ALPES-MARITIMES

(dernière mise à jour le 20 décembre 2009)

Rattaché à la France en 1860, l'ancien comté de Nice est l'un des départements les plus conservateurs de France. C'est aussi l'une des zones les plus favorables à l'extrême-droite, et ce depuis l'émergence du FN au milieu des années 80. Dans ce contexte, la gauche, présente en 1981, avec Max Gallo et Jean-Hugues Colonna, est souvent réduite à la portion congrue, même si le PCF conserve quelques places fortes.

Depuis 1988, les enjeux ont surtout porté entre les différentes tendances de la droite, dominée par les gaullistes, et le FN. Lors du scrutin ayant suivi la réélection de François Mitterrand, le FN arrivait en seconde position dans la 3e circonscription, et dépassait les 20 % dans les 2e, 6e, 7e et 8e. Une situation qui bénéficia globalement à la droite pour réaliser le grand chelem.

Le contexte très défavorable à la gauche allait permettre au FN de s'imposer, en 1993, comme la seconde force politique du département. Totalement éliminé au premier tour, le PS laissa la droite battre l'extrême-droite, quelquefois d'ailleurs de façon assez risquée. Ainsi, dans la 2e, le RPR Christian Estrosi manqua-t-il de rater son parachutage depuis la 5e. Avec un peu plus de 1000 voix de retard, Jacques Peyrat, arrivé en tête au premier tour, bénéficia du soutien de la famille de l'ancien maire CNI Jacques Médecin. En revanche, dans la 3e, loin de créer la surprise, la candidature de Jean-Marie Le Pen provoqua un effet de repoussoir. Devançant le sortant UDF, Rudy Salles, de près de 3500 voix au premier tour, il est très nettement battu au second.

Ce n'est pas l'extrême-droite, mais son propre camp qui menaça Louise Moreau, l'une des trois "Mamies de la Côte", avec Martine Daugreilh et Suzanne Sauvaigo, dans la 8e. Devancée de près de 1000 voix au premier tour, elle bat avec le même écart au second le très contesté maire UDF de Cannes Michel Mouillot, dont la candidature a paru rédhibitoire aux électeurs du FN, dans la seule circonscription où ce parti a été éliminé au premier tour.

La vague rose de 1997 n'apporta aucun préjudice à la droite, à l'exception notable de la circonscription de Grasse. Le maire Vert de Mouans-Sartoux, André Aschieri, dut surtout son élection à la division de la droite. Détenu par Pierre Bachelet, ce siège a aiguisé l'ambition de la maire libérale du Cannet, Michèle Tabarot. Mais cette primaire fut brouillée par la candidature du maire villiériste de Grasse, Jean-Pierre Leleux. Obtenant moins de 10 % des voix, il provoqua la relégation à la troisième et quatrième place de Mme Tabarot et M. Bachelet, laissant le candidat de gauche battre seul le FN au second tour.

Globalement, les candidats de droite furent mieux élus au second tour, face au FN, qu'en 1993. La palme revint au maire d'Antibes Jean Léonetti qui, avec 72,96 %, réussit sans problème la succession de Pierre Merli dans la 7e. Dans la 6e, malgré la primaire qui tourna à l'avantage du maire RPR de Villeneuve-Loubet Lionnel Luca, au détriment de Suzanne Sauvaigo, pas une voix ne manqua à la droite, avec 71,38 %. Dans la 2e, l'ancien FN Jacques Peyrat, élu maire de Nice sous l'étiquette RPR en 1995, obtint 70,63 % en rassemblant la droite et une partie de l'extrême-droite contre le FN.

Le scrutin de 2002, après le triomphe de Jean-Marie Le Pen à la présidentielle dans toutes les circonscriptions, marqua cependant un recul relatif du FN et un petit rééquilibrage en faveur de la gauche. Un phénomène cependant insuffisant pour inquiéter la droite. Dans la 9e, unie derrière Michèle Tabarot, elle profita de l'élimination du FN au premier tour pour reprendre, de justesse il est vrai, le siège d'André Aschieri. La gauche est également présente au second tour, en duel dans la 1ere et la 7e, et dans une triangulaire avec la droite et le FN dans la 2e.

En 2007, l'effondrement de l'extrême-droite fait suite aux excellents scores réalisés par Nicolas Sarkozy à la présidentielle. Du coup, les enjeux ne se situent quasiment plus qu'à droite. Emmenés par le sarkozyste de choc Christian Estrosi, l'UMP et le NC emportent sept circonscriptions au premier tour. Au second, dans la 1ere, un duel oppose l'UMP Eric Ciotti au socialiste Patrick Allemand. Le député sortant, Jérôme Rivière, qui a eu la mauvaise idée de soutenir Philippe de Villiers à la présidentielle, est balayé au premier tour. Eric Ciotti l'emporte au second tour, avec un score meilleur que celui de M. Rivière en 2002. Dans la 8e, Le face-à-face entre Bernard Brochand et le maire UMP de Mandelieu Henri Leroy tourne au second tour à l'avantage du sortant, alors que l'abstention bondit de près de sept points et que le nombre de bulletins blancs et nuls quintuple.

Bien que le conseil général soit largement dominé par la droite, le scrutin cantonal de 1998 a été plutôt favorable à la gauche, qui a progressé de 8 sièges, grâce surtout à des triangulaires avec le FN. Ainsi, le PCF emporta-t-il Nice III, et le PS Grasse-Nord, Nice XIV et surtout Nice V et XI aux dépens de Geneviève Médecin-Assemat et Rudy Salles. A Grasse-Sud, c'est le Vert Jean-Raymond Vinciguerra qui fit chuter Jean-Pierre Leleux, toujours dans une triangulaire. Une progression stoppée en 2001... au bénéfice de l'âge. Ayant obtenu exactement le même nombre de voix que le socialiste Marc Concas, à Nice I, le sortant libéral, Gérard Bosio, plus âgé, conserva son siège.

Quant au PCF qui, en 1994, détenait trois sièges de gauche sur quatre, il est resté stable en douze ans dans ses fiefs de la "Vallée rouge", au nord de Nice (Carros, Contes et L'Escarène). En 2008, il doit cependant céder Carros au PS dans une triangulaire.

Les cantonales de 2004 se déroulèrent à rebours du contexte politique national, défavorable à la droite. Cette dernière progressa d'un siège, Jean-Pierre Leleux ayant réussi à prendre Grasse-Nord au PS. Cependant, l'opposition départementale a stabilisé ses positions à Nice. Elle progresse lors de la partielle de juin 2005, qui voit l'élection de la socialiste Dominique Boy-Mottard à Nice VII. Une avance réduite lors de la partielle de juin 2007, qui voit un UMP remplacer un PS décédé dans la canton de Nice XI.

Christian Estrosi est l'un des rares président de département de droite à limiter les dégâts lors des cantonales de 2008. Sa majorité ne cède qu'un siège, Mougins, au profit des écologistes, preuve de l'influence encore importante exercée par l'ancien député André Aschieri dans le secteur.

La gauche est également très peu présente dans les municipalités, même si elle s'est faite très menaçante à Nice en 2001. L'histoire politique de la préfecture a, il est vrai, été particulièrement mouvementée ces vingt dernières années. La puissante famille Médecin a perdu son fief au début des années 90. Venant de l'aile gauche de l'UDF, Jacques Médecin a terminé sa carrière au CNI et n'a jamais caché, dès l'émergence du FN, sa sympathie pour Jean-Marie Le Pen, même après son exil en Uruguay en cours de mandat.

Entre 1989 et 1995, pas moins de trois maires se sont donc succédés, alors que l'extrême-droite attendait son heure. Pourtant, c'est débarrassé de son étiquette FN que Jacques Peyrat parviendra à ses fins. En 1995, il arrive, au premier tour, à près de 9500 voix devant le maire RPR sortant, Jean-Paul Baréty. La gauche frôle les 20 %, tandis que la liste FN menée par Jean-Pierre Gost se contente de la quatrième place, avec 12,51 %. Quant au député Rudy Salles, il essuit un cuisant échec avec 2,94 % des voix. Au second tour, les rapports de forces restent inchangés, Jacques Peyrat prenant une avance décisive. Bénéficiant d'une hausse importante de la participation, l'ex-FN parvient également à attirer près du tiers des électeurs des électeurs d'extrême-droite du premier tour. Bien que disposant d'un matelas de suffrages, Jean-Paul Baréty ne peut pas rattraper son retard. La liste PS de Paul Cuturello reste stable, mais perd cependant trois sièges.

En 2001, Jacques Peyrat trouve sur sa route le PS Patrick Mottard et l'ancienne députée FN d'Eure-et-Loir, Marie-France Stirbois. Mais celle-ci fait encore moins bien que Jean-Pierre Gost en 1995. En revanche, la gauche progresse de 10 points, tandis que M. Peyrat reste sensiblement au même niveau. Disposant théoriquement de moins de réserve de voix que le maire sortant, Patrick Mottard manque de créer la surprise au second tour, en talonnant Jacques Peyrat de 3500 voix, bénéficiant des retombées de la campagne très "tout sauf Peyrat" de la députée Jacqueline Mathieu-Obadia, éliminée au premier tour. Loin derrière, Marie-France Stirbois redonne tout de même un peu de couleurs à l'extrême-droite, avec 14,21 % des suffrages.

La droite se déchire en 2008, mais cette fois-ci la gauche n'apparaît pas en mesure de tirer les marrons du feu. Jacques Peyrat, qui doit faire face aux candidatures de Christian Estrosi et du socialiste Patrick Allemand. Il se retrouve en seconde position, derrière Christian Estrosi qui ne réunit cependant qu'un gros tiers des suffrages. La gauche se tient bien, mais elle est également divisée, Patrick Mottard s'étant présenté en dissident. Patrick Allemand effectue une belle remontée au second tour mais il est distancé de plus de 10 000 voix par Christian Estrosi. Quant à Jacques Peyrat, il semble qu'il ait été victime à la fois de son âge (79 ans) et du vote utile en faveur de M. Estrosi.

L'autre point chaud du département fut longtemps Cannes. L'UDF Michel Mouillot, qui arracha la mairie à la RPR Anne-Marie Dupuy en 1989, dut faire face en 1995 au parachutage du député RPR du Val-d'Oise Pierre Lellouche. Une opération totalement ratée, M. Mouillot obtenant deux fois plus de voix que lui au premier tour, et même la majorité absolue au second, malgré une triangulaire avec un FN à plus de 16 %. La chute de la maison Mouillot, quelques mois plus tard, suite à ses déboires judiciaires, et son remplacement par le doyen du conseil municipal, Maurice Delaunay, aiguisa bien des appétits, dont celui du journaliste Yves Mourousi. Décédé en 1998, il ne prit pas part à la foire d'empoigne de 2001, dont se dégagea le publicitaire chiraquien Bernard Brochand, face entre autres au député pasquaïen Lionnel Luca et à une gauche requinquée. En 2008, il triomphe d'une quadrangulaire contre le PS et deux listes divers droite.

Les sénatoriales de 2008 furent l'occasion de renouveler totalement la représentation des Alpes-Maritimes au palais du Luxembourg. Tout d'abord, l'adjonction d'un cinquième siège à la proportionnelle favorise mécaniquement le PS, qui réussit ainsi à faire élire le maire de Valbonne Marc Daunis. Ensuite, la dissidence du maire UMP de Saint-Jean-Cap-Ferrat Robert vestri, qui obtient un siège, empêche la réélection de Pierre Lafitte, seul sénateur sortant. La liste officielle place ainsi Colette Giudicelli, Jean-Pierre Leleux et Louis Nègre.

 

Sources: Le Monde, Nouvelle géopolitique des régions françaises

 

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Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 NICE I, II, III, XII

1988 Charles EHRMANN (UDF)

2002 Jérôme RIVIÈRE (UMP)

2007 Eric CIOTTI (UMP)

2 NICE IV, V, VI, VII

1988 Martine DAUGREILH (RPR)

1993 Christian ESTROSI (RPR)

1994 Jean-Paul BARETY (RPR)

1997 Jacques PEYRAT (RPR)

1998 Jacqueline MATHIEU-OBADIA (RPR)

2002 Muriel MARLAND (UMP)

3 NICE VIII, X, XI, XIII

1988 Rudy SALLES (UDF)

4 MENTON

1988 Emmanuel AUBERT (RPR)

1996 Xavier BECK (RPR)

1997 Jean-Claude GUIBAL (RPR)

5 NICE IX, XIV

1988 Christian ESTROSI (RPR)

1993 Gaston FRANCO (RPR)

1997 Christian ESTROSI (RPR)

2005 Charles-Ange GINESY (UMP)

2008 Christian ESTROSI (UMP)

2009 Charles-Ange GINESY (UMP)

6 CAGNES-SUR-MER

1988 Suzanne SAUVAIGO (RPR)

1997 Lionnel LUCA (RPR)

7 ANTIBES 

1988 Pierre MERLI (UDF)

1997 Jean LEONETTI (UDF)

8 CANNES

1988 Louise MOREAU (UDF)

2001 Bernard BROCHAND (RPR)

9 GRASSE

1988 Pierre BACHELET (RPR)

1997 André ASCHIERI (rad., cit., et V.)

2002 Michèle TABAROT (UMP)

 

Sénateurs

Marc DAUNIS (soc.); Colette GIUDICELLI (UMP); Jean-Pierre LELEUX (UMP); Louis NEGRE (UMP); René VESTRI (UMP)

 

Conseil général des Alpes-Maritimes

37 UMP, 5 PS, 4 divers droite, 3 PCF, 2 divers gauche, 1 Vert

président: Eric CIOTTI (UMP)

 

Maires

NICE: Christian ESTROSI (UMP)

ANTIBES: Jean LEONETTI (UMP)

CANNES: Bernard BROCHAND (UMP)

CAGNES-SUR-MER: Louis NÈGRE (UMP)

GRASSE: Jean-Pierre LELEUX (UMP)

LE CANNET: Michèle TABAROT (UMP)

MENTON: Jean-Claude GUIBAL (UMP)

SAINT-LAURENT-DU-VAR: Henri REVEL (divers droite)

VALLAURIS: Alain GUMIEL (UMP)

MANDELIEU-LA-NAPOULE: Henri LEROY (UMP)

VENCE: Christian IACONO (divers droite)

MOUGINS: Caroline GALY (UMP)

VILLENEUVE-LOUBET: Jean-François CAMOU (UMP)

BEAUSOLEIL: Gérard SPINELLI (divers droite)

ROQUEBRUNE-CAP-MARTIN: Patrick CESARI (UMP)

VALBONNE: Marc DAUNIS (PS)

CARROS: Antoine DAMIANI (PS)

LA TRINITÉ: Gérard SCOFFIE (UMP)

MOUANS-SARTOUX: André ASCHIERI (divers gauche)

BIOT: Jean-Pierre DERMIT (UMP)

PEYMEINADE: Françoise BROUSTEAU (divers droite)

VILLEFRANCHE-SUR-MER: Gérard GROSGOGEAT (UMP)

LA COLLE-SUR-LOUP: Christian BERKESSE (divers gauche)

CONTES: Francis TUJAGUE (PCF)

LA GAUDE: Michel MEINI (divers droite)

PEGOMAS: Gilbert PIBOU (UMP)

ROQUEFORT-LES-PINS: Michel ROSSI (UMP)

CAP-D'AIL: Xavier BECK (UMP)

LA ROQUETTE-SUR-SIAGNE: André-Jean ROATTA (UMP)

DRAP: Marc MORINI (PCF)

SAINT-ANDRÉ: Honoré COLOMAS (UMP)

TOURRETTE-LEVENS: Alain FRÈRE (UMP)

TOURRETTES-SUR-LOUP: José BERTAINA (divers droite)

LEVENS: Antoine VERAN (divers droite)

BEAULIEU-SUR-MER: Roger ROUX (divers droite)

SAINT-JEANNET: Jean-Michel SEMPERE (divers droite)

GATTIERES: Jean-Pierre TESTI (PCF)

 

Sources: Le Monde, Sénat, ministère de l'Intérieur, Christophe Broquet

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, L'Elu d'aujourd'hui, ministère de l'Intérieur, Parti radical de gauche)


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