CALVADOS

Département le plus urbanisé de cette région modérée et conservatrice qu'est la Basse-Normandie, le Calvados se caractérise par une sociologie électorale de plus en plus mouvante à mesure que les campagnes autour de Caen se "péri-urbanisent".

En 1988, le PS disposait de deux têtes de pont, à Caen-Est et Lisieux, tenues respectivement par Louis Mexandeau et Yvette Roudy, qui étaient parvenus à enfoncer la citadelle giscardienne de Michel d'Ornano. 

Aux législatives de 1993, seul M. Mexandeau résiste plutôt bien (55,13 % au second tour) à la vague bleue, qui emporte sa collègue de Lisieux. Une séquence très favorable à la droite qui dissimule trois autres phénomènes. D'abord le retour du RPR, dont la victoire dans la 3e circonscription intervient deux ans après le décès de Michel d'Ornano. Ensuite, la présence au second tour du FN, toujours dans cette circonscription, qui regroupe à la fois stations balnéaires chics et communes populaires, alors que l'extrême-droite plafonnait à 7 % en 1988. Enfin, la gauche, bien que défaite au second tour dans les 1ere, 3e et 6e circonscriptions, se maintient plutôt bien. Dans la 5e, détenue depuis des décennies par la famille d'Harcourt, elle manque même d'infliger un ballottage au sortant, alors qu'elle n'était arrivée que quatrième en 1988.

C'est dans cette circonscription que se produit la plus grosse surprise de 1997. François d'Harcourt, archétype du notable rural normand, est battu au second tour par Laurence Dumont, une jeune socialiste sans mandat local. Un séisme qui a des répliques dans deux autres circonscriptions. Francis Saint-Hellier est battu à Caen Ouest, et le radical de gauche Alain Tourret remporte de 605 voix le siège de Vire qu'Olivier Stirn n'avait pu reprendre au président du conseil régional René Garrec en 1993. Louis Mexandeau et Yvette Roudy parachèvent cette victoire de la gauche. Seule Nicole Ameline, à Trouville, conserve le fauteuil de Michel d'Ornano.

Le grand chelem de droite, en 2002, est à mettre au crédit d'erreurs stratégique de la gauche. Dans la 3e, le retrait d'Yvette Roudy ouvre une autoroute au maire UDF de Falaise, qui bat facilement Clotilde Valter, qui a le double handicap d'avoir été parachutée en 2001 et d'avoir été conseillère de Lionel Jospin, dans un contexte national défavorable à la gauche. A Bayeux, le départ de Laurence Dumont, qui se présentait comme suppléante de Louis Mexandeau, laisse également le champ libre à l'UMP Jean-Marc Lefranc, qui affronte au second tour la Verte Marie-Anne Robert-Kerbrat. A Caen, la gauche paye le résultat calamiteux des municipales de l'an passé. A noter que l'UDF, encore très présente, détient deux des six sièges.

Le retrait de Louis Mexandeau et François Geindre de la vie politique aida la gauche à rectifier le tir en 2007. Pourtant pas encore menacés d'usure du pouvoir, Brigitte Le Brethon et Rodolphe Thomas en font les frais. Philippe Duron et Laurence Dumont parviennent à transformer plutôt largement l'essai des bons scores de Ségolène Royal à la présidentielle. Claude Leteurtre et Jean-Marc Lefranc sont réélus, mais moins largement qu'en 2002, contrairement à Jean-Yves Cousin. Comme de coutume, la 4e circonscription envoie dès le premier tour un député (en l'occurrence une députée, Nicole Ameline) de droite à l'Assemblée.

La carte des cantons du Calvados reflète davantage la géopolitique du département. De Ouistreham à Falaise, une véritable barrière rose le scinde en deux. Elle correspond grosso-modo aux zones péri-urbaines de Caen. La gauche détient également Vire et deux cantons sur trois à Lisieux.

Depuis 1992, la droite a cédé pas moins de onze sièges. En 1994, trois des quatre cantons perdus par la droite se trouvent à Caen. En 1998, la gauche empoche Falaise-Nord et Lisieux II, et continue sa progression dans la préfecture. A Caen III et IV, deux adjoints au maire UDF Jean-Marie Girault tombent, dans un contexte de polémique sur le projet de transport en site propre. Malgré ses défaites aux municipales de la même année à Caen et Hérouville, la gauche maintient ses positions en 2001. A noter la progression du PRG, qui passe de un à trois sièges en prenant Mézidon et Tilly. En 2004, l'opposition poursuit sa progression au nord-ouest de Caen en remportant Creully et se renforce à Lisieux. En revanche, il semble qu'elle ait atteint son plafond à Caen, dont elle détient huit cantons sur dix depuis 1998.

Pour preuve, en 2008, si elle arrache le canton VIII à l'UMP, elle perd le VI au profit du maire MODEM d'Hérouville Rodolphe Thomas, devenu du même coup le principal opposant au PS dans l'agglomération. La gauche obtient un siège supplémentaire au conseil général en prenant Douvres-la-Délivrande.

Cette belle progression pouvait laisser espérer au PS un basculement à gauche de la préfecture en 2001. Depuis le début des années 70, elle était gérée avec passion et doigté par Jean-Marie Girault, que la vague rose de 1977 n'est pas parvenue à détrôner. L'ancien ministre des Postes Louis Mexandeau a longtemps fait figure d'éternel opposant, un peu à l'instar d'un Valéry Giscard d'Estaing à Clermont-Ferrand. En 1995, il manque la mairie de 1235 suffrages. En 2001, la candidate RPR Brigitte Le Brethon réussit parfaitement la succession de M. Girault en le battant de près de 16 points!

Comme lors des législatives précédentes, le départ de M. Mexandeau semble avoir provoqué un appel d'air à gauche en 2008. Arrivé en tête au premier tour, le président PS du conseil régional Philippe Duron bat Brigitte Le Brethon au second, avec un écart comparable à celui de 2001. Une défaite en partie imputable à l'éclatement d'une UDF autrefois dominatrice sur la ville. Avec la présence de quatre listes au premier tour, dont une du MODEM et une autre du NC, la droite a eu du mal à faire l'union.

Les municipales de 2001 ont été marquées par la grave crise de la fédération PS, ouverte lors des régionales de 1998. A Hérouville-Saint-Clair, ville de la banlieue caennaise à la sociologie de gauche, le PS Jangui Le Carpentier, gêné par une candidature chevènementiste, ne parvient pas à succéder à François Geindre, maire depuis 1971. Il est coiffé sur le poteau par Rodolphe Thomas, candidat UDF quasiment inconnu. A Lisieux, Yvette Roudy est victime du même scénario, même si la victoire de l'UDF Bernard Aubril est plus large.

Les sénatoriales de 1998 furent marquées par les divisions de la droite, incarnées par la rivalité entre MM. Girault et Garrec. Le scrutin se termina par la victoire de ce dernier, alors que le maire de Caen, qui concourait pour un quatrième mandat, se retrouvait au premier tour distancé par le RPR Jean-Yves Cousin. Alors qu'Ambroise Dupont retrouvait son siège, il était rejoint par un autre Dupont, Jean-Léonce, maire de Bayeux, qui choisit de siéger sur les bancs centristes. Hors de portée de la victoire, gauche et extrême-droite retrouvaient leurs scores de 1989.

 

Sources: Le Monde, Nouvelle géopolitique des régions françaises


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 CAEN OUEST

1988 Francis SAINT-HELLIER (UDF)

1997 Philippe DURON (soc.)

2002 Brigitte LE BRETHON (UMP)

2007 Philippe DURON (soc., rad. et cit.)

2 CAEN EST

1988 Louis MEXANDEAU (soc.)

1991 Dominique ROBERT (soc.)

1993 Louis MEXANDEAU (soc.)

2002 Rodolphe THOMAS (UDF)

2007 Laurence DUMONT (soc., rad. et cit.)

3 FALAISE, LISIEUX

1988 Yvette ROUDY (soc.)

1993 André FANTON (RPR)

1997 Yvette ROUDY (soc.)

2002 Claude LETEURTRE (UDF)

4 TROUVILLE-SUR-MER

1988 Michel D'ORNANO (UDF)

1991 Nicole AMELINE (UDF)

2002 Yves BOISSEAU (UMP)

2007 Nicole AMELINE (UMP)

5 BAYEUX

1988 François D'HARCOURT (UDF)

1997 Laurence DUMONT (soc.)

2002 Jean-Marc LEFRANC (UMP)

6 VIRE

1988 René GARREC (UDF)

1997 Alain TOURRET (Rad., Cit., et V.)

2002 Jean-Yves COUSIN (UMP)

 

Sénateurs

Ambroise DUPONT (UMP); Jean-Léonce DUPONT (Un. centriste); René GARREC (UMP)

 

Conseil général du Calvados

20 divers droite, 19 PS, 4 NC, 3 UMP, 2 PRG, 1 MODEM

présidente: Anne D'ORNANO (divers droite)

 

Maires

CAEN Philippe DURON (PS)

HEROUVILLE-SAINT-CLAIR Rodolphe THOMAS (MODEM)

LISIEUX Bernard AUBRIL (UMP)

BAYEUX Patrick GOMONT (divers droite)

VIRE Jean-Yves COUSIN (UMP)

MONDEVILLE Hélène MIALON-BURGAT (PS)

IFS: Jean-Paul GAUCHARD (divers gauche)

OUISTREHAM: André LEDRAN (PS)

FALAISE: Eric MACE (divers droite)

HONFLEUR: Michel LAMARRE (divers droite)

COLOMBELLES: Colin SUEUR (PS)

CONDE-SUR-NOIREAU: Nelly LEDUC (divers droite)

DIVES-SUR-MER: Pierre MOURARET (PCF)

TROUVILLE-SUR-MER: Christian CARDON (divers droite)

DOUVRES-LA-DELIVRANDE: Thierry LEFORT (divers gauche)

MEZIDON-CANON: François AUBEY (PRG)

GIBERVILLE: Gérard LENEVEU (PCF)

CORMEILLES-LE-ROYAL: Bernard OBLIN (divers droite)

BLAINVILLE-SUR-ORNE: Daniel FRANCOISE (PS)

DEAUVILLE: Philippe AUGER (divers droite)

FLEURY-SUR-ORNE: Claude LECLERE (PS)

PONT-L'EVÊQUE: André DESPERROIS (divers droite)

SAINT-PIERRE-SUR-DIVES: Jack THEZARD (divers gauche)

BRETTEVILLE-SUR-ODON: Pierre ESTRADE (divers droite)

COURSEULLES-SUR-MER: Frédéric POUILLE (divers droite)

VERSON: Michel MARIE (PS)

CABOURG: Jean-Paul HENRIET (divers droite)

 

Sources: Le Monde, conseil général du Calvados, ministère de l'Intérieur, Parti radical de gauche

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, conseil général du Calvados, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, conseil général du Calvados, Education nationale, Parti radical de gauche)

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