MAYENNE

Vieux bastion de droite, la Mayenne est un peu le pendant rural du Maine-et-Loire, au plan géopolitique. Davantage isolé, ce département n'a vu son comportement électoral n'évoluer qu'au début du XXIe siècle, après quelques bouleversements locaux sans lendemain au début des années 70.

Comme bon nombre de départements de l'Ouest, il demeure assez attaché au centrisme, à la démocratie chrétienne et aux élus sans étiquette. Terre de retour pour les nobles émigrés de la révolution, au XIXe siècle, il abrite encore beaucoup d'élus "à particule", souvent descendants de hobereaux locaux. Cependant, leur attitude vis-à-vis de la gauche n'a jamais vraiment été aussi tranchée qu'ailleurs dans la région, notamment en Vendée. Certaines "passerelles" existent, à l'instar de ce qui se passe actuellement dans la Bretagne voisine. Le radicalisme a d'ailleurs pu s'implanter assez durablement dans les cantons de l'ouest limitrophe de l'Ille-et-Vilaine.

Cependant, jusqu'en 2008, les électeurs mayennais ont toujours élu des députés de droite lors des scrutins à mode majoritaire. Dans la 1ere circonscription s'est imposé dès 1978 le libéral François d'Aubert, qui manque de peu sa réélection en 1988 face au maire socialiste de Laval André Pinçon. Dans la 2e, qui échoit aux gaullistes depuis 1968, le conseiller général RPR Henri de Gastines est reconduit au premier tour en 1988, avec plus des deux tiers des suffrages. Seul Roger Lestas, maire proche de l'UDF de Fougerolles-du-Plessis, a un peu plus de mal dans la 3e, qui abrite Mayenne, ville votant à gauche depuis 1965. Cependant, la dissidence du républicain Michel Scheer au premier tour lui permet de bénéficier d'un réservoir de votes pour le second tour face au maire PS de Mayenne Claude Leblanc.

Les législatives de 1993, avec leur vague bleue, ne sont qu'une formalité pour les trois sortants. A Laval, François d'Aubert s'impose cette fois dès le premier tour. Même chose pour Henri de Gastines, qui retrouve à peu près son étiage de 1988. A Mayenne, Roger Lestas se retrouve seul au second tour, Michel Scheer s'étant retiré et le PS n'ayant même pas atteint les 10 %.

Si elle ne bouleverse aucunement les équilibres, la vague rose de 1997 amoindrit nettement le matelas électoral des trois sortants, et manque même d'emporter Roger Lestas. Parvenant à mobiliser davantage au second tour, Claude Leblanc le talonne de moins de 1800 voix. Après avoir dominé le premier tour, François d'Aubert doit se contenter au second d'un "petit" 53,63 %. Quant à Henri de Gastines, il doit lui aussi retrouver son siège au second tour, après avoir été gêné au premier par des candidatures dissidentes.

La gauche est de nouveau enfoncée en 2002. François d'Aubert est facilement réélu au premier tour. Dans la 3e, le libéral Yannick Favennec donne un "coup de vieux" à Claude Leblanc, présent dans le paysage politique depuis plus de trente ans. Il réussit parfaitement la succession de Roger Lestas, alors que Claude Leblanc perd près de 4500 voix par rapport au second tour de 1997. En revanche, le retrait de Roger de Gastines provoque une primaire à droite dans la 2e. Distancée, la gauche doit se contenter de voir le conseiller général RPR Marc Bernier battre le conseiller régional UDF Didier Pillon, qui a tenté de faire basculer cette circonscription au centre.

Un duel qui annonce le bouleversement de 2007. Quelques semaines après la présidentielle, la Mayenne, dont le président du conseil général Jean Arthuis a soutenu François Bayrou, se retrouve au coeur de la bataille entre l'UMP et le MODEM. Si, dans la 3e, Yannick Favennec y échappe avec sa réélection au premier tour, la campagne électorales est rude dans les deux autres circonscriptions. A Château-Gontier, Marc Bernier est sérieusement menacé par la conseillère générale MODEM Elisabeth Doineau. N'ayant même pas atteint les 20 % au premier tour, celle-ci effectue une spectaculaire remontée au second, rassemblant sur son nom toutes les voix de gauche et une bonne partie de celles de droite. Si Marc Bernier la bat avec à peu près le même écart que Didier Pillon en 2002, ses réserves entre les deux tours s'avèrent très basses (moins de 700 suffrages). En revanche, François d'Aubert n'a pas cette chance, malgré un premier tour correct l'ayant vu dépasser les 45 %. Face à lui, le conseiller général socialiste Guillaume Garot rassemble bien au delà de son camp, notamment les 8,34 % obtenus par le MODEM, ce qui lui permet de l'emporter au second tour avec 627 bulletins d'avance. Distancé jusque de sa ville de Laval, François d'Aubert n'a de son côté attiré que les suffrages de l'extrême-droite et des villiéristes.

Au conseil général, la gauche n'a longtemps fait que de la figuration. Après une première poussée en 1973, suite à la victoire du PS à Laval en 1971 et le redécoupage des cantons de la préfecture, elle décline ensuite lentement face aux hommes de François d'Aubert. En 1994, il n'y a plus qu'un seul conseiller général d'opposition: Claude Leblanc à Mayenne-Ouest.

La vague rose de 1998 lui redonne un peu d'oxygène. Malgré le passage à droite de Laval en 1995, elle reprend pied dans les cantons Sud-Ouest et Saint-Nicolas. A noter également la défaite de Roger Lestas à Landivy, face au maire divers droite du chef-lieu Jean-Pierre Dupuis. Moins favorable à l'opposition, la séquence de 2001 se caractérise par sa grande stabilité.

Parallèlement à une nouvelle poussée de gauche, le scrutin de 2004 voit l'UMP échouer à conquérir le moindre canton, les électeurs de la majorité préférant l'UDF et les divers droite. L'opposition résiste bien et se renforce en zone urbaine. Elle prend ainsi à la droite Laval Nord-Est et Nord-Ouest, où est élu le Vert Claude Gourvil, et Mayenne-Est, vieux fief de la famille Scheer. La gauche devient donc majoritaire dans les deux plus grandes villes.

Lors de partielles en 2004 et 2005, elle s'étend encore dans le bassin de Laval (Argentré) et en zone rurale (Evron). L'UMP, quant à elle, l'emporte en 2008 à Grez-en-Bouère, mais le département reste largement dominé par les divers droite, Jean Arthuis ayant quitté le MODEM.

En Mayenne, les villes sont la principale porte d'entrée d'une gauche assez marginalisée dans l'ensemble.

Le PS s'empare de la préfecture Laval dès 1971. Elu maire en 1973, André Pinçon démissionne en 1994, à quelques mois des municipales de 1995. Implanté dans le secteur depuis une quinzaine d'années, le ministre François d'Aubert a facilement raison de son successeur Yves Patoux. Il est élu dès le premier tour. Il fait de même en 2001 face au socialiste Guillaume Garot. Mais le vent tourne en 2008. Très affaibli par la perte de son siège de député en 2007, François d'Aubert est cette fois-ci battu au premier tour par Guillaume Garot, qui semble avoir bénéficié, comme en 2007, de la bienveillance d'une partie des centristes.

Un phénomène aussi très présent à Mayenne. Maire depuis 1971, le socialiste Claude Leblanc, mais ayant abandonné cette étiquette après les régionales de 1986, est facilement reconduit au premier tour en 1995. Même chose en 2001, scrutin qui le voit affronter une liste RPF. En 2008, le député UMP Yannick Favennec croit profiter du retrait de Claude Leblanc. Mais son poulain Michel Angot réussit parfaitement sa succession avec plus de 60 % des voix.

Château-Gontier, la capitale du Haut-Anjou, a longtemps été le fief du leader centriste Jean Arthuis, élu sur une alliance avec la gauche en 1971. En se retirant en 2001, il laisse une situation confuse. Son dauphin Didier Pillon doit faire face à une liste sans étiquette regroupant droite et gauche et menée par le jeune Philippe Henry (divers droite), et à Dominique Forêt, ancienne adjointe de Jean Arthuis. Si cette dernière arrive largement en tête dans la section communale de Bazouges, elle est distancée dans le chef-lieu au second tour. L'électorat est séduit par le rassemblement initié par Philippe Henry, qui bat Didier Pillon de plus de 200 voix. De nouveau soutenu par une bonne partie de la gauche en 2008, Philippe Henry bat facilement au premier tour l'UMP et la liste officielle du PS.

Les élections sénatoriales de 2001 ont été l'occasion pour les centristes de démontrer leur avance sur la gauche et les autres forces de droite. Si Jean Arthuis est facilement réélu dès le premier tour, son collègue UDF François Zocchetto domine le second tour. Le seul candidat en mesure de le menacer, le conseiller général divers droite Norbert Bouvet est distancé de 74 voix, tandis que la gauche est loin derrière.

 

sources: Le Monde, Nouvelle géopolitique des régions françaises


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 LAVAL

1988 François D'AUBERT (UDF)

1995 Henri HOUDOUIN (RPR)

1997 François D'AUBERT (DL)

2004 Henri HOUDOUIN (UMP)

2007 Guillaume GAROT (soc., rad. et cit.)

2 CHÂTEAU-GONTIER

1988 Henri DE GASTINES (RPR)

2002 Marc BERNIER (UMP)

3 MAYENNE

1988 Roger LESTAS (app. UDF)

2002 Yannick FAVENNEC (UMP)

 

Sénateurs

Jean ARTHUIS (Un. centriste); François ZOCCHETTO (Un. centriste)

 

Conseil général de la Mayenne

16 divers droite, 5 UMP, 4 PS, 3 divers gauche, 2 NC, 1 MODEM, 1 Vert

Président: Jean ARTHUIS (divers droite)

 

Maires

LAVAL: Guillaume GAROT (PS)

MAYENNE: Michel ANGOT (divers gauche)

CHATEAU-GONTIER: Philippe HENRY (divers droite)

EVRON: Joël BEDOUET (divers gauche)

SAINT-BERTHEVIN: Yannick BORDE (divers droite)

ERNEE: Gérard HEUDE (divers droite)

CHANGE: Olivier RICHEFOU (MODEM)

BONCHAMP-LES-LAVAL: Pierre-Yves MARDELE (divers droite)

CRAON: Catherine RAYON (divers droite)

L'HUISSERIE: Christian BRIAND (divers gauche)

 

sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, ministère de l'Intérieur)


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