VIENNE

Située au contact des marges ouest du Massif central, la Vienne est une terre radicale passée au centrisme puis au giscardisme. Depuis le début de la Ve République, elle abrite de fortes personnalités politiques, comme Jacques Santrot, qui est parvenu à enraciner le socialisme dans le bassin de Poitiers, ou la dynastie des Abelin, à Châtellerault. Quelques-unes ont même siégé au plus haut niveau de l'Etat, tels l'ancien président du Sénat René Monory, et les anciens Premiers ministres Edith Cresson et Jean-Pierre Raffarin.

Les élections législatives de 1988 confirment le partage territorial entre gauche et droite en vigueur depuis 1986, après la vague rose de 1981. Le PS s'adjuge le Nord du département, davantage urbanisé, avec dans la 1ere le maire de Poitiers Jacques Santrot et dans la 4e la maire de Châtellerault Edith Cresson. A noter que, dans le Sud, l'UDF disparaît au profit du RPR. Dans la 2e, qui regroupe des campagnes conservatrice mais également une partie de l'agglomération de Poitiers où les gaullistes ont toujours été présents, est élu Jean-Yves Chamard. Dans la 4e est reconduit Arnaud Lepercq.

La vague bleue de 1993 leur permet de belles réélections. Jean-Yves Chamard repasse dès le premier tour et Arnaud Lepercq se retrouve seul au second tour, après le désistement du maire UDF de Chauvigny Alain Fouché arrivé second, le maire socialiste de Montmorillon Philippe Charpentier n'ayant pu réunir suffisamment de suffrages pour se maintenir. Dans la 4e, Guy Monjalon, suppléant d'Edith Cresson, connaît à peu près la même mésaventure. Assez nettement distancé au premier tour par le conseiller général UDF Jean-Pierre Abelin et par le RPR Philippe Rabit, il est largement battu au second tour par le premier des deux, qui a bénéficié d'excellents reports des électeurs RPR trop heureux de se débarrasser de ce soutien du gouvernement socialiste sortant. Même Jacques Santrot, réputé indéboulonnable depuis 1978, mord la poussière. Après un premier tour difficile, il est distancé au second par l'UDF Eric Duboc, directeur de cabinet du président du conseil régional Jean-Pierre Raffarin. Le partage gauche-droite se mue donc en parité UDF-RPR.

La vague rose de 1997 marque un retour à la situation de 1988 en terme de rapports de force. Au plan géopolitique, la gauche se recentre autour de l'agglomération de Poitiers, en reprenant les 1ere et 2e circonscription, la droite gardant les deux autres. Mais le PS n'est pas passé loin du grand chelem. Dans la 1ere, dès le premier tour, l'élection d'Alain Claeys ne faisait guère de doute. Dans la 2e, bien qu'arrivé en tête au premier tour, Jean-Yves Chamard est battu par l'adjoint au maire de Poitiers Philippe Decaudin. Dans la 3e, bien que distancé au premier tour par Arnaud Lepercq, le maire PS de L'Isle-Jourdain Jean-Claude Cubaud effectue une remontée spectaculaire, alimentée entre autres par les bons reports communistes dans cette circonscription abritant quelques bastions rouges, mais est finalement coiffé sur le poteau (356 voix) par le député sortant. L'alerte est encore plus chaude pour Jean-Pierre Abelin. Ayant réuni à peine plus d'un tiers des suffrages au premier tour, il peine à attirer les reports du FN, tandis que la socialiste Brigitte Tondusson mobilise les abstentionnistes. Il ne la distance finalement que de 15 bulletins.

Le retour de balancier de 2002 n'en est que plus violent. Galvanisée par la nomination de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, la droite reprend l'avantage. Jean-Pierre Abelin bat très largement (59,97 %) Brigitte Tondusson au second tour. Arnaud Lepercq obtient de son côté 57,08 %. Avec 53,73 %, Jean-Yves Chamard retrouve son siège perdu en 1997. Dans la 1ere, Alain Claeys doit batailler ferme pour empêcher le jeune raffarinien Dominique Hummel de lui arracher sa circonscription. Il le bat au final de 659 bulletins.

A l'effet Raffarin succède un effet Ségolène en 2007, sans doute amplifié par l'image écornée de l'ancien Premier ministre sur ses terres, et la volatilité des reports du MODEM dans les fiefs centristes. Alain Claeys attaque un troisième mandat avec un score supérieur à celui de 1997. Dans la 2e, Jean-Yves Chamard chute assez brutalement face à la socialiste Catherine Coutelle qui rassemble toute la gauche et la quasi-totalité du centre sur son nom. Dans la 3e, le retrait d'Arnaud Lepercq de la vie politique laisse une situation incertaine. Son poulain, le maire UMP de Chauvigny Gérard Herbert, n'atteint pas les 40 % au premier tour, gêné par la candidature du conseiller général sans étiquette André Sénecheau. Au second tour, une grande partie de ses électeurs se reporte sur le maire PS de Mauprévoir Jean-Michel Clément, qui ne l'emporte que de 78 voix dans cette circonscription n'ayant jamais voté à gauche depuis 1988. Seul Jean-Pierre Abelin tient bon dans le fief familial de la 4e circonscription. Il a une nouvelle fois raison de Brigitte Tondusson avec plus de treize points d'avance.

Ressenti plus fortement qu'ailleurs dans la région au niveau législatif, l'effet Ségolène est davantage atténué au plan local, notamment au conseil général, où la gauche n'est pas parvenue à décramponner une droite au pouvoir depuis 1967, et héritière de Pierre Abelin et de René Monory. L'opposition départementale a cependant grignoté huit sièges depuis 1992.

Malgré tout, le turn over reste important, et les fiefs électoraux peu nombreux et surtout concentrés dans les petits centres administratifs, comme Loudun ou Montmorillon. Très nombreux, les centristes ont été rejoints par les gaullistes. Uniquement présents au début de la Ve République à Poitiers et Neuville, les socialistes ont peu à peu supplanté les radicaux. En très net déclin ces dernières années, les communistes ont remporté quelques victoires dans les années 1970, 80 et 90, dans une "banane rouge" décrivant un arc de cercle allant de Lencloître à Availles-Limouzine, frontalière des campagnes rouges du Berry et du Limousin.

En 2008, le PS détient six cantons sur sept à Poitiers. Devenu majoritaire en cantons dans la préfecture en 1998, il gère cette ville radicale, passée aux mains des gaullistes en 1965, depuis 1977.

En 1995, Jacques Santrot commence tranquillement son quatrième mandat en battant dès le premier tour Jean-Yves Chamard et deux listes sans étiquette. En 2001, Elisabeth Morin, bras droit de Jean-Pierre Raffarin, ébranle à peine la forteresse socialiste, en infligeant un ballottage à Jacques Santrot qui obtient tout de même 48,38 % au premier tour. Mais le total des voix de gauche dépasse les 58 %. Au second tour, même si Mme Morin obtient près de 1500 voix de plus, en partie grâce à la mobilisation des abstentionnistes et aux mauvais reports des deux listes d'extrême-gauche pesant près de 10 %, elle doit s'incliner avec seulement 47 % des suffrages. En 2008, le député Alain Claeys, ancien directeur de cabinet de Jacques Santrot, réussit sa succession dès le premier tour, face à une liste UMP-NC gênée par la présence du MODEM, qui obtient quatre sièges. A noter que l'extrême-gauche reste à un niveau encore important, avec 7,98 % et un élu LCR.

Autant Poitiers se caractérise par sa stabilité politique, autant Châtellerault rame à contre-courant depuis un quart de siècle. Ce bastion de la famille centriste Abelin (Pierre, maire en 1959, puis sa veuve Geneviève en 1977) est enlevé par la ministre socialiste de l'Agriculture Edith Cresson en 1983, à la surprise générale tant ces élections municipales sont calamiteuses pour la gauche. Les socialistes vont tenir bon jusqu'en 2008, dans un contexte de morcellement des forces politiques. En 1995, Jean-Pierre Abelin, fils des anciens maires, pense profiter de sa victoire aux législatives de 1993 pour vaincre une Edith Cresson passant pour affaiblie par son passage à Matignon. C'était sans compter son challenger RPR de 1993, Philippe Rabit. Face à une droite divisée, la sortante réunit au premier tour 47,65 %, loin devant l'addition des listes Abelin-Rabit qui dépasse à peine 40 %. Fort logiquement, elle remporte nettement la triangulaire du second tour. En 2001, tandis que la droite parvient à faire l'union derrière Philippe Rabit, c'est cette fois la gauche qui se divise dans une ambiance de succession difficile. Maire depuis 1997, Joël Tondusson doit faire face à la dissidence de l'ancien directeur de cabinet d'Edith Cresson, Gilbert Guérineau. Au second tour, les électeurs renvoient MM Rabit et Guérineau, considérés par certains comme des diviseurs, dos à dos en reconduisant Joël Tondusson. Arrivée au pouvoir lors d'une vague bleue, la gauche va le perdre à l'occasion de la vague rose de 2008. Cette fois-ci, Joël Tondusson est miné par une opposition de gauche qui a eu le temps de s'organiser depuis 2001. Il ne parvient même pas à obtenir un tiers des voix au premier tour, talonné par la liste de  Jean-Pierre Abelin soutenue par l'UMP. Entré en dissidence, Philippe Rabit jette l'éponge après avoir à peine dépassé les 10 %. Ce qui permet à Jean-Pierre Abelin de remporter assez largement la triangulaire l'opposant à la gauche, et de prendre cette ville davantage modérée que réellement conservatrice.

La droite tient également les deux sièges de sénateurs. En 2004, il s'agissait de pourvoir celui laissé par un poids-lourd local et national, René Monory, centriste de l'UMP, président du conseil général depuis 1977, et ancien président du Sénat. Alain Fouché, suppléant de Jean-Pierre Raffarin, y parvient dès le premier tour, à trois voix derrière son ancien titulaire, Premier ministre et ancien président du conseil régional, laissant le PS loin derrière.

 

Source: Le Monde


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 POITIERS NORD

1988 Jacques SANTROT (soc.)

1993 Eric DUBOC (UDF)

1997 Alain CLAEYS (soc.)

2 POITIERS SUD

1988 Jean-Yves CHAMARD (RPR)

1997 Philippe DECAUDIN (soc.)

2002 Jean-Yves CHAMARD (UMP)

2007 Catherine COUTELLE (soc., rad. et cit.)

3 MONTMORILLON

1988 Arnaud LEPERCQ (RPR)

2007 Jean-Michel CLEMENT (soc., rad. et cit.)

4 CHÂTELLERAULT

1988 Guy MONJALON (soc.)

1993 Jean-Pierre ABELIN (UDF)

 

Sénateurs

Claude BERTAUD (UMP); Jean-Pierre RAFFARIN (UMP)

 

Conseil général de la Vienne

17 PS, 12 divers droite, 7 UMP, 1 NC, 1 PCF

président: Claude BERTAUD (UMP)

 

Maires

POITIERS: Alain CLAEYS (PS)

CHATELLERAULT: Jean-Pierre ABELIN (NC)

BUXEROLLES: Jean-Marie PARATTE (PS)

LOUDUN: Elefthérios BENAS (divers droite)

CHAUVIGNY: Gérard HERBERT (UMP)

SAINT-BENOÎT: Dominique CLEMENT (divers droite)

MONTMORILLON: Yves BOULOUX (divers droite)

MIGNE-AUXANCES: Florence JARDIN (divers gauche)

JAUNAY-CLAN: Francis GIRAULT (divers droite)

NAINTRE: Christian MICHAUD (PS)

VOUNEUIL-SOUS-BIARD: Alain TANGUY (divers droite)

NEUVILLE-DE-POITOU: Jean PETIT (PS)

CHASSENEUIL-DU-POITOU: Claude EIDELSTEIN (divers droite)

 

Sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, L'Elu d'aujourd'hui, ministère de l'Intérieur, Education nationale, Parti radical de gauche)

LIENS

Chronologies historiques

Poitou-Charentes

Page d'accueil