'est le cas en 1995, lorsqu'il l'emporte avec près de 59 % des voix face à un PS qui peine à rassembler plus d'un quart des suffrages.

Mais en 2001, le contexte est radicalement différent. Nommé au CSA, Dominique Baudis pousse la candidature du responsable de l'UDF Philippe Douste-Blazy, jusque-là député-maire de Lourdes. En face, la gauche s'est diversifiée et radicalisée, avec notamment l'émergence du mouvement Motivé(e)s, suscité en partie par le groupe Zebda. A l'autre extrême de l'échiquier politique, le FN, jusque-là relativement discret, monte en puissance alors que l'équipe Baudis, qui présente un bilan financier stable, bute sur les problèmes d'insécurité.

Les résultats du premier tour donnent des sueurs froides à la droite. Douste-Blazy arrive en tête avec 41,56 % et l'extrême-droite, divisée entre FN et MNR, s'effondre. Si le socialiste François Simon fait à peine mieux que la liste PS de 1995, la gauche dispose théoriquement d'une réserve de voix de plus de 50 %, grâce notamment aux 14 759 suffrages obtenus par la liste Motivé(e)s de Salah Amokrane. Face à une gauche unie, le seul espoir de la droite réside dans les abstentions. Elle parvient à mobiliser une partie des électeurs ayant boudé les urnes au premier tour, en insistant notamment sur le radicalisme des alliés de François Simon. Quant aux électeurs d'extrême-droite, ils se rangèrent en ordre derrière Philippe Douste-Blazy, devant la perspective de l'entrée des "Arabes" de Motivé(e)s au Capitole.

Devenu ministre de Jacques Chirac en 2004, Philippe Douste-Blazy laisse la place au très modéré Jean-Luc Moudenc. Un passage de témoin difficile, son prédécesseur n'ayant manifestement pas convaincu les Toulousains lors de son court mandat. Face au sortant, la gauche parachute le député-maire de Ramonville Pierre Cohen, réputé tout aussi modéré. Une bataille qui s'annonce au centre. Arrivé en tête au premier tour, avec un score à peine meilleur que celui de Philippe Douste-Blazy en 2001, Jean-Luc Moudenc est talonné de moins de 5000 voix par Pierre Cohen. Il parvient à fusionner avec la liste MODEM, qui a réuni un peu moins de 6 % des suffrages, mais est finalement coiffé sur le poteau (1209 voix) au second tour par le PS, qui a su capter les suffrages d'extrême gauche (11,65 % au premier tour sur quatre listes, dont celle de François Simon).

Effet mécanique de l'adjonction d'un cinquième siège, la droite progresse lors des sénatoriales de 2008. Elle profite également de la dissidence du sénateur socialiste sortant Jean-Pierre Plancade, réélu sur sa propre liste. De ce fait, le maire divers droite de Revel, Alain Chatillon, s'installe au palais du Luxembourg. Les radicaux de gauche obtiennent un siège avec Françoise Laborde, adjointe au maire de Blagnac. Le socialiste Bertrand Auban est réélu, et son collègue Jean-Jacques Mirassou entame son premier mandat.

 

Source: Le Monde

 

 


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 TOULOUSE I, IV, V, VII

1988 Dominique BAUDIS (Un. du C.)

1994 Jean-Claude PAIX (UDF)

1997 Dominique BAUDIS (UDF)

2001 Philippe DOUSTE-BLAZY (UDF)

2004 Bernadette PAIX (UMP)

2007 Catherine LEMORTON (soc., rad. et cit.)

2 TOULOUSE VI, VIII, XV

1988 Gérard BAPT (soc.)

1993 Robert HUGUENARD (RPR)

1997 Gérard BAPT (soc.)

3 TOULOUSE IX, X

1988 Claude DUCERT (soc.)

1993 Serge DIDIER (UDF)

1997 Pierre COHEN (soc.)

4 TOULOUSE II, III, XI

1988 Robert LOÏDI (soc.)

1993 Jean DIEBOLD (RPR)

1997 Yvette BENAYOUN-NAKACHE (soc.)

2002 Jean DIEBOLD (UMP)

2007 Martine MARTINEL (soc., rad. et cit.)

5 TOULOUSE XIII, XIV

1988 Jacques ROGER-MACHART (soc.)

1993 Grégoire CARNEIRO (RPR)

1997 Françoise IMBERT (soc.)

6 MURET

1988 Hélène MIGNON (soc.)

1993 Françoise DE VEYRINAS (UDF)

1995 Alain BARRES (UDF)

1997 Hélène MIGNON (soc.)

2007 Monique IBORRA (soc., rad. et cit.)

7 VILLEFRANCHE-DE-LAURAGAIS

1988 Jean-François LAMARQUE (soc.)

1993 Jean-Pierre BASTIANI (UDF)

1997 Patrick LEMASLE (soc.)

8 SAINT-GAUDENS

1988 Pierre ORTET (soc.)

1993 Jean-Louis IDIART (soc.)

 

Sénateurs

Bertrand AUBAN (soc.); Alain CHATILLON (app. UMP); Françoise LABORDE (Ras. dém. et soc. euro.); Jean-Jacques MIRASSOU (soc.); Jean-Pierre PLANCADE (Ras. dém. et soc. euro.);

 

Conseil général de Haute-Garonne

45 PS, 3 UMP, 2 divers droite, 1 MODEM, 1 PCF, 1 PRG

président: Pierre IZARD (PS)

 

Maires

TOULOUSE: Pierre COHEN (PS)

COLOMIERS: Bernard SICARD (PS)

TOURNEFEUILLE: Claude RAYNAL (PS)

MURET: André MANDEMENT (PS)

BLAGNAC: Bernard KELLER (PRG)

PLAISANCE-DU-TOUCH: Louis ESCOULA (PS)

CUGNAUX: Philippe GUERIN (PRG)

L'UNION: Georges BENEY (divers droite)

BALMA: Alain FILLOLA (PS)

RAMONVILLE-SAINT-AGNE: Christophe LUBAC (PS)

SAINT-ORENS-DE-GAMEVILLE: Christian SEMPE (PCF)

SAINT-GAUDENS: Jean-Raymond LEPINAY (PS)

CASTANET-TOLOSAN: André LAFON (MODEM)

PORTET-SUR-GARONNE: Thierry SUAUD (PS)

SAINT-JEAN: Gérard BAPT (PS)

VILLENEUVE-TOLOSANE: Dominique COQUART (divers gauche)

REVEL: Alain CHATILLON (divers droite)

CASTELGINEST: Grégoire CARNEIRO (UMP)

PIBRAC: Robert BRON (PS)

FONSORBES: Pierre DUPLANTE (PS)

AUTERIVE: Christophe LEFEVRE (PS)

LEGUEVIN: Stéphane MIRC (divers droite)

FROUZINS: Alain BERTRAND (PS)

LA SALVETAT-SAINT-GILLES: Philippe DAUVEL (divers gauche)

GRENADE: Remy ANDRE (PS)

SEYSSES: Alain PACE (PS)

AUCAMVILLE: Gérard ANDRE (PS)

ESCALQUENS: Alain SERIEYS (PS)

SAINT-LYS: Jacques TENE (divers gauche)

BEAUZELLE: Claude BENOIT (PS)

SAINT-ALBAN: Roger-Raymond STAMARE (divers droite)

LAUNAGUET: Arlette SYLVESTRE (PS)

VILLEMUR-SUR-TARN: Jean-Claude BOUDET (MODEM)

CORNEBARRIEU: Gilles DE FALETANS (MODEM)

LABARTHE-SUR-LEZE: Bernard BERAIL (PS)

QUINT-FONSEGRIVES: Bernard SOLERA (divers droite)

AUSSONNE: Lysiane MAUREL (PS)

SAINT-JORY: Henri MIGUEL (PS)

FENOUILLET: Claudie MARCOS (PS)

PINS-JUSTARET: Jean-Baptiste CASETTA (PS)

FRONTON: Marie-Hélène CHAMPAGNAC (divers droite)

BRUGUIERES: Philippe PLANTADE (divers droite)

CARBONNE: Guy HELLE (PS)

 

Sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, conseil général de Haute-Garonne, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, La Dépêche du Midi, L'Elu d'aujourd'hui, ministère de l'Intérieur, Education nationale)

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