ALPES-DE-HAUTE-PROVENCE

Le petit département des Alpes-de-Haute-Provence est encore typique de l'attachement à la gauche cultivé par l'électorat provençal. Un phénomène un peu atténué par une péri-urbanisation favorisant la droite et l'extrême-droite.

En 1988, les deux circonscriptions revenaient à un PS favorisé par de bons reports de voix d'un PCF encore puissant. Cinq ans plus tard, l'érosion et la division de la gauche mettaient un terme à cette domination. Dans la 1ere circonscription, François Massot ne put résister à l'assaut en règle du maire RPR de Digne Pierre Rinaldi, qui venait juste d'accéder à la présidence du conseil général. Dans la 2e, André Bellon, entré en dissidence et gêné par la candidature de José Escanez, soutenu officiellement par le PS, se retrouva en quatrième position au premier tour, laissant la voie libre au RPR Pierre Delmar, qui eut facilement raison de la candidate FN.

Bien que majoritaire depuis 1988 au conseil général, la droite manqua, durant cette législature, de nombreuses occasions de s'enraciner davantage. Démissionné par le conseil constitutionnel, suite à ses déboires judiciaires, Pierre Rinaldi dut céder en 1994 son siège à son suppléant Francis Galizi, peu menacé il est vrai par un François Massot en perte de vitesse. Les pertes en 1995 de Manosque, et surtout de Digne, n'arrangèrent rien.

Devenu maire de la préfecture en séduisant l'électorat centriste, l'ancien ministre de l'Aménagement du territoire Jean-Louis Bianco mena la gauche à la reconquête du département. En 1997, malgré un premier tour très serré, il emporta la 1ere circonscription. La victoire du maire radical de Manosque Robert Honde était en revanche moins attendue dans la 2e. Battu de moins de 300 voix, Pierre Delmar n'a semble-t-il pas convaincu les abstentionnistes du premier tour.

Véritable homme fort du département depuis son élection à la tête du conseil général, en 1998, M. Bianco fut à même de résister à la vague bleue de 2002. Mais, avec seulement 428 voix d'avance sur Francis Galizi, sa victoire est étriquée. En revanche, le triomphe du maire RPR de Sisteron Daniel Spagnou, dans la 2e, est net (près de 20 points), face à un Robert Honde affaibli par sa défaite aux municipales de 2001.

Les législatives de 2007 n'apportent aucun changement. Une stabilité qui cache en fait un véritable retournement de tendance entre les deux tours, à l'image du phénomène observé nationalement. Après les bons scores réalisés par Nicolas Sarkozy à la présidentielle, Jean-Louis Bianco pouvait se faire des soucis. Distancé de plus de 800 voix au premier tour par la maire UMP de Malijai Eliane Barreille, il aborde le second tour en position très délicate. Son équipe a du chercher les suffrages un à un pour lui assurer une réélection plus confortable qu'en 2002. A contrario, Daniel Spagnou, en avance au premier tour de près de 18 points sur le maire PS de Forcalquier Christophe Castaner, obtient au second une réélection moins large qu'en 2002.

Longtemps tenu par la gauche, le conseil général a vu se succéder les présidents élus au bénéfice de l'âge entre 1982 et 1992, du fait de l'érosion de la majorité, qui bascula à droite en 1988. Devenu président du conseil général en 1992, Pierre Rinaldi ne parvint pas à empêcher l'élection en 1994 de Jean-Louis Bianco dans la canton de Digne-Ouest, voisin du sien. L'ancien ministre obtenait enfin le succès, après l'échec de son parachutage à Forcalquier et son score médiocre aux régionales de 1992. Le scrutin de 1994 consacra cependant le statu-quo, avec quelques chassés-croisés de droite à gauche (Moustiers-Sainte-Marie) et de gauche à droite (Saint-Étienne-les-Orgues et Turriers).

Devenu maire de Digne en 1995 et fort de sa percée aux régionales, Jean-Louis Bianco attendit 1998 pour s'asseoir dans le fauteuil de Pierre Rinaldi. Avec les gains de Castellane, Forcalquier et Noyers-sur-Jabron, la gauche dépassa la droite d'un siège. Une majorité renforcée en 2001, malgré la perte des Mées, par la conquête d'Allos-Colmars et de Saint-Étienne-les-Orgues. A noter qu'entre-temps, la gauche gagna également Digne-Est, le canton de M. Rinaldi, après le décès de ce dernier.

Avec quatre sièges supplémentaires, la gauche s'est davantage enracinée en 2004. L'énorme surprise vînt de Barcelonnette, avec la défaite du maire UMP dans un bastion conservateur, à la sociologie électorale proche des Hautes-Alpes voisines. Avec le gain de Valensole et Riez, la gauche devient hégémonique sur le plateau de Valensole. La droite est également bousculée dans la vallée de la Durance, où elle avait considérablement progressé depuis les année 80.

Le PCF, quant à lui, reste stable avec quatre cantons, situés pour la plupart en zone rurale, à l'exception de Manosque - Sud-est, qui recouvre la petite ville ouvrière de Sainte-Tulle.

En 2008, c'est pourtant la seule formation de gauche à reculer, en cédant Entrevaux à la droite. La majorité progresse cependant lors de cette série. Elle mord un peu plus sur l'électorat montagnard, en emportant Seyne, et devient hégémonique sur tous les cantons de Manosque. L'UMP est le grand perdant de ce scrutin, en passant de six à deux sièges, au profit de la gauche mais aussi des divers droite, notamment à Peyruis, où tombe Francis Galizi, l'un des derniers survivants de l'ère Rinaldi.

Au niveau municipal, les deux plus grandes villes du département ont connu des fortunes diverses. Tenue depuis 1977 par Pierre Rinaldi, Digne-les-Bains s'est donnée pour maire, dès le premier tour en 1995, Jean-Louis Bianco, qui a su fédérer une partie des électeurs de droite mécontents de la gestion de plus en plus contestée de M. Rinaldi. En revanche, en 2001, M. Bianco ne put faire l'économie d'un second tour. Le scrutin de 2008 est marqué par la division. Installé en 2002 par Jean-Louis Bianco, Serge Gloaguen doit faire face à René Massette, soutenu par la fédération PS... et par Jean-Louis Bianco. Partagée en deux liste, la droite plafonne à 28 %. Elle ne parvient pas à se mettre d'accord au second tour, remporté haut la main par Serge Gloaguen qui domina ce scrutin de bout en bout.

Depuis 1977, Manosque est le théâtre de la rivalité entre le radical de gauche Robert Honde et le gaulliste Louis Rafailli. Un affrontement qui tourna à la victoire du premier en 1977, du second en 1983, puis au retour triomphal de M. Honde en 1995. Lors de ce scrutin, le total des voix d'extrême-droite dépassa les 24 %, répartis entre le FN et l'Alliance populaire. Distancé au premier tour par M. Honde, M. Rafailli choisit alors de s'allier à la liste AP de Jean-Claude de Guilhermier. Loin de convaincre, cet attelage obtint au second tour exactement 40 voix de moins que l'addition des deux listes... En revanche, Robert Honde attira le petit millier d'abstentionnistes du premier tour, lui permettant de frôler la majorité absolue.

En 2001, le mauvais report des voix écologistes fut fatal à Robert Honde. Vainqueur de la primaire à droite, le RPR Bernard Jeanmet profite en revanche pleinement de son alliance avec l'UDF Gérard Velin et attire de nombreux abstentionnistes. Il est reconduit au second tour en 2008, mais ne fait pas le plein des voix de la droite, assez divisée au premier tour (trois listes).

Elu de très peu en 1998, l'unique sénateur du département, le socialiste Claude Domeizel, affirme en 2008 sa suprématie, en obtenant plus de 54 % au premier tour, presque le double du score du candidat UMP Michel Lanfranchi, et ce malgré la présence des communistes et des Verts. Un résultat historique dans ce département où les grands électeurs se partagent traditionnellement entre gauche et droite.

 

Source: Le Monde


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 DIGNE

1988 François MASSOT (soc.)

1993 Pierre RINALDI (RPR)

1994 Francis GALIZI (UDF)

1997 Jean-Louis BIANCO (soc.)

2 MANOSQUE

1988 André BELLON (soc.)

1993 Pierre DELMAR (RPR)

1997 Robert HONDE (rad., cit. et V.)

2002 Daniel SPAGNOU (UMP)

 

Sénateur

Claude DOMEIZEL (soc.)

 

Conseil général des Alpes-de-Haute-Provence

12 PS, 6 divers droite, 6 divers gauche, 3 PCF, 2 UMP, 1 MRC

président: Jean-Louis BIANCO (PS)

 

Maires

MANOSQUE: Bernard JEANMET (UMP)

DIGNE-LES-BAINS: Serge GLOAGUEN (PS)

SISTERON: Daniel SPAGNOU (UMP)

CHATEAU-ARNOUX-SAINT-AUBAN: Patrick MARTELLINI (divers gauche)

FORCALQUIER: Christophe CASTANER (PS)

ORAISON: Michel VITENET (divers droite)

 

Sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur

 

 

 

 

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, L'Elu d'aujourd'hui, Le Dauphiné Libéré, ministère de l'Intérieur)

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