MAINE-ET-LOIRE

(dernière mise à jour le 3 février 2012)

Dans un Grand Ouest de plus en plus gagné par la progression de la gauche, le Maine-et-Loire est resté un rempart fidèle de la droite. Même la vague rose n'est pas parvenue à le faire céder, contrairement à ce qui s'est passé dans tous les départements voisins.

Cependant, sa géopolitique a tendance à évoluer, depuis la fin des années 70 au niveau municipal, le début des années 80 au plan cantonal et la fin des années 90 dans ses circonscriptions.

Ayant été l'un des rares départements à n'élire aucun député socialiste en 1981, le Maine-et-Loire confirme ce choix en 1988. Cinq députés sur sept sont élus au premier tour. La partie est un peu plus compliquée pour la droite dans la 1ere circonscription, l'une des plus urbanisée avec une gauche très présente, où Roselyne Bachelot-Narquin, fille de l'ancien député gaulliste Jean Narquin, doit attendre le second tour pour être élue. Dans la 7e, l'UDF Marc Laffineur, gêné par une candidature RPR, se retrouve en seconde position derrière la gauche, mais l'emporte au second tour. Partout ailleurs, c'est aussi l'UDF qui domine, avec notamment Edmond Alphandéry dans la 3e et Hervé de Charette dans la 6e.

Vague bleue oblige, tous les sortants sont reconduits en 1993, parfois au premier tour (Edmond Alphandéry dans la 3e, Hervé de Charette dans la 6e, Marc Laffineur dans la 7e), ailleurs à plus de 60 % au second tour.

C'est en 1997 que la gauche parvient à enfoncer un coin de la citadelle de droite. Le coup vient de loin et surtout de là où on ne l'attendait pas. Dans la 4e circonscription, autour de la troisième ville du département, Saumur, le retrait du député sortant UDF Jean Bégault aiguise les appétits à droite. Une primaire a lieu entre le centriste Louis Robineau et le maire RPR de Doué-la-Fontaine Jean-Pierre Pohu. Les premiers résultats donnant ce dernier second, celui-ci annonce alors son intention de se maintenir. Après recomptage, il devance Louis Robineau de 12 voix. Mais profite de cet "incident" pour se maintenir lui aussi. En troisième position, Jean-Michel Marchand, conseiller municipal de Saumur, a aussi la possibilité de se maintenir. Membre de l'Alternative Rouge et Verte, candidat sous la bannière des Verts, il a reçu le soutien du PS, qui ne se fait aucune illusion dans cette circonscription où il est arrivé troisième en 1993 avec à peine plus de 10 % des suffrages.

La surprise n'est en que plus grande au second tour. Jean-Michel Marchand gagne la triangulaire de 90 voix. C'est le premier député de gauche élu au scrutin majoritaire en Maine-et-Loire. Bien que taillée sur mesure pour la droite en 1986, la 4e circonscription, qui recouvre de nombreux vignobles, reste cependant travaillée par un vieux fond radical qui a sans doute été décisif pour M. Marchand.

La droite est reconduite sans surprise partout ailleurs, mais au second tour et avec des majorités bien plus étriquées qu'en 1993, notamment dans la 3e, où Christian Martin, ancien suppléant d'Edmond Alphandéry, nommé au gouvernement en 1993, puis devenu PDG d'EDF en 1995, ne s'impose que de 1231 voix au second tour. Hubert Grimault fait à peine mieux dans la 2e, où se trouvent de gros réservoirs de voix de gauche. Seul Hervé de Charette, sans doute auréolé de ses deux portefeuilles au Logement et aux Affaires étrangères durant la législature, dépasse les 60 %. Mis à part la 1ere qui échoit au RPR, toutes ces circonscriptions reviennent à l'UDF ou à d'anciens UDF (Marc Laffineur, Démocratie libérale, dans la 7e).

En 2002, l'UMP rafle tous les sièges. C'est le seul grand changement de cette législature, dans ce département davantage libéral et modéré que réellement centriste. Fort logiquement, la 4e revient à droite. La victoire de Jean-Michel Marchand en 1997 lui a permis de prendre la commune de Saumur aux municipales de 2001, mais la réciproque n'est pas vraie. Distancé jusque dans sa ville, il est nettement battu par le maire de Thouarcé Michel Piron. Tous les autres sièges restent stables, mais doivent attendre le second tour pour être pourvus, preuve que le terrain perdu en 1997 n'a pas été totalement reconquis.

Comme dans bien d'autres départements, le scrutin de 2007 se caractérise par une grande dichotomie entre les deux tours. Au premier, la droite emporte trois circonscriptions: la 3e où Jean-Charles Taugourdeau succède sans problème à Christian Martin, la 4e où Michel Piron confirme sa bonne implantation, et la 7e où l'imbattable Marc Laffineur est reconduit.

Mais le second tour s'avère plus compliqué pour la droite. Si Roselyne Bachelot, à Angers, et Gilles Bourdouleix, à Cholet, retrouvent leur siège sans trop de problème, Hervé de Charette voit son audience s'effriter dans une 6e circonscription où la droite tient pourtant le haut du pavé. Habitué aux scores très confortables, l'ancien ministre semble souffrir d'une certaine usure en n'obtenant "que" 56,69 % face au conseiller régional PS Serge Bardy. Mais la vraie surprise se produit dans la 2e, où le maire PS de Trélazé, Marc Goua, s'impose face au sortant UMP Dominique Richard. Contrairement à l'"accident" de 1997, cette victoire démontre un réel enracinement de la gauche dans cette circonscription où Ségolène Royal est arrivée en tête en 2007, et où elle représente la plupart des cantons.

Un enracinement confirmé par sa progression au conseil général. En 1994, la gauche ne détenait que 6 cantons sur 41, situés pour la plupart en zones urbaines. En 1998, elle représente cinq cantons sur huit à Angers, notamment celui d'Angers-Trélazé, que le socialiste Marc Goua, qui a arraché la mairie de cette commune au PCF en 1995, remporte sur la droite. La gauche s'étend aussi en tache d'huile sur les zones péri-urbaines (Les Ponts-de-Cé, Saint-Georges-sur-Loire) et remet la main sur son fief de Segré. Elle progresse également à Cholet, où elle remporte le canton I, face à une droite pourtant très forte dans le secteur.

En 2001, l'opposition départementale gagne de nouvelles zones péri-urbaines, en remportant Seiches-sur-le-Loir et Baugé, mais elle doit céder Noyant. Une logique qui prévaut encore en 2004, à Chalonnes-sur-Loire et Doué-la-Fontaine. Malgré la défaite de Jean-Michel Marchand en 2002, la droite perd également les deux cantons de Saumur, au profit notamment des Verts à Saumur-Nord. Elle a cependant la satisfaction de reprendre Cholet I et Segré à la gauche. Cette dernière, maintenant largement dominante à Angers (six cantons sur huit), semble avoir atteint un plafond en 2008, scrutin durant lequel elle ne progresse plus.

Au contraire, en 2011 sa zone d'influence a tendance à se racornir. La majorité départementale récupère en effet sur ses marges Baugé et Saint-Georges-sur-Loire.

C'est que cette année-là, lors des municipales, elle se trouve en position davantage défensive. Malgré un contexte défavorable, la droite compte bien reprendre la main à Angers, l'une des rares villes jugées gagnables pour elle par nombre d'observateurs.

De tradition radicale et républicaine, tenue depuis 1947 par les gaullistes et les indépendants, la préfecture tombe à gauche en 1977. Le socialiste Jean Monnier préfère alors l'alliance avec les centristes à l'union de la gauche. Une décision qui lui vaudra son exclusion du PS mais l'attachement des Angevins, qui le reconduisent régulièrement jusqu'en 1995. En 1998, il cède son siège au socialiste Jean-Claude Antonini, qui se fait réélire en 2001.

Après les échecs de Roselyne Bachelot en 1995 et de Dominique Richard en 2001, la droite pense tenir son champion en 2008, en la personne du jeune président du conseil général Christophe Béchu, face à un Jean-Claude Antonini membre de la "vieille garde" socialiste. Au premier tour, Christophe Béchu le distance de 1587 voix. Mais le maire dispose de davantage de réserves, les listes communiste et d'extrême-gauche ayant rassemblé sur leurs nom près de 5000 bulletins. Le second tour s'avère cependant très serré, Christophe Béchu n'étant battu que de 667 suffrages.

Les deux autres grandes villes du département, Cholet et Saumur, présentent pour leur part une géopolitique assez singulière.

Solidement ancrée à droite, Cholet se trouve cependant au coeur du plus gros bassin ouvrier des Pays-de-Loire. Mais, ici, l'industrialisation s'est effectuée sur la base de petites structures, s'adaptant plus facilement au marché. La quasi-absence de mouvement ouvrier, ainsi qu'un taux assez bas de chômage, ont favorisé un comportement électoral similaire à celui des campagnes environnantes.

A l'origine plutôt paisible politiquement, Saumur a abordé le XXIe siècle en ville frondeuse. En 2001, malgré un contexte défavorable à la gauche, elle se donne pour maire le député vert Jean-Michel Marchand, tête de liste aux régionales de 1998, qui bat assez nettement au premier tour le sénateur-maire RPR Jean-Paul Hugot. Mais, battu aux législatives de 2002, il se retrouve en position délicate en 2008. Distancé au premier tour par l'UMP Michel Apchin, il est gêné par les 8,25 % obtenus par la liste du Parti des Travailleurs. Ayant refusé de transiger avec elle, jugé sévèrement par une partie de la gauche qui lui reproche son passage au PRG,  il est coiffé au poteau par Michel Apchin au second tour. Michel Apchin donne ainsi à la droite la victoire qu'elle attendait à Angers, dans un contexte de vague rose.

La bonne tenue de la gauche aux municipales de 2001 et l'introduction de la proportionnelle permet au PS d'obtenir un siège lors des sénatoriales de 2001. Allié aux Verts et au PRG, l'adjoint au maire d'Angers Daniel Raoul arrive en tête avec 601 voix, alors que PS et écologistes plafonnaient à 408 voix en 1992. Le deuxième siège est décroché par le maire UDF du Fuilet et conseiller général Christian Gaudin, le troisième revenant au président RPR du conseil général André Lardeux. Des élections qui renouvellent totalement la représentation du Maine-et-Loire au palais du Luxembourg. Deux sortants, Jean Huchon (UDF) et Jean-Paul Hugot (RPR), ne se représentaient pas, et le troisième, Charles Jolibois (UDF), candidat en dissident, a été battu.

L'ajout d'un quatrième siège profite à la gauche en 2011. Avec 37,91 % des exprimés, la liste de Daniel Raoul arrive en tête et obtient deux élus, dont l'écologiste Corinne Bouchoux. Gêné par deux autres listes de droite, le président UMP du conseil général Christophe Béchu emporte les deux autres sièges.

 

Sources: Le Monde, Nouvelle géopolitique des régions françaises, La Croix, ministère de l'Intérieur

 

 

 

 

 

 


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(sources: Le Monde, Politiquemania)

 

Chronologie des députés

1 ANGERS CENTRE, EST, NORD-EST

1988 Roselyne BACHELOT-NARQUIN (RPR)

2002 René BOUIN (UMP)

2007 Paul JEANNETEAU (UMP)

2 ANGERS SUD, TRELAZE

1988 Hubert GRIMAULT (Un. du Centre)

2002 Dominique RICHARD (UMP)

2007 Marc GOUA (soc., rad. et cit.)

3 LONGUE-JUMELLES

1988 Edmond ALPHANDERY (Un. du Centre)

1993 Christian MARTIN (UDF)

2002 Jean-Charles TAUGOURDEAU (UMP)

4 SAUMUR SUD, THOUARCE

1988 Jean BEGAULT (UDF)

1997 Jean-Michel MARCHAND (Rad., cit. et V.)

2002 Michel PIRON (UMP)

5 CHOLET

1988 Maurice LIGOT (UDF)

2002 Gilles BOURDOULEIX (UMP)

6 ANGERS OUEST

1988 Hervé DE CHARETTE (UDF)

1993 Alain LEVOYER (UDF)

1997 Hervé DE CHARETTE (UDF)

7 ANGERS NORD, SEGRE

1988 Marc LAFFINEUR (UDF)

2011 Joseph BOSSE (UMP)

 

Sénateurs

Christophe BECHU (UMP); Corinne BOUCHOUX (ratt. soc.); Catherine DEROCHE (UMP); Daniel RAOUL (soc.)

 

Conseil général du Maine-et-Loire

13 divers droite, 13 UMP, 9 PS, 3 divers gauche, 2 MODEM, 1 PRG

président: Christophe BECHU (UMP)

 

Maires

ANGERS: Frédéric BEATSE (PS)

CHOLET: Gilles BOURDOULEIX (UMP)

SAUMUR: Michel APCHIN (UMP)

AVRILLE: Marc LAFFINEUR (UMP)

LES PONTS-DE-CE: Joël BIGOT (PS)

TRELAZE: Marc GOUA (PS)

SAINT-BARTHELEMY-D'ANJOU: Jean-François JEANNETEAU (divers droite)

DOUE-LA-FONTAINE: Jean-Pierre POHU (UMP)

LONGUE-JUMELLES: Frédéric MORTIER (divers droite)

MONTREUIL-JUIGNE: Bernard WITASSE (PS)

SEGRE: Gilles GRIMAUD (divers droite)

BEAUPREAU: Gérard CHEVALIER (divers droite)

CHEMILLE: Michel MIGNARD (UMP)

BOUCHEMAINE: Anne-Sophie HOCQUET DE LAJARTRE (PS)

SAINT-MACAIRE-EN-MAUGES: Jacques HY (MODEM)

CHALONNES-SUR-LOIRE: Stella DUPONT (PS)

BEAUFORT-EN-VALLEE: Jean-Charles TAUGOURDEAU (UMP)

MÛRS-ERIGNE: Philippe BODARD (PS)

BEAUCOUZE: Didier ROISNE (PS)

SAINT-SYLVAIN-D'ANJOU: Claude GENEVAISE (divers droite)

MONTREUIL-BELLAY: Paul LOUPIAS (divers gauche)

VIHIERS: Philippe ALGOET (divers droite)

LE MAY-SUR-EVRE: Alain PICARD (divers gauche)

MAZE: Christophe POT (divers droite)

ECOUFLANT: Dominique DELAUNAY (divers gauche)

SAINTE-GEMMES-SUR-LOIRE: Laurent DAMOUR (divers droite)

LA POMMERAYE: André GRIMAULT (divers gauche)

BAUGE: Philippe CHALOPIN (divers droite)

TIERCE: André SEGUIN (divers droite)

LA SEGUINIERE: Jean-Paul BOISNEAU (UMP)

LE LION-D'ANGERS: Etienne GLEMOT (divers droite)

 

Sources: Le Monde, La Croix, ministère de l'Intérieur, Politiquemania, Sénat, Wikipedia

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, La Croix, ministère de l'Intérieur)

 


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, L'Elu d'aujourd'hui, Journal officiel, ministère de l'Intérieur, Education nationale, Parti radical de gauche, Assemblée nationale)

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