DEUX-SEVRES

(dernière mise à jour le 8 janvier 2010)

Les Deux-Sèvres ont basculé à gauche le 6 mai 2007, près d'un an avant que le PS ne s'impose au conseil général. Députée du Sud du département, Ségolène Royal obtient, au second tour de la présidentielle, un score de 54,69 % des voix. Une victoire locale d'une élue du cru, certes, mais également le symptôme d'un changement géopolitique profond.

Schématiquement, le département des Deux-Sèvres peut se diviser en deux, selon une ligne Niort-Ménigoute. Dans le Nord soumis à l'influence vendéenne, la droite est toujours hégémonique. A tel point que la gauche renonce encore, quelquefois, à y présenter des candidats dans certains cantons. Davantage industrialisé, un temps marqué par la Réforme, puis le radicalisme, le Sud, davantage poitevin, abrite quelques fiefs de gauche, parfois assez solides.

Logiquement, le PS domine en 1988 les deux circonscriptions qui le recouvrent. A Niort, André Clert est réélu dès le premier tour dans ce secteur, il est vrai, assez urbanisé. Découpée en 1986 sur des zones plus rurales, la 2e circonscription, autour de Saint-Maixent, voit la victoire à l'arrachée de Ségolène Royal, jeune énarque parachutée par François Mitterrand. La droite s'adjuge, dès le premier tour, la 3e, formée autour de la sous-préfecture de Parthenay, et la 4e, moins rurale mais toute aussi conservatrice.

La vague bleue de 1993 va défier toute logique. Dans la 1ere, où l'on attendait au minimum une forte résistance du maire socialiste de Niort Bernard Bellec, celui-ci est balayé par le maire giscardien de Chauray Jacques Brossard, après un premier tour médiocre. En revanche, sa voisine Ségolène Royal est mieux réélue qu'en 1988 dans une circonscription qu'elle a méticuleusement labourée pendant cinq ans, malgré son passage au ministère de l'Environnement. Sans surprise, la droite repasse dans les deux autres circonscriptions. Elle en profite pour renouveler ses cadres, avec Jean-Marie Morisset dès le premier tour à Parthenay, et Dominique Paillé, à Bressuire-Thouars, seul candidat au second tour après le retrait de la conseillère générale RPR Armelle Guinebertière. A noter que ce dernier parti n'a plus aucun député des Deux-Sèvres, son seul sortant, Jean de Gaulle, dans la 3e, ayant préféré tenter sa chance à Paris.

La droite limite les dégâts lors de la vague rose de 1997, qui signe un retour à la situation d'avant 1993. A Niort, l'adjointe au maire Geneviève Perrin-Gaillard détrône Jacques Brossard. La 2e circonscription, où Ségolène Royal frôle la réélection au premier tour avant de battre très largement son rival Léopold Moreau, maire UDF de Saint-Maixent, confirme son attachement à la gauche. Dans la 3e et 4e, Jean-Marie Morisset et Dominique Paillé dominent largement le premier tour avant d'être facilement réélus au second.

Les fronts se stabilisent en 2002, même si la poussée de droite est toujours sensible. Les deux femmes du Sud, Ségolène Royal et Geneviève Perrin-Gaillard, sont reconduites mais avec des majorités bien plus étriquées. Dans la 3e, Jean-Marie Morisset renoue avec la réélection au premier tour. Dans la 4e, si Dominique Paillé doit subir un ballottage infligé par le maire PS de Cerizay Jean Grellier, il le bat très nettement au second tour.

Un très léger passage à vide pour ce désormais proche de Nicolas Sarkozy, qui va se muer en défaite lors des législatives de 2007. Dans la foulée de l'effet "Ségolène", il est finalement distancé par Jean Grellier, après un premier tour pourtant prometteur. Un effet Ségolène sans la principale intéressée, mais en se retirant elle laisse la place à la jeune Delphine Batho, qui bat très largement le conseiller général UMP Jean-Pierre Griffault. Quant à Geneviève Perrin-Gaillard, elle fait un malheur à Niort, avec plus de 48 % au premier tour et près des deux tiers des suffrages au second. A droite, seul Jean-Marie Morisset, qui peut encore compter sur ses réseaux locaux en tant que président du conseil général, s'en tire, une nouvelle fois au premier tour.

Bien que réélu, il va perdre ce levier de commande en 2008. En quatorze ans, la remontée de la gauche a été fulgurante au conseil général, particulièrement à partir de 2004. De 9 conseillers, elle est passée à 17 sièges sur 33.

Les cantonales de 1994 constituent un creux de vague pour la gauche, qui perd un siège à Chef-Boutonne, dans le Sud-Est du département. A noter cependant la défaite du député UDF Jacques Brossard face à un divers gauche à Bressuire. Un scrutin qui voit aussi l'élection du Vert Bernard Paineau à Thouars II, qui rejoint son collègue Jean Baudouin, élu à Prahecq en 1992, fait encore rarissime à l'époque. Berceau du mutualisme, les Deux-Sèvres se caractérisent donc par une certaine originalité politique (quasi-absence du RPR par exemple...) voisinant avec le fond conservateur très répandu dans les départements de l'Ouest.

Paradoxalement, la poussée de gauche de 1998 est marquée par la défaite symbolique de... Ségolène Royal. La ministre déléguée à l'Enseignement scolaire perd le canton de La Mothe-Saint-Héray, arraché à la droite en 1992, face au divers droite Jean-Pierre Griffault. Mais l'opposition départementale progresse dans ses fiefs du Sud, à Celles-sur-Belle, Champdeniers-Saint-Denis et Niort-Ouest. Le PS reprend également Prahecq aux Verts.

Ceux-ci sont reconduits à Thouars II en 2001, et sont rejoints par le candidat sans étiquette mais déclaré comme écologiste, Dominique Paquereau, qui bat le RPR Jacky Prinçay dans le canton voisin d'Airvault. La gauche reprend aussi Chef-Boutonne.

Les cantonales de 2004 agissent comme un effet levier de la victoire de Ségolène Royal aux élections régionales. Alors que la majorité ne conquiert aucun siège, l'opposition marque des points aux Sud, à Sauzais-Vaussais, mais également, fait plus rare, au Nord, à Thouars I, malgré la victoire de la droite aux municipales de 2001, et surtout à Cerizay, canton certes ouvrier mais voisin de la Vendée et n'ayant jamais voté à gauche sous la Ve République.

Un début de renversement géopolitique, qui se poursuit en 2008. Annoncée par la défaite de Dominique Paillé, à l'extrême Nord du département, en 2007, la progression de la gauche continue à Saint-Loup-Lamaire. La droite perd aussi deux sièges au Sud, à Niort-Nord et Mauzé-sur-le-Mignon, ce qui permet au socialiste Eric Gautier de succéder à Jean-Marie Morisset.

Autant la droite a longtemps parue inattaquable dans les bocages du Nord, autant Niort reste une solide forteresse de gauche, qui n'a été gouvernée par la droite que pendant dix ans (1947-1957) depuis la Libération. Depuis une quinzaine d'années, les enjeux ne se situent d'ailleurs quasiment plus qu'à gauche dans la capitale du mutualisme.

Ainsi, le maire PS Bernard Bellec, en place depuis 1985, doit-il faire face en 1995 au raid opéré par Ségolène Royal, qui le devance d'une grosse centaine de voix au premier tour, la droite restant en embuscade en troisième position. Aucune conciliation n'étant possible entre les deux têtes de liste PS, une triangulaire à hauts risque se déroule. La grande perdante en est Ségolène Royal, qui, avec 32,09 % et la troisième place, ne mobilise guère d'abstentionnistes du premier tour. Ceux de gauche ayant préféré voter utile, Bernard Bellec devance le divers droite Jean Pillet avec plus de 900 suffrages d'avance. Le score est encore plus serré en 2001. Avec près de 48 % au premier tour, Bernard Bellec pense pouvoir compter sur les suffrages de la liste du Parti des Travailleurs, qui a attiré pas moins de 8,82 %. Mais la campagne très "ni gauche ni droite" de l'ex-RPR Alain Garcia perturbe les reports. Le maire ne s'en sort que grâce au soutien des quartiers les plus populaires. Il laisse la place à Alain Baudin en 2003, qui doit affronter en 2008 la députée Geneviève Perrin-Gaillard. Forte de sa large victoire aux législatives de 2007, elle obtient plus de 45 % des suffrages au premier tour, près de 19 points de mieux qu'Alain Baudin. Emmenée par l'UMP Marc Thébault, la droite s'effondre à 20,42 %. Fort logiquement, Geneviève Perrin-Gaillard remporte la triangulaire du second tour à la majorité absolue.

Dans le bocage, seules Thouars et, dans une moindre mesure, Parthenay, semblent gagnables par la gauche. Très influencée par les campagnes environnantes, Bressuire, la seconde ville du département, reste solidement ancrée à droite.

Pas d'effet "Ségolène" en revanche lors des sénatoriales de 2004. Les deux sortants UDF, Michel Bécot et André Dulait, sont reconduits au premier tour. Même si la gauche dépasse les 40 %, elle n'a pas été en mesure de les menacer sérieusement.

 

Sources: Le Monde, Nouvelle géopolitique des régions françaises, Guide des pays de France, Le Figaro


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 NIORT

1988 André CLERT (soc.)

1993 Jacques BROSSARD (UDF)

1997 Geneviève PERRIN-GAILLARD (soc.)

2 SAINT-MAIXENT-L'ECOLE

1988 Ségolène ROYAL (soc.)

1992 Jean-Pierre MARCHE (soc.)

1993 Ségolène ROYAL (soc.)

1997 Jean-Pierre MARCHE (soc.)

2002 Ségolène ROYAL (soc.)

2007 Delphine BATHO (soc., rad. et cit.)

3 PARTHENAY

1988 Jean DE GAULLE (RPR)

1993 Jean-Marie MORISSET (UDF)

4 BRESSUIRE-THOUARS

1988 Albert BROCHARD (Un. du Centre)

1993 Dominique PAILLE (UDF)

2007 Jean GRELLIER (soc., rad. et cit.)

 

Sénateurs

Michel BECOT (UMP); André DULAIT (UMP)

 

Conseil général des Deux-Sèvres

12 divers droite, 12 PS, 6 divers gauche, 3 UMP

président: Eric GAUTIER (PS)

 

Maires

NIORT: Geneviève PERRIN-GAILLARD (PS)

BRESSUIRE: Jean-Michel BERNIER (UMP)

THOUARS: Alain LIGNE (PS)

PARTHENAY: Xavier ARGENTON (divers droite)

MAULEON: Daniel AMIOT (divers droite)

SAINT-MAIXENT-L'ECOLE: Léopold MOREAU (UMP)

CHAURAY: Jacques BROSSARD (divers droite)

LA CRECHE: Claude BUSSEROLLE (divers droite)

AIFFRES: Alain MATHIEU (PS)

CERIZAY: Johnny BROSSEAU (divers gauche)

MELLE: Yves DEBIEN (PS)

NUEIL-LES-AUBIERS: Philippe BREMOND (divers droite)

 

Sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, L'Elu d'aujourd'hui, ministère de l'Intérieur, Education nationale)

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