LOIRE

(dernière mise à jour le 23 octobre 2011)

Dans la région Rhône-Alpes, la Loire est le département typique du lent effritement de l'audience de la gauche dans la classe ouvrière, au profit de la droite et de l'extrême-droite.

En 1988 déjà, elle ne détenait que deux circonscriptions sur sept: le sud du bassin stéphanois (4e) et le Pays roannais (5e). La vague bleue de 1993 devait en avoir raison. Dans la 4e, l'ancien ministre communiste Charles Fiterman, talonné par le FN, ne parvenait pas à succéder à Théo Vial-Massat. Dans la 5e, Jean Auroux, ancien ministre également et artisan de la loi sur les 39 heures, chutait dans son fief de Roanne, arrivé en troisième position derrière l'UDF Yves Nicolin et le RPR Yves Le Gaillard.

Grande bénéficiaire des législatives de 1993, la droite devait désormais compter avec une extrême-droite en pleine expansion dans les bassins d'emploi sinistrés. Ainsi, dans les trois premières circonscriptions, ainsi que dans la 7e, la gauche était-elle éliminée dès le premier tour, laissant la droite face au FN. Si l'on comptabilise la réélection au premier tour de Pascal Clément dans la 6e, seuls MM. Fiterman et Auroux représentèrent la gauche au second tour.

La présidentielle de 1995 devait confirmer l'implantation du FN, la Loire étant l'un des sept départements à placer Jean-Marie Le Pen en tête du premier tour.

Un phénomène qui se retourna partiellement contre la droite en 1997. Contrainte à des triangulaires dans les quatre premières circonscriptions, elle chuta à Saint-Étienne Nord et Firminy, tandis que Pascal Clément se retrouvait en ballottage pour la première fois depuis 1978. En revanche, Jean-François Chossy avait une nouvelle fois raison du FN à Montbrison, la gauche, dans cette circonscription, se cherchant un leader depuis le départ du PS de Lucien Moullier, conseiller général de Boën, arrivé sous l'étiquette Génération Écologie en quatrième position en 1993, mais devant le candidat du PS.

En revanche, 2002 marqua un retour au bipolarisme, éliminant le FN dès le premier tour. La droite en sortit grande gagnante, même si les victoires de Gilles Artigues dans la 1ere, et surtout Dino Cinieri dans la 4e, sont étriquées. Quant à Pascal Clément, il renoua avec la réélection au premier tour. A noter que Gilles Artigues (Saint-Étienne Nord) et François Rochebloine (Saint-Chamond) restèrent fidèles à l'UDF, dans la lignée d'une tradition centriste remontant à l'élection de François Dubanchet à la mairie de Saint-Étienne en 1983.

Ces deux députés se divisent entre MODEM pour le premier et NC pour le second en 2007. Résultat: éliminé au premier tour, Gilles Artigues soutient le conseiller général PS Régis Juanico qui l'emporte sur la députée européenne UMP Françoise Grossetête, tandis que François Rochebloine est confortablement réélu, de même que Pascal Clément et surtout Jean-François Chossy qui repasse au premier tour. Au second tour, les zones urbaines subissent une poussée de la gauche. Christian Cabal en fait les frais à Saint-Etienne Sud, tandis qu'Yves Nicolin est réélu avec une avance d'un peu plus de 500 suffrages à Roanne et que Dino Cinieri ne retrouve son siège que grâce aux cantons ruraux.

Au conseil général, la droite a perdu douze sièges en dix-sept ans. Tenant bon dans ses fiefs ouvriers des bassins stéphanois et roannais, la gauche est parvenue à essaimer à l'ouest du département, dans les cantons ruraux du Forez (Saint-Haon-le-Châtel, Noirétable, Saint-Jean-Soleymieux). Le PCF est resté stable à trois conseillers généraux, perdant Le Chambon-Feugerolles et Saint-Etienne Nord-Est 2, mais gagnant Charlieu et Saint-Jean-Soleymieux.

En 2004, la gauche, progressant notablement dans les zones rurales et péri-urbaines (Chazelles-sur-Lyon, Montbrison, Saint-Genest-Malifaux), se retrouva à deux sièges de la majorité. Deux chassés-croisés se produisent en 2008, de droite à gauche à Néronde et Saint-Etienne Sud-Est 1 et de gauche à droite à Noirétable et Saint-Etienne Nord-Est 2. Les fronts restent stables mais le présidence change de main. Battu à Néronde, Pascal Clément doit céder la place à Bernard Bonne. En 2011, la gauche progresse surtout en zone urbaine et péri-urbaine, le PS prenant Perreux et Saint-Etienne Sud-Est 3. Gauche et droite arrivent à parité au conseil général mais Bernard Bonne se maintient avec le soutien des sans-étiquette.

Traditionnellement peu favorisé dans les élections cantonales, le FN est parvenu en 1998 à provoquer huit triangulaires, faisant battre la droite à Saint-Chamond Sud, Saint-Étienne Nord-Est 1, Sud-Est 3, Sud-Ouest 1 et 2. En 2001, il est totalement absent du second tour, où il figurait en 1994, au Chambon-Feugerolles, La Grand-Croix et Saint-Étienne Sud-Est 2. En 2004, il provoque des triangulaires à Saint-Bonnet-le-Château, Saint-Chamond Nord et Sud et Saint-Etienne Nord-Ouest 2, sans toutefois modifier les équilibres politiques de ces cantons. En 2011, il est présent au second tour, en duel, à Rive-de-Gier, Saint-Chamond Nord et Sud, et Saint-Etienne Nord-Est 1 et Sud-Ouest 2, mais là aussi sans nuire aux forces en place.

Entre 1983 et 2008, les élections municipales ont consacré un recul régulier des positions de la gauche en général, et du Parti communiste en particulier, avant un brusque retour en force. L'élection de l'UDF François Dubanchet à Saint-Étienne, alors plus grande ville détenue par le PCF, en donne le signal de départ. La gauche caresse cependant des espoirs de reconquête, depuis le remplacement de M. Dubanchet par le radical valoisien Michel Thiollière en 1993. En 1995, divisée entre les listes de Gérard Lindeperg, de l'ancien maire Joseph Sanguedolce et du PS dissident Guy Lafforie, elle perd au second tour de 1303  voix la triangulaire l'opposant à M. Thiollière et au FN. Bien qu'ayant réussi l'union au premier tour en 2001, M. Lindeperg échoue dans le même schéma au second, l'écart ne s'étant resserré que de... 59 voix, malgré le soutien inattendu d'une liste de droite dissidente menée par Edmond Hubé, ancien adjoint à la sécurité. Mais en 2008, après des législatives difficiles ayant vu la droite minée par la dissidence du MODEM, la partie s'avère plus délicate pour Michel Thiollière. Ayant obtenu plus de 20 % des voix au premier tour, la liste MODEM de Gilles Artigues se maintient au second, ce qui provoque l'élection du socialiste Maurice Vincent.

Maire de Roanne depuis 1977, Jean Auroux gagna haut la main la triangulaire l'opposant en 1995 à la droite et l'extrême-droite. Alors que la primaire contre le RPR l'avait favorisé en 1993, Yves Nicolin, gêné par une liste concurrente de droite, ne parvient pas à faire le plein des voix au second tour, tandis que Jean Auroux gagne près de 900 suffrages. Une situation qui s'inversa en 2001. Très contesté par sa propre majorité, concurrencé par une liste PS-PCF, Jean Auroux est distancé au premier tour par Yves Nicolin, alors que l'extrême-droite, représentée par le MNR, est éliminée. La fusion des listes de gauche, qui rassemblaient plus de 52 % des votes au premier tour, ne suffit pas à contrer Yves Nicolin, qui bénéficie d'un bon report des voix d'extrême-droite. Celle-ci ne lui fait pas défaut en 2008. Cependant, le retard au second tour s'avère trop difficile à rattraper pour Yves Nicolin. Au premier tour, la socialiste Laure Laroche manque l'élection de quelques dixièmes de point. Elle remporte le second de 545 voix.

A Firminy, en 1995, le communiste Bernard Outin s'était imposé au second tour, à l'issue d'une triangulaire avec la droite et une liste divers gauche. En 2001, la fusion au second tour avec les Verts ne lui porte en revanche pas chance, le RPR Dino Cinieri gagnant ce duel de plus de 200 voix. En 2008, le second tour est encore plus serré mais cette fois en faveur du communiste Marc Petit.

Dans certaines villes ouvrière, les succès de droite sont de longue date, comme à Saint-Chamond. Longtemps dirigée par l'ancien président du conseil Antoine Pinay, cette commune a cependant elle aussi basculé à gauche en 2008.

Pourtant en situation défavorable, la gauche a créé la surprise aux sénatoriales de 2001. Un succès que le passage au scrutin proportionnel n'explique pas en totalité. La droite s'est en effet déchirée entre trois listes, dirigée par les deux sortants RPR se représentant, Bernard Fournier et Lucien Neuwirth, rédacteur des lois sur la contraception, et par Michel Thiollière. Arrivée en tête, la gauche envoie le socialiste Jean-Claude Frécon et la communiste Josiane Mathon au Palais du Luxembourg. Second, à près de 300 voix derrière, M. Fournier, qui s'est allié à la DLC de Charles Millon, devance le maire de Saint-Étienne, le grand perdant de cette lutte fratricide étant M. Neuwirth. Un scrutin qui laissa des traces dans la majorité départementale, le président du conseil général, Pascal Clément, ayant décidé de ne soutenir aucune de ces trois listes.

En 2011, la victoire de la gauche est en revanche très nette. Avec 54,15 % des exprimés, la liste de Jean-Claude Frécon emporte trois sièges de justesse, à plus de vingt points devant Bernard Fournier, qui ne peut sauver que son siège.

 

Sources: Le Monde, La Croix, Le Figaro, ministère de l'Intérieur


Fond de carte: Géoatlas

Carte 1: circonscriptions législatives

(source: Le Monde)

Chronologie des députés

1 SAINT-ETIENNE NORD

1988 Jean-Pierre PHILIBERT (UDF)

1997 Gérard LINDEPERG (soc.)

2002 Gilles ARTIGUES (UDF)

2007 Régis JUANICO (soc., rad. et cit.)

2 SAINT-ETIENNE SUD

1988 Christian CABAL (RPR)

2007 Jean-Louis GAGNAIRE (soc., rad. et cit.)

3 SAINT-CHAMOND

1988 François ROCHEBLOINE (Un. du Centre)

4 FIRMINY

1988 Théo VIAL-MASSAT (com.)

1993 Daniel MANDON (UDF)

1997 Bernard OUTIN (com.)

2002 Dino CINIERI (UMP)

5 ROANNE

1988 Jean AUROUX (soc.)

1993 Yves NICOLIN (UDF)

6 FEURS

1988 Pascal CLÉMENT (UDF)

1993 Jacques CYPRES (UDF)

1995 Pascal CLEMENT (UDF)

2005 Liliane VAGINAY (UMP)

2007 Pascal CLEMENT (UMP)

7 MONTBRISON

1988 Henri BAYARD (UDF)

1993 Jean-François CHOSSY (UDF)

2011 Paul SALEN (UMP)

 

Sénateurs

Cécile CUKIERMAN (com., rép. et cit.); Bernard FOURNIER (UMP); Jean-Claude FRECON (soc.); Maurice VINCENT (soc.)

 

Conseil général de la Loire

13 divers droite, 11 PS, 6 UMP, 5 divers gauche, 3 PCF, 1 MODEM, 1 PRG

président: Bernard BONNE (UMP)

 

Maires

SAINT-ETIENNE: Maurice VINCENT (PS)

ROANNE: Laure LAROCHE (PS)

SAINT-CHAMOND: Philippe KIZIRIAN (PS)

FIRMINY: Marc PETIT (PCF)

MONTBRISON: Liliane FAURE (PS)

RIVE-DE-GIER: Jean-Claude CHARVIN (divers droite)

LE CHAMBON-FEUGEROLLES: Jean-François BARNIER (divers droite)

SAINT-JUST-SAINT-RAMBERT: Alain LAURENDON (divers droite)

ROCHE-LA-MOLIÈRE: Marie-Hélène SAUZEA (PS)

RIORGES: Roland DEVIS (PS)

ANDRÉZIEUX-BOUTHÉON: Jean-Claude SCHALK (divers droite)

VILLARS: Paul CELLE (divers droite)

LA RICAMARIE: Marc FAURE (PCF)

UNIEUX: Christophe FAVERJON (PCF)

VEAUCHE: Monique GIRARDON (divers droite)

FEURS: Jean-Pierre TAITE (divers droite)

MABLY: Jean-Jacques LADET (PS)

SORBIERS: Raymond JOASSARD (PS)

LE COTEAU: Jean-Paul BURDIN (divers droite)

LA TALAUDIERE: Pascal GARRIDO (divers gauche)

SAINT-JEAN-BONNEFONDS: Jacques FRECENON (divers gauche)

SAINT-PRIEST-EN-JAREZ: Jean-Michel PAUZE (divers gauche)

SAINT-GENEST-LERPT: Christian JULIEN (divers gauche)

SAINT-GALMIER: Jean-Yves CHARBONNIER (divers droite)

LA GRAND-CROIX: Michel CHATAGNON (divers droite)

LORETTE: Gérard TARDY (divers droite)

SURY-LE-COMTAL: Roger DAMAS (divers gauche)

CHAZELLES-SUR-LYON: Pierre VERICEL (divers droite)

L'HORME: Solange BERLIER (divers droite)

VILLEREST: Paul COURT (divers gauche)

LA FOUILLOUSE: Yves PARTRAT (divers droite)

SAINT-PAUL-EN-JAREZ: Pascal MAJONCHI (divers droite)

MONTROND-LES-BAINS: Claude GIRAUD (divers droite)

FRAISSES: Joseph SOTTON (PCF)

BONSON: Joseph DEVILLE (MODEM)

SAINT-HÉAND: Bernard PHILIBERT (divers droite)

CHARLIEU: Bruno BERTHELLIER (divers droite)

 

Sources: Le Monde, La Croix, ministère de l'Intérieur, Politiquemania, Assemblée nationale, Sénat

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fond de carte: Géoatlas

Carte 2: cantons

(sources: Le Monde, La Croix, conseil général de la Loire, ministère de l'Intérieur)


Fond de carte: Géoatlas

Carte 3: communes

(sources: Le Monde, Journal officiel, L'Elu d'aujourd'hui, La Croix, ministère de l'Intérieur, Politiquemania)

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