EURE

(dernière mise à jour le 11 avril 2013)

Vieille terre radicale, l'Eure est lentement passée sous le contrôle des giscardiens dans les années 1970, avant de voir émerger deux pôles, l'un socialiste et l'autre gaulliste.

Ces trois sensibilités voisinent lors des législatives de 1988. Ladislas Poniatowski, fils de l'ancien ministre de l'Intérieur de Giscard, est élu dans la 3e circonscription, formée autour de Bernay, vieux fief des indépendants. Dans la 1ere, ancienne circonscription de Jean de Broglie, c'est un autre héritier, Jean-Louis Debré, fils de l'ancien Premier ministre du général de Gaulle, qui remporte le siège. Le PS domine les autre circonscriptions: la 2e, formée comme la 1ere autour d'Evreux, détenue par les communistes, et les 4 et 5e, très urbanisées et frontalières de l'agglomération rouennaise.

En 1993, l'irruption d'un quatrième acteur politique fait disparaître la gauche. Alors qu'il n'atteignait nulle part les 10 %, le FN double presque ses scores et se retrouve au second tour dans la 1ere, où l'écrase Jean-Louis Debré. Dans la 5e, où Freddy Deschaux-Beaume, député PS depuis 1981, ne se représentait pas, c'est le maire RPR de Vernon Jean-Claude Asphe qui bat le conseiller régional FN Guy Dugres. Dans la 2e, Alain Bureau, suppléant François Loncle, est distancé par l'UDF Bernard Blois, laissant le champ libre à la conseillère générale RPR Catherine Nicolas, qui se retrouve seule au second tour. Ladislas Poniatowski retrouve son siège assez facilement, tandis que François Loncle doit s'incliner, dans la 4e, face au conseiller général UDF Bernard Leroy.

Les législatives de 1997 marquent un retour aux rapports de forces d'avant 1993. Chahutés au premier tour, Jean-Louis Debré et Ladislas Poniatowski retrouvent leur siège assez facilement. La remontée de la gauche et le niveau toujours aussi haut du FN provoquent deux triangulaires remportées par la gauche dans les 4e et 5e circonscriptions. La 2e repasse logiquement à gauche.

Le balancier repart à droite en 2002, mais la vague bleue se brise en partie sur une gauche plus solide qu'auparavant, et majoritaire depuis les dernières cantonales. De fait, François Loncle tient bon dans la 4e circonscription. Dans la 2e, Alfred Recours résiste bien mais est coiffé sur le poteau de 640 voix par le RPR Jean-Pierre Nicolas. Le basculement à droite d'Evreux, en 2001, a sans doute pesé lourd dans ce secteur. A Vernon, Catherine Picard est distancée par le maire RPR des Andelys Franck Gilard. Jean-Louis Debré retrouve logiquement son siège et le président PS du conseil général, Jean-Louis Destans, est battu par l'UDF Hervé Morin, qui a succédé à Ladislas Poniatowski, devenu sénateur en 1998.

Un jeune député qui réussit son implantation, puisqu'il est le seul, en 2007, a repasser au premier tour, ce qui est une première depuis le redécoupage de 1986. Ailleurs, les rapports de force restent inchangés. Dans la 4e, François Loncle bénéficie des reports du MODEM, dans un département où les centristes, sous la houlette d'Hervé Morin, se sont ralliés à Nicolas Sarkozy. Dans la 1ere, Bruno Le Maire, poulain de Jean-Louis Debré et Dominique de Villepin, remporte la primaire du premier tour et bat largement la socialiste Anne Mansouret au second. Dans la 2e et la 5e, les sortants de droite sont réélus avec des majorités plus larges qu'en 2002.

Les législatives confirment la relative stabilité des fronts enregistrée depuis dix ans. La gauche ne gagne qu'un siège, et encore d'extrême justesse. Le président du conseil général Jean-Louis Destans parvient à se faire élire dans la 2e. Il distance au premier tour Jean-Pierre Nicolas d'un peu plus de 300 voix. Au second tour, l'écart se resserre à 39 bulletins! Ailleurs, les seconds tours sont plus confortables. François Loncle repasse avec 57,05 % des exprimés. Mais Bruno Le Maire fait mieux que lui. Dans la 5e, Franck Gilard bat assez facilement le FN, que les divisions EELV-PS ont laissé seul au second tour. Assez curieusement, Hervé Morin fait cette fois un "petit" 53,17 % au second tour, assez loin derrière les autres sortants. A noter que si le département semble assez équitablement divisé entre centristes à l'ouest, socialistes au centre et UMP à l'est, ces élections n'apportent aucun renouvellement des cadres.

Si la droite tient le haut du pavé dans les circonscriptions, la gauche domine au niveau cantonal. Les radicaux qui détenaient le conseil général depuis les fin des années 1950 se sont ralliés au giscardisme, avant de perdre le contrôle de l'assemblée départementale au profit du MRG en 1979, puis des radicaux valoisiens en 1982, et de passer au main au PS en 2001.

Lors des cantonales de 1994, la majorité de droite perd deux sièges symboliques au profit de divers gauche: Louviers-Sud, où la maire RPR Odile Proust est battue par Franck Martin, et le canton conservateur de Broglie. A Pont-Audemer, le socialiste Jean-Louis Destans est élu dans une triangulaire contre le maire UDF et un divers droite. Deux autres triangulaires, remportées par la droite, sont provoquées par le FN dans les cantons urbains de Val-de-Reuil et Vernon-Sud. Le FN est est également largement battu par l'UDF à Evreux-Est.

La majorité perd davantage de terrain (cinq sièges) dans la vague rose de 1998. Deux facteurs sont principalement entrés en ligne de compte. D'abord le niveau toujours important du FN, qui fait chuter la droite dans des triangulaires à Evreux-Nord, Ouest, et Gaillon. Ensuite le vieux fond radical. A Beuzeville, le libéral Yves Bouloche ne parvient pas à succéder au radical valoisien Joseph Métral. L'électorat de ce canton populaire lui préfère le socialiste Jean-Pierre Flambard. Les communistes obtiennent un quatrième siège à Pont-de-l'Arche, au détriment de la droite.

Fragilisé par les deux précédents scrutins le président du conseil général Henri Collard doit céder son fauteuil à la gauche en 2001. Celle-ci continue sa progression en zone urbaine, à Val-de-Reuil et Evreux-Est, alors que la préfecture a basculé à droite lors des municipales se déroulant le même jour. Un étonnant chassé-croisé, qui se produit aussi au profit de la droite à Verneuil-sur-Avre, et semble attester du désir des électeurs de voir droite et gauche se partager les leviers de pouvoir dans le département. C'est ce qui pourrait aussi expliquer le basculement à gauche de Rugles et Saint-Georges-de-Vièvre, pourtant réputés sûrs pour la droite. La perte d'Evreux-Sud au profit du PS par le PCF, qui a aussi perdu la ville, est éclipsée par le gain de Brionne contre la droite.

La nouvelle majorité sort renforcée des élections de 2004. Elle continue sa progression dans le nord (Amfreville-la-Campagne, Bourgtheroulde et Beaumont-le-Roger) et dans le canton urbain des Andelys, où le PS remporte une triangulaire avec la droite et le FN. Le renforcement de la droite dans le sud, avec le basculement de Breteuil, dessine peu à peu une nouvelle géopolitique de l'Eure, où la gauche tiendrait le centre et la droite les périphéries. De nouveaux équilibres qui ne sortent pas modifiés des cantonales de 2008. Si le PS conquiert de justesse Routot, le PRG perd Louviers-Sud au profit du Nouveau Centre, après une triangulaire fratricide avec le PS. 

L'opposition de droite progresse d'un siège en 2011, sur la rive droite de la Seine, en reprenant Les Andelys au PS, éliminé au premier tour par le FN. A noter qu'Hervé Morin est élu au premier tour à Cormeilles.

L'échelon municipal semble lui aussi procéder de cette logique de partage du pouvoir, souvent difficile et pas exempt de guerres intestines, entre socialistes, radicaux et communistes d'un côté, et l'UMP et ses alliés du Nouveau Centre de l'autre.

Ainsi, Evreux, vieux bastion radical dont tout les cantons sont à gauche depuis 2001, est passée cette même année à droite. En 1995, le vieux maire communiste Roland Plaisance, en place depuis 1977, est réélu dans une quadrangulaire avec le RPR, le FN et le PS, avec toutefois une majorité de gauche en total des voix. En 2001, au premier tour, malgré l'avance du député RPR Jean-Louis Debre, le total des listes de Roland Plaisance et des Verts dépasse les 50 %. Mais, au second, alors que l'extrême-droite est éliminée, l'attelage PCF-Verts ne convainc que la gauche. De son côté, Jean-Louis Debré puise dans les réserves abstentionnistes, ce qui lui permet de distancer le maire de plus de 1000 voix. Mais son retrait, en 2008, laisse une situation confuse. Face à la liste de son successeur Jean-Pierre Nicolas, affaibli par la primaire sauvage des législatives de 2007, la gauche aligne deux listes, celle du conseiller général Michel Champredon, et celle du candidat PS officiel Rachid Mammeri. Le MODEM, le LCR et le FN ajoutent à l'émiettement des forces en présence. Au second tour, après une campagne très tendue qui a vu au dernier moment le retrait de Rachid Mammeri, Michel Champredon, l'emporte avec un peu moins de 500 voix d'avance.

Le raid réussi d'un député contre une ville, en 2001, a inspiré, de son côté, la socialiste Catherine Picard, à Vernon, détenue depuis 1983 par le RPR Jean-Claude Asphe. La droite parvient à la contrer en parachutant le sénateur Jean-Luc Miraux depuis Pacy-sur-Eure. Mais, en 2008, le maintient au second tour du FN, encore puissant dans cette commune, permet au socialiste Philippe Nguyen Thanh de coiffer Jean-Luc Miraux sur le poteau (20 suffrages).

La gauche domine l'agglomération de Louviers - Val-de-Reuil, tandis que la droite reste solidement ancrée à Bernay et que les communistes conservent leur fief de Gisors.

La droite conserve ses trois sièges de sénateurs en 2008, en faisant bloc autour de la candidature du maire NC de Bernay, Hervé Maurey. Malgré la progression de la gauche depuis 1998, les nouveaux centristes d'Hervé Morin tiennent encore le haut du pavé. Bien qu'ayant progressé par rapport à 1998, le président PS du conseil général Jean-Louis Destans ne peut éviter la réélection des UMP Joël Bourdin et Ladislas Poniatowski.

 

Sources: Le Monde, 577 députés à élire, La Croix


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 EVREUX EST, SUD

1988 Jean-Louis DEBRE (RPR)

1995 Françoise CHARPENTIER (RPR)

1997 Jean-Louis DEBRE (RPR)

2007 Bruno LE MAIRE (UMP)

2008 Guy LEFRAND (UMP)

2012 Bruno LE MAIRE (UMP)

2 EVREUX NORD, OUEST

1988 Alfred RECOURS (soc.)

1993 Catherine NICOLAS (RPR)

1997 Alfred RECOURS (soc.)

2002 Jean-Pierre NICOLAS (UMP)

2012 Jean-Louis DESTANS (soc., rép. et cit.)

3 BERNAY

1988 Ladislas PONIATOWSKI (UDF)

1998 Hervé MORIN (UDF)

2007 Marc VAMPA (NC)

2010 Hervé MORIN (NC)

4 LOUVIERS

1988 François LONCLE (soc.)

1992 Alain BUREAU (soc.)

1993 Bernard LEROY (UDF)

1997 François LONCLE (soc.)

5 VERNON

1988 Freddy DESCHAUX-BEAUME (soc.)

1993 Jean-Claude ASPHE (RPR)

1997 Catherine PICARD (soc.)

2002 Franck GILARD (UMP)

 

Sénateurs

Joël BOURDIN (UMP); Hervé MAUREY (UDI); Ladislas PONIATOWSKI (UMP)

 

Conseil général de l'Eure

14 PS, 11 UMP, 4 divers droite, 4 divers gauche, 4 FG, 4 UDI, 2 PRG

président: Jean-Louis DESTANS (PS)

 

Maires

EVREUX: Michel CHAMPREDON (PS)

VERNON: Philippe NGUYEN THANH (PS)

LOUVIERS: Franck MARTIN (PRG)

VAL-DE-REUIL: Marc-Antoine JAMET (PS)

BERNAY: Hervé MAUREY (UDI)

GISORS: Marcel LARMANOU (FG)

LES ANDELYS: Laure DAEL (PS)

PONT-AUDEMER: Jean-Louis DESTANS (PS)

GAILLON: Bernard LE DILAVREC (PS)

VERNEUIL-SUR-AVRE: Louis PETIET (UMP)

SAINT-MARCEL: Gérard VOLPATTI (divers droite)

PACY-SUR-EURE: Pascal LEHONGRE (UMP)

BRIONNE: Gérard GRIMAULT (FG)

CONCHES-EN-OUCHE: Alfred RECOURS (PS)

LE NEUBOURG: Marie-Noëlle CHEVALIER (UMP)

AUBEVOYE: Jean-Luc RECHER (PRG)

SAINT-SEBASTIEN-DE-MORSENT: Serge BONTEMPS (UDI)

GRAVIGNY: François GANTIER (FG)

ETREPAGNY: Pierre BEAUFILS (UMP)

PONT-DE-L'ARCHE: Richard JACQUET (PS)

 

Sources: Le Monde, La Croix, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, La Croix, ministère de l'Intérieur, Politiquemania)

Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, L'Elu d'aujourd'hui, ministère de l'Intérieur, Education nationale, Parti radical de gauche, UMP, Politiquemania)

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