VAR

Totalement verrouillé par la droite depuis le milieu des années 80, le Var a subi de nombreuses mutations politiques au milieu des années 90. Le coup d'envoi de ces changements se déroula dans le sang avec le meurtre de la députée Yanne Piat en 1994. Un drame qui ébranla le monde politique local et régional.

Durant les législatives de 1988, la droite rafle six sièges sur sept, le septième revenant dans la 3e circonscription à la FN Yanne Piat, à la faveur d'une triangulaire.

Conséquemment, l'effondrement de la gauche en 1993 laisse le champ libre au FN, qui se retrouve au second tour partout en duel sauf dans la... 3e circonscription, où la filleule de Jean-Marie Le Pen, ralliée à l'UDF, bat largement le FN Jean-Jacques Gérardin et le conseiller général divers droite Joseph Sercia. Défaite aussi partout ailleurs, l'extrême-droite n'en reste pas moins menaçante, obtenant près de 40 % au second tour à Toulon Sud et Nord.

La progression de l'extrême-droite se confirme en 1997. Après avoir enlevé la mairie de Toulon en 1995, le FN se retrouve seul face à la gauche dans les deux circonscriptions recouvrant la préfecture, distançant les deux sortants de droite gênés par des candidats dissidents. Comme en 1988, le Var envoie un député FN à l'Assemblée nationale, cette fois-ci dans la 1ere circonscription. Un triomphe de courte durée, puisque devenu inéligible, le maire de Toulon Jean-Marie Le Chevallier doit céder l'investiture à son épouse Cendrine, qui échoue deux fois de suite lors de partielles face à la socialiste Odette Casanova.

Le PS confirme son ancrage dans le nord-ouest du département, en conservant la circonscription du Beausset-Brignoles prise à la droite lors d'une partielle en 1996. En revanche, il échoue dans une triangulaire à Draguignan face au sortant et au FN. Les trois autres sièges reviennent à la droite, qui n'atteint cependant pas les 70 % dans ses duels avec le FN.

Ce retour en grâce de la gauche n'aura duré que le temps d'une législature. A Toulon Sud, la chute de la maison Le Chevallier profite à l'UDF Geneviève Lévy, qui bat Odette Casanova avec près de 39 points de différence. A Brignoles, Guy Menut, qui a succédé à Maurice Janetti après son décès, se retrouve troisième au premier tour et ne peut refaire son retard au second, malgré une triangulaire avec le FN. Celui-ci est en léger repli par rapport à 1997. Il est également éliminé au premier tour à Toulon Nord et perd entre deux et huit points dans ses duels contre la droite dans les 3e, 5e et 7e circonscriptions. Il ne progresse que dans les triangulaires de la 4e et de la 6e, mais pour se retrouver en troisème position derrière la gauche. La droite a réussi son pari en renouvelant la plupart de ses élus.

En revanche, la prime au sortant joue à plein en 2007. Débarrassée de l'encombrante compagnie du FN, qui s'effondre, la droite rafle toutes les circonscriptions au premier tour, sauf la 4e. Une nouvelle fois gêné par son éternel rival, l'ancien maire divers droite de Saint-Tropez Alain Spada, Jean-Michel Couve doit affronter un second tour, durant lequel il écrase le candidat divers gauche Michel Pineau.

La droite tient solidement le département depuis 1985. Détenant les deux tiers des cantons, elle n'a cédé que peu de terrain depuis 1994. La gauche, autrefois dominante dans ce département de tradition républicaine et laïque, n'existe quasiment plus sur la côte, où les évolutions sociologiques et la montée du Front national l'ont peu à peu repoussée vers l'arrière-pays.

Conséquence: dans les zones les plus urbanisées, l'extrême-droite s'est posée en alternative. En 1994, elle provoque un mini-séisme en battant de près de 1000 voix le président UDF du conseil général Maurice Arreckx dans son fief de Toulon VI. L'alerte est aussi très chaude à Toulon VIII où Jean-Marie Le Chevallier arrive en tête au premier tour. A Toulon I, Cendrine Le Chevallier n'échoue que de 573 voix. A La Roquebrussane, le maintien de l'extrême-droite au second tour manque de provoquer l'élection d'un socialiste. S'appuyant sur le Parti républicain du député-maire de Fréjus François Léotard, le système Arreckx est ébranlé.

Elu président du conseil général, Hubert Falco va tenter d'enrayer le mouvement. Mais les mauvais résultats de la droite aux municipales de 1995 se répercutent sur le scrutin de 1998. Le FN continue sa progression à Toulon en ravissant le cinquième canton, bénéficiant du retrait du candidat divers droite. La gauche, elle, reprend des couleurs à Brignoles, La Garde, Lorgues, Le Luc, Rians, Toulon II et IX, et tient bon dans ses fiefs de Callas et la Seyne-sur-Mer.

La séquence de 2001, qui suit également des municipale, voit s'amorcer la remontée de la droite. A Toulon, elle gagne le 6e canton sur le MNR et le premier sur la gauche. Affaiblie par la défection de Jean-Marie Le Chevallier et par la crise mégrétiste, l'extrême-droite est balayée et ne passe le premier tour dans aucun canton. Le RPF de Charles Pasqua, conduit par le député européen et ancien préfet du département Jean-Charles Marchiani, n'en tire aucun profit. Il est battu sur le fil par le RPR à Grimaud et doit se retirer à La Crau pour éviter une triangulaire à haut risque.

La barre est totalement redressée en 2004. Malgré un contexte national défavorable à la droite, la majorité départementale se paye le luxe d'entamer les positions de gauche, au détriment notamment des communistes qui avaient plutôt bien progressé depuis deux scrutins. Ils perdent ainsi La Garde et Toulon IX, de même que La Seyne-sur-Mer, au profit cette fois du PS. Le FN, de son côté, revient très fort dans le jeu politique, en participant à quinze seconds tours sur vingt, sans toutefois obtenir une seule victoire.

Le PCF perd un nouveau canton, Cuers, en 2008, au profit de l'UMP. La majorité de droite doit cependant céder au PS deux sièges dans l'arrière-pays, La Roquebrussanne et Salernes, mais elle tient bon sur la côté, notamment à Toulon, où elle est reconduite dans tous les cantons mis en jeu.

Au niveau municipal, la domination de la droite est quasi-totale. La plus grande ville de gauche est La Seyne-sur-Mer, une banlieue de Toulon, ancien fief communiste repris à la droite par le PS en 2008. Il s'agit d'ailleurs d'un des derniers lambeaux de terrain de gauche sur la côte, qui a lentement basculé à droite entre 1959 et 1983.

Mais, à cet échelon administratif également, la crise qui a abouti au renouvellement du personnel politique a débuté en 1995, quelques mois après l'assassinat de Yanne Piat et la chute de Maurice Arreckx, maire de Toulon de 1959 à 1985.

Affaibli par la présence de quatre autres listes de droite, dont celle du député Louis Colombani, le maire UDF François Trucy se retrouve assez nettement distancé par le candidat FN Jean-Marie Le Chevallier, qui rassemble près d'un tiers des voix. La droite parlementaire atteint un total de 43 % au premier tour, mais François Trucy ne parvient pas à atteindre cet étiage au second. Le candidat PS, Christian Goux, fait de son côté mieux que les 26 % du total de gauche, mais ce n'est pas suffisant pour entamer les positions de Jean-Marie Le Chevallier, qui arrive de nouveau en tête au soir du second tour, devançant François Trucy de 1600 voix. Toulon, qui abrite de nombreux militaires, devient ainsi la plus grande ville d'extrême-droite.

Ce nouveau séisme politique connaît trois répliques, cette fois-ci au bénéfice de la gauche. Les communistes remettent la main sur leur fief ouvrier de La Seyne-sur-Mer et battent largement le maire divers droite Jacques Cestor en triangulaire avec le FN dans la sous-préfecture de Brignoles. Un scénario qui se reproduit, de façon plus serrée, avec les socialistes dans l'ancienne préfecture de Draguignan.

Le scrutin de 2001 voit toutes les cartes redistribuées à droite. A Toulon, Jean-Marie Le Chevallier, en rupture de ban avec un FN qui a présenté un candidat contre lui, ne passe même pas le premier tour. Jean-Charles Marchiani, de son côté, se retire après avoir échoué à transformer l'essai des européennes de 1999. Du coup, le sénateur libéral Hubert Falco peut très facilement battre la députée socialiste Odette Casanova au second tour. Nommé ministre en 2002, il refusera de quitter son fauteuil de maire, gardant un oeil sur une ville que l'extrême-droite et les dissensions au sein des différentes familles de droite menacent encore.

A La Seyne, des différends au sein de la gauche permettent à l'UDF Arthur Paecht de l'emporter. A Brignoles, où le maire divers gauche est arrivé en tête au premier tour, les électeurs du FN ont préféré le vote utile, malgré le maintien au second tour de leur candidat qui perd plus de 300 voix au profit du divers droite Jean-Pierre Garcin. A Draguignan, le RPR Max Piselli, battu en 1995, réussit de justesse (167 voix) son retour. La droite se permet au passage de faire tomber le bastion de La Garde, qui se donnait des maires communistes depuis 1945.

Malgré une légère poussée de la gauche, les municipales de 2008 marquent une certaine normalisation, notamment à Toulon. Après une quinzaine d'années de remue-ménage politique, la préfecture réélit tranquillement Hubert Falco au premier tour, avec près des deux tiers des suffrages. En dépassant de peu la barre des 5 %, le FN parvient à obtenir encore deux sièges.

La gauche a la satisfaction de remettre la main sur La Seyne-sur-Mer et Brignoles, mais laisse une nouvelle fois échapper de justesse Draguignan au profit de Max Piselli et doit faire une croix sur La Garde. L'UMP est également contestée sur sa droite à Hyères. Le décès du maire Léopold Ritondale, quelques semaines avant le scrutin, laisse la place à une situation confuse. Longtemps présenté comme le chevalier blanc de la droite dans cette commune encore éprouvée par l'affaire Yanne Piat, le député Jean-Pierre Giran est distancé au premier tour par la liste divers droite de Jacques Politi. Ce dernier le bat au second, ainsi qu'une autre liste de droite et la gauche, dont le total des voix n'aura même pas atteint les 20 % durant ce scrutin.

Aux sénatoriales de 2004, le passage à la proportionnelle permet à la gauche d'obtenir le quatrième siège, nouvellement créé. Le PS Jean-Yves Collombat profite également de la dissidence de François Trucy, qui réussit à garder son siège, pour lequel l'UMP ne l'avait pas investi, en dirigeant une liste divers droite. Avec Hubert Falco et Christiane Hummel, l'UMP place deux de ses candidats.

 

Sources: Le Monde, Nouvelle géopolitique des régions françaises

 

 


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

 

Chronologie des députés

1 TOULON-SUD

1988 Daniel COLIN (UDF)

1997 Jean-Marie LE CHEVALLIER (non inscrit)

1998 Odette CASANOVA (soc.)

2002 Geneviève LEVY (UMP)

2 TOULON-NORD

1988 Louis COLOMBANI (UDF)

1997 Robert GAIA (soc.)

2002 Philippe VITEL (UMP)

3 LA VALETTE-DU-VAR

1988 Yanne PIAT (non inscrite)

1994 Philippe DE CANSON (RPR)

1997 Jean-Pierre GIRAN (RPR)

4 DRAGUIGNAN

1988 Jean-Michel COUVE (RPR)

5 FREJUS

1988 François LEOTARD (UDF)

1993 Jean-Marie BERTRAND (RPR)

1995 François LEOTARD (UDF)

2002 Georges GINESTA (UMP)

6 LE BEAUSSET, BRIGNOLES

1988 Hubert FALCO (UDF)

1996 Maurice JANETTI (soc.)

1998 Guy MENUT (soc.)

2002 Josette PONS (UMP)

7 LA SEYNE-SUR-MER

1988 Arthur PAECHT (UDF)

2002 Jean-Baptiste VIALATTE (UMP)

 

Sénateurs

Elie BRUN (UMP); Pierre-Yves COLLOMBAT (soc.); Christiane HUMMEL (UMP); François TRUCY (UMP)

 

Conseil général du Var

24 UMP, 10 PS, 6 divers droite, 1 divers gauche, 1 MODEM, 1 PCF

président: Horace LANFRANCHI (UMP)

 

Maires

TOULON: Hubert FALCO (UMP)

LA SEYNE-SUR-MER: Marc VUILLEMOT (PS)

HYERES: Jacques POLITI (divers droite)

FREJUS: Elie BRUN (UMP)

DRAGUIGNAN: Max PISELLI (UMP)

SIX-FOURS-LES-PLAGES, Jean-Baptiste VIALATTE (UMP)

SAINT-RAPHAEL: Georges GINESTA (UMP)

LA GARDE: Jean-Louis MASSON (UMP)

LA VALETTE-DU-VAR: Christiane HUMMEL (UMP)

SANARY-SUR-MER: Ferdinand BERNHARD (MODEM)

LA CRAU: Gérard SIMON (UMP)

BRIGNOLES: Claude GILARDO (PCF)

SAINT-MAXIMIN-LA-SAINTE-BAUME: Alain PENAL (UMP)

OLLIOULES: Robert BENEVENTI (UMP)

SAINTE-MAXIME: Vincent MORISSE (divers droite)

ROQUEBRUNE-SUR-ARGENS: Luc JOUSSE (UMP)

LE PRADET: Claude MESANGROAS (divers gauche)

SOLLIES-PONT: André GARRON (divers droite)

COGOLIN: Jacques SENEQUIER (UMP)

SAINT-CYR-SUR-MER: Philippe BARTHELEMY (UMP)

LA LONDE-LES-MAURES: Philippe DE CANSON (NC)

CARQUEIRANNE: Marc GIRAUD (UMP)

CUERS: Gilbert PERUGINI (UMP)

BANDOL: Christian PALIX (divers droite)

LE MUY: Liliane BOYER (UMP)

LE BEAUSSET: Jean-Claude RICHARD (divers droite)

LORGUES: Claude ALEMAGNA (UMP)

VIDAUBAN: Claude PIANETTI (UMP)

LE LUC: André RAUFAST (PS)

LA FARLEDE: Raymond ABRINES (divers droite)

PUGET-SUR-ARGENS: Paul BOUDOUBE (divers droite)

BORMES-LES-MIMOSAS: Albert VATINET (divers droite)

LE LAVANDOU: Gil BERNARDI (divers droite)

SAINT-TROPEZ: Jean-Pierre TUVERI (divers droite)

SAINT-MANDRIER-SUR-MER: Gilles VINCENT (UMP)

CAVALAIRE-SUR-MER: Annick NAPOLEON (divers droite)

TRANS-EN-PROVENCE: Jacques LECOINTE (UMP)

GAREOULT: Gérard FABRE (UMP)

PIERREFEU-DU-VAR: Patrick MARTINELLI (divers gauche)

SOLLIES-TOUCAS: Guy MENUT (PS)

SAINT-ZACHARIE: Pierre COULOMB (PS)

LA CADIERE-D'AZUR: René JOURDAN (PCF)

FAYENCE: Jean-Luc FABRE (divers droite)

MONTAUROUX: Jean-Pierre BOTTERO (UMP)

POURRIERES: Sébastien BOURLIN (UMP)

FLAYOSC: Xavier GUERRINI (UMP)

LE CASTELLET: Gabriel TAMBON (UMP)

GRIMAUD: Alain BENEDETTO (UMP)

RIANS: Magali MASSOT (divers droite)

 

Sources: Le Monde, Sénat, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, )

 


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, L'Elu d'aujourd'hui, Christophe Broquet, ministère de l'Intérieur, fédération socialiste du Var)

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